UNE TOURNÉE DE CORTEIZ
et le monde devient mal oblig'eant. Ceux qui ont de bonnes montures, ne leur manque pas de bonnes raisons pour se dispenser de les prêter ' . » Ils allaient ainsi presque toujours à pied, s'arrêtant ici et là, prêchant, exhortant.
" Et parce que M. Court se trouvait à Genève du temps de la peste, et tous les passages bloqués à ne pouvoir entrer en Languedoc pour me soulager, je priai l'assemblée synodale de me donner M. Rouvière, proposant, pour m'assister sans cependant qu'il touchât aux sacrements. Ce c[ui me fut gracieusement accordé.
« Ainsi nous partîmes, le IG avril, de Nimes pour aller administrer la sainte Cène à l'église de Canaules... — Le 23, nous allâmes administrer la sainte Gène à l'église de Manoblet; le 27, nous allâmes rendre le même office à celle de Gros. Le 5 mai, nous donnâmes la même consolation à l'église de Lasalle; le 8, nous finies demème à l'église de Saint-JeandcGardonnenque... En sortant de cette assemblée, on établit quelqiies Anciens pour les églises de î^asallo ol de Saint-Jean. — Le 10, nous fîmes l'assemiîlée en faveur de paroisses de Peyroles, de Saint- Roman, de Soudorgues, de Saint-Martin, de Saumane. Il ne .se passa rien d'important dans cette vocation. Le 17, l'assemblée fut formée en faveur des paroisses de Saint-André de Gabriac, de Moleson, des Plantiers. 11 ne se passa rien de remarquable, si ce n'est que quelques familles divisées furent heureusement réconciliées. Le 24, l'assemblée fut convoquée en faveur de Cassagnac et dos quatre paroisses voisines, savoir : les Baumes, Saint-Germain, Saint-Martin, et partie de Saint-Julien et de Saint-I'rivat. L'assemblée était environ de deux mille âmes ; car, bien que l'assemblée ne fùL convoquée qu'en faveur de (|uatre à cinq paroisses, il en vint de plus de six. Plusieurs firent réparation devant la table du Seigneur, étant surtout coupables du crime de lâcheté d'avoir assisté au prétendu sacrifice de la
1 N° 1, t. IV, p. 117. [[126.)
UNE TOlJRXKI'; D AX'J UINI'; COURT
Mcsso. Ii('auroii|i lie jkm'soiihi's l'urciit liciwpiiscmonl vi'i'unriliées. Lo 27, nous allumes au ))our,^ tSaint-Ooniiaiii. Nous ébranlâmes un i)eu Ifis consciences de ces temporisateurs; mais n'ayant juis continué à les IVéquenter, ils sont restés dans leur crinnnellc tiédeur "... »
En 1728, Antoine Court fit une tournée dans le bas Lang-uedoc et dans les Cévennes, seul d'abord, jdus tard accompag"né d'un proposant. Dans l'espace de deux mois et quelques jours, il visita trente et une ég-lises, y tint des assemblées, prêcha, donna la com munion, et parcourut près de cent lieues.
« Je me remis on campagne le jeudi, vingtième mai. Sur mon cliemin, j'appris que M. Bétrine convoquait ce soir-là une assemblée. Je m'y rendis. Je partis de là ])Our Saint-llipiiolyte de Caton oîi j'assemblai, le vendredi l'église de ce lieu et celles des environs... Le dimanche 23, je convoquai les églises deVendras etde Lussan; le lundi 24, celles de Saint-Laurent et de Saint-Quentin ; le mercredi 2G, celles d'Uzès et de Montaren; le jeudi 27, celles de Garrigues et de Foissac. Il ne se passa rien de particulier dans ces assemblées. On y vit seulement, comme en bien d'autres, plusieurs personnes qui n'avaient jamais paru à nos sociétés religieuses. Tout y fut tranquille.
« M'étant rendu à Nîmes pour une affaire particulière, j'en partis le lundi dernier mai, et j'assemblai, ce soir même, l'église de cette ville, celle de la Calmette et de Baint-Geniès. Avant que de sortir de la ville, on vint me dire que l'assemblée était vendue. Je ne laissai pas de partir. Sur la porte de la Bouquerie, je vis une troupe de soldats, et, un peu jilus loin, ime troupe d'officiers qui fixèrent un moment les yeux sur un cavalier que j'avais avec moi. Ces deux troupes me firent craindre qu'on n'eût accusé juste, sur l'avis qu'on venait de me don-
' N" 17, vol, H. Relation historique, etc. V. cette curieuse et émouvante relation dont Corteiz est l'auteur. Pièces et documents, n° XXII.
nor. Mais je n'en continuai pas moins mon chemin, persuade que l'assemblée se tenait un peu trop loin de la ville i)our être suivie, et ([ue, s'il y avait ([uelque chose à craindre, ce ne serait (ju'en revenant, et qu'alors il ne manquerait pas de moyens pour rendre Inutiles les soins des soldats. Nous eûmes un autre obstacle. Ce fut une nuit sombre et obscure, accompagnée de pluie : obstacle qui fit que plusieurs errèrent pendant la nuit, sans trouver rassemblée. Je rencontrai sur mes \ins une de ces troupes errantes à laquelle il fallut que je servisse de iiuide. 11 cessa ce revers, et la pluie nous laissa assez tranquillement achever notre exercice. Il n'en fut pas de même à notre retour. Elle se renforça. Heureuse encore l'assemblée de n'avoir à se défendre que contre la pluie ! Les soldats ne firent pas de sortie.
« Le mardi l"'' juin, je convoquai les églises de Lédignan, Boucoiran, de Lascours, de Cruviès. M. Claris, qui devait m' accompagner dans les hautes Cévennes et dans la montagne, me vint y joindre. L'assemblée congédiée, nous partîmes et nous nous rendîmes du côte de Brenoux où nous assemblâmes, le jeudi 3 juin, cette église avec une de ses voisines. Quelques personnes de votre ville voulaient être de la partie, mais une pluie très-forte, qui nous surprit en chemin, lit décamper tous ceux qui s'étaient rendus sur la place à bonne heure. Les fidèles qui étaient avec moi et qui n'étaient pas en nombre ne perdirent pas courage. Nous nous rendîmes, malgré la pluie, sur les lieux. Avant que d'y arriver, nous trouvâmes sur nos pas une troupe de gens qui s'en retournaient chez eux et (jui nous apprirent que tous avaient déserté. Nous ramenâmes ceux-là et rappelâmes par le chant des psaumes les moins éloignés des autres. La prédication fut ouïe, et la sainte Cène célébrée tout de même que si le temps avait été beau ou moins mauvais.
« Le samedi matin, cinquième juin, j'assemblai les églises de Ghamborigaud et de G... Cette dernière église, qui se distingue de bien d'autres par son zèle et par son courage, me fournit l'occasion d'exercer les principales fonctions de mon ministère. Ce jour même, me furent présentés cinq enfants pour être baptisés, et autant de mariages pour être bénis.
INTEMPÉRIKS, SOI FFRANCES
«Le IciKlciiiain inaLiii, jour de ilimaiiciR', l'urcnl comoquéos les éf^lisos de Gcnoliiac, l"'ru}^ères, et du l'onl de Montvert, cl oh assista encore l'église de C... L'asseml)iée fut très-iionihreuse. Ou y vit ce ([u'on n'avait jieut-ètre point vu depuis la Fiévucalion, cinq enfants ])a]ttisés à la tète de l'assemblée. Cette cérémonie attendrit le co'ur de tous les assistants. Que de larmes furent répandues jicndant la prédication ! La pluie nous incommoda, non-seulement jiendant cette cérémonie, mais encore ajuès. L'exercice achevé, la pluie ayant cessé, les uns se retirèrent et les autres pi'ircnt une réfection sur le lieu. Là, se virent un grand nombre de cercles de personnes assises sur le gazon qui avec simplicité prirent un sobre et simple repas composé des aliments que chacun a soin de porter de chez soi, et qui se termina par un chant d'un sacré cantique. C'est ainsi qu'on en use ordinairement dans les assemblées de ce pays. Avant de i|uittcr la jilaceje bénis cinq mariages. »
JMiiie ou vent, chaleur ou froid, ils bravaient tout. La maladie ne les arrêtait pas. On se rappelle qu'Antoine Court tomba malade dans les premières années de son ministère; malg'ré la tièvre, il persista à courir le pays, se faisant porter par deux hommes, quand il ne pouvait ])lus marcher. « Mon compagnon de voyag-e, écrivait Corteiz, le frère Rouvière a été malade environ cinquante jours dans un village ; il m'est venu joindre, mais il est encore fort malade, bien qu'il marche un peu » La souffrance ])ouvait les étreindre, non les terrasser.
Si du moins, le soir, ils avaient toujours trouvé un accueil sympathique et un abri ! Mais coml)ien de fois ils n'avaient pour dormir « que la rase campagne, le dessous des arbres ou les antres des rochers.» Ils étaient
1 N" 17, vol. G, p. 128.