SUPPLICE DE ROUSSEL
pos, et qu'il les rebutât ensuite avec les bras, lorsqu'ils s'ap- ]jrochaient trop de ses oreilles dans un temps où il était uni- (juonient occupé de Dieu. Mais notre martyr, en allant oiïrir à Dieu le sacrifice de son corps, avait aflaire à des oiseaux plus opiniiitres et plus mauvais que le patriarche Abraham, lorsqu'il ollrit le sien, comme il est raconté en la Genèse. Malgré le bruit des tambours, il y eut des personnes qui s' étant approchées, soit par faveur, ou par quelque argent qu'on donne aux soldats pour pouvoir rendre témoignage de tout ce qui se passe dans les derniers moments de ceux qui scellent la vérité de leur sang, entendirent que notre martyr chanta une partie du psaume LI'-' et la fin du XXX1V« qui finit le dernier acte de sa dévotion. On ne remarqua point dans sa route qu'il eût un visage triste ou effrayé, on remarqua, au contraire, un air tranquille, doux et modeste. 11 semblait qu'il allait plutôt à une fête qu'à un martyre. Ses yeux étaient souvent fixés vers le ciel qu'il regardait comme sa patrie et le lieu de son repos, après avoir soutenu les combats et les épreuves qui sont attachées à la profession de l'Evangile. Lorsqu'on fut arrivé au pied de la potence, il se mit à genoux où il ht encore une prière; après quoi, il monta l'échelle avec beaucoup de courage et de fermeté. Le bourreau attendri voulut encore le solliciter de sauver sa vie en changeant de religion, mais comme c'était une aveugle tendresse, ce furent aussi des paroles inutiles. Le bourreau fit son office; l'âme de notre martyr fut Ijientùt séparée de son corps ; elle s'envola dans le ciel accompagnée des anges qui sont les administrateurs de la parole de Dieu'. »
Alexandre Roussel avait vin o-t- six ans.
Antoine Court avait réussi jusqu'alors à échapper aux pourstxites. Quoiqu'il eîit traversé les plus grands périls, il avait toujours déjoué les etforts de ses ennemis « par un effet, disait-il, de la Providenr-e divine. » Depuis
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■MC> ANTOINE COTiRT EST Pr)I'RSUIVI
le supplice de Roussel cependaut, les espions étaient eu campag'ue et les troupes en mouvement pour le surprendre. « Nous l'aurons votre M. Court,» disait- on sans cesse aux religionnaires. Le 1" mars 1729, la nuit, le commandant de la ville, où il était caché, fit faire des perquisitions dans deux maisons ; il ne le trouva point. Le 2 avril, le même commandant, suivi d'une partie de la garnison, alla le rechercher dans une antre maison; ses recherches furent encore vaines.
« On voit par tous ces mouvements, qu'on ne man-
(pie pas d'espions, que je fais beaucoup de la peine à l'ennemi et qu'on ne négdig-e rien pour me surprendre; mais on voit en même temps que les soins de la Providence ne se lassent pas en ma faveur; qu'elle veille pour ma conservation ; que les ennemis et les espions, quelque rusés qu'ils puissent être, sont souvent confondus dans leur maligne sagesse. » — Le 24 avril, un détachement de soldats pénétra dans iine maison de Nîmes où on le croj^ait caché, et la fouilla en tous sens. Ce fut encore en vain. Mais l'intendant avait résolu de s'emparer de ce prédicant qui, depuis quinze ans, reconstruisait avec opiniâtreté ce qu'il renversait, et tenait tête, seul, sans armes et sans appui, à la cour, au clergé, aux espions et aux soldats. Sa tète était mise au prix de dix mille livres, et la chasse était ouverte. Court ne pouvait assurément tarder à succomber sous la triple attaque du faux frère, du soldat et du gouverneur * .
Les protestants étaient inquiets : « Il a passé là ; il
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;i risqué eu tel endroit; il a échappé à tel i)éril; uii tel l'a voulu livrer'. » Quelques-uns lui conseillaient (le quitter la P'rance et d'attendre à l'étrang-er que l'orag'e fût passé. Mais il n'écoutait aucun conseil. « Il avait reçu, disait-il, tant de marques de la protection divine, il sentait son ministère si nécessaire à l'Eg-lise, (ju'il aurait cru pécher, et contre la bonté divine ([ui l'avait protég'é si souvent et en tant d'occasions différentes, et contre l'Eg'lise à laquelle son ministère paraissait si utile^ et se rendre coupable d'une extrême hlcheté, s'il avait abandonné son troupeau. » Il se fit humble, inaperçu, prit des précautions et continua, son ministère.
Sa vie, comme celle de ses collègues, était toute d'action, mais combien plus laborieuse! Il écrivait non-seulement des apologies et des mémoires, lisait, s'instruisait, composait des sermons et des lettres pastorales, mais encore il entretenait une active correspondance avec les protestants de l'étranger et ceux de sa patrie, Il ne lui suffisait point de s'occuper du présent, il voulait encore préparer l'avenir. Le présent même était plein de doutes, d'incertitudes ; que de soins n'exigeait-il pas ! La convocation des Synodes, les ri\ alités et les colères à apaiser, les conseils à donner, les malheureux à visiter, les améliorations à introduire, les projets à débattre, la discipline à faire respecter, — il fallait qu'il s'employât à tout, qu'il dirigeât tout, ([u'il se donnât tout à tous. C'étaient des lettres aux galériens pour les inviter à la patience, aux mères
' y. Pit'cc's et (locMinients, ii" .V.Xl.