SUPPLICE DE ROUSSEL
« L'heure de l'exécution étant venue, dit une relation du temps, notre fidèle martyr vit entrer dons sa prison lo bourreau et un archer; ce dernier connaissant M. Roussel l'embrassa et pleura; mais M. Roussel no parut i)as ému. Il se contenta de témoigner sa reconnaissance à cet archer attendri, et il se mit ensuite à genoux pour prier Dieu. Il le fit à haute voix, et sa prière fut accompagnée de tant d'onction et de zèle, qu'elle ravit en admiration Farcher et le bourreau qui n'étaient pas accoutumés d'en entendre de pareilles. Après cela, on vit entrer trois ou quatre moines qui étaient venus à la citadelle, soit pour disposer M. Roussel à la mort, soit pour le séduire à changer de religion par les motifs capables d'ébranler un fidèle qui n'aurait pas posé sa foi sur un solide fondement; mais ce fut en vain que les moines déployèrent leur éloquence. M. Roussel leur répondit toujours avec beaucoup de douceur, de sagesse et de fermeté touchant sa religion et son espérance. Il leur témoigna que, bien loin de craindre la mort, il la regardait comme la fin de ses peines et son entrée dans le séjour des bienheureux; c'est pourquoi il les priait instamment de le laisser en repos, n'ayant aucun besoin de leur ministère. M. le major de la place qui était près de là, ayant entendu ces dernières paroles, entra dans la prison, et dit à M. Roussel qu'il ne fallait pas mépriser ces révérends pères, puisqu'ils étaient là pour le disposer à bien mourir. M. Roussel lui répondit qu'il ne méprisait, ni n'avait jamais méprisé personne; mais que, n'ayant aucun besoin du secours de ces révérends pères, il les priait instamment de le laisser en repos. Après ces paroles, notre martyr tira en particulier M. le major, il le chargea de quelque chose qui regardait sa famille, et, après avoir reçu la promesse qu'il souhaitait, il le remercia, et ensuite il se dépouilla, et se remit entre les mains du bourreau. On sortit ensuite de la citadelle. On avait eu soin de ranger depuis la porte de la place jusqu'au gibet deux fortes haies de soldats, le fusil monté et la bayonnette au bout. Notre martyr était accompagné par le bourreau, une troupe d'archers, une autre de soldats, et une autre de tambours qui battaient la caisse, et par les moines qui ne le voulurent pas quitter, quoiqu'il les eût priés instammonl ilc lo laisser on rc-