LES DANGERS
l uur.s ot assistanco, d'avoir (lirectcment ou iiulireclcmeiil, aiu-un commerce avec eux ; enjoifinons à ceux qui en auront connaissance de les dénoncer aux officiers des lieux, le tout à peine, en cas de contravention, contre les hommes de galères à perpétuité, et contre les femmes d'être rasées et enfermées pour le reste de leurs jours dans les lieux que nos juges estimeront à propos, et de confiscation dos biens des uns et des autres. »
Mais que pouvaient faire ces menaces et ces peines, lorsqu'il s'ag'issait de donner asile à un de ces liomines qui couraient la province pour le triomphe de la commune foi, et qui, dans les long-ues soirées d'hiver, passaient les veillées à raconter à leurs hôtes les souffrances subies, les succès remportés, et de quel poids dans la balance de leurs destinées pouvaient être leur zèle et leur persévérance.
« Le moment que le pasteur arrive à l'assemblée, écrivait Court, est épié par mille personnes qui chacune a un mot à lui dire, ou un cas de conscience à lui exposer. Quatre heures entières l'attendent ensuite pour le voir debout et bien occupé ; il est trop aimé, il est troj) rare pour trouver là la fin de son travail. 11 faut qu'il essuie les compliments d'une foule de gens qui se jettent sur lui, dont il n'y a aucun qui ne lui baise la main et ne lui demande l'état de sa santé. »
Les fatig'ues du \o\age étaient grandes, les périls plus o-rands encore. On avait mis à prix la tète de tous les prédicants, et de fortes sommes étaient offertes à qui les livrerait. On avait en outre répandu leur signalement, et certains g'ouverneurs n'avaient pas hésité à le donner h la populace. Ainsi, marchant au hasard, par les routes détournées, prêchant dans les assemblées, reposant sous le toit de son hôte, le prédicant était toujours sous le coup d'une surprise et
j;Sl'l(>NS KT SOLDATS 330
pouvait être traîné à la mort. Les espions, soit misère, soit cupidité, abondaient. Cliaque jour, les g-ouverneurs recevaient des offres de service :
<< J'ai riionnour de vous informer qu'un homme s'est offert à nous pour veiller, jour et nuit, jiour faire surprendre les prédicants qui courent le pays et les assemblées qui se feront. Il me parait sage et de bonne volonté, et son ancien curé, homme de lion sens, ([ai me le procure, veut m'en répondre. "
Aus.si la police était-elle bien informée.
« J'ai l'honneur de vous informer que Durand a commencé à paraître aux environs d'Anduze, depuis quelques jours. Je ne sais d'où il vient, ni où il a resté plus de deux mois. Un autre prédicunt a paru en même temps que lui; vous trouverez son portrait ci-inclus. >•
Antoine Court et Duplan couraient le pays, dégaiisés en officiers. La Fare en fut averti ; il ordonna aussitôt q\i'on les arrêtât, indiquant la ville et la maison où l'on aurait le plus de cliances de les surprendre ' .
Que de périlleuses aventures ! Un jour , près de Nîmes, Court composait un sermon, assis au pied d'un arbre. Tout à coup les soldats, qui le croyaient réfugié dans une maison des environs, apparurent. A cette vue, il giinipa sur l'arbre, et, caché par le feuillag*e, il assista, témoin prudent, aux reclierclies qu'on faisait pour s'emparer de sa personne". Une seconde fois, il se trouvait cliez un corelig-ionnaire qui lui avait offert l'hospitalité pour la nuit ; il dormait déjà ,
» N» 7, t. II. (1724.) * N' 46, cah. I,
340 RÉCITS D'A\ ENTURES
quand un détachement de troupes arriva et un officier fit frapper à la porte. Le péril était grand. Court pria son hôte de faire le malade et d'envoyer aussitôt sa femme ouvrir aux soldats ; pour lui, il se blottit dans la ruelle du lit où était couché son ami. La femme tira les verrous, -les soldats entrèrent, l'officier pénétra dans la chambre, fouilla les armoires, sonda les murs; il ne découvrit rien. L'hôte cependant, entrouvrant les rideaux, et paie de peur, lui témoignait son déplaisir de ne pouvoir se lever, pour l'aider dans ses recherches, malade qu'il était, et jurait bien haut que jamais prédicant ne s'était caché dans sa maison; les soldats se décidèrent à partir'. — En 17"25, le danger fut plus grand. Court avait été prié par « des personnes de distinction » de présider une assemblée à Alais. C'était un piège que lui avait dressé un gentilhomme qui, pour prix de sa trahison, devait obtenir une compagnie de dragons. L'assemblée fut surprise et Court obligé de se cacher pendant vingt et une heures sous un tas d'immondices -. C'est à ce propos que Duplan lui écrivait :
« Je vous vois surpris dans une maison par vos ennemis, ne nonnaissant pas la carte du pays, courant pendant l'obscurité sur des toits qui glissent à cause de la neige et de la pluie ; je vous vois repoussé du premier asile qui se présente à votre fuite, je vous vois abandonné de tout le monde, presque saisi par deux soldats qui se contentent de vous faire rentrer dans votre réduit, comme dans une cage ou dans une prison dont ils ferment la porte; je vous vois monter de hautes murailles qui épuisent vos forces; je vous vois environné d'ennemis de
' N° 40, cah. I et V.
» Ibid.