LETTRES ET CORRESPONDANCE
mandes et de nouvellet^. Des hommes sûrs et le courrier parfois portaient les lettres. Celles-ci étaient adressées à des personnes tierces qui étaient dans la confidence et se chargeaient de les remettre à leurs vrais destinataires, ou bien elles portaient des noms d'emprunt. Lorsque Durand écrivait à Coiu't, il mettait sur l'enveloppe le nom de Deling-èbe. Les autres proposants se livraient en cette matière aux caprices de leur fantaisie. « A Monsieur Court, écrivaient-ils, vicaire de l'Eglise sous la f ; à Monsieur Ax, Cx bon berger en son logement ; à Monsieur Court, avocat pour le grand Roi en son conseil spirituel en Languedoc'. » — Chose touchante que les sentiments de mutuelle affection et de support i[ai se manifestaient dans ces lettres! Lorsqu'il ne s'agissait plus d'affaires ecclésiastiques, ces hommes écrivaient des pages d'un charme infini, d'une délicatesse exquise. Il faut hre surtout la correspondance de Duplan, de Corteiz et de Court; on trouverait difficilement, malgré les grossiers défauts de la forme, quelque chose de plus simple, de plus noble. Ce ne sont que des conseils, des exhortations, des appels, mais qui rappellent les épîtres des Pères par l'énergie et par la tendresse. Avec les proposants surtout, qu'il reg'ardait un peu comme ses fils. Court entretenait une correspondance .suivie. Il leur traçait leurconduite, leur donnait des conseils, leur indiquait des livres à lire; il les réprimandait parfois et réparait leurs fautes. En 1725, quelques plaintes s'étaient élevées contre le proposant Gaubert. Court lui ordonna aussitôt de quitter
« N" 1, t. II, m, lV,pasi!im.
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son Eg-lise et d'aller porter son ministère dans un autre guaTtier\ L'ordre déplut et Gaubert s'insurg-ea. Plusieurs lettres furent écliang'ées. « Vous vous mettrez en colère, dites-vous, répondit Court. II ne faut i)as le faire ; Dieu le défend, et cela vous ferait mal. » Lég-ère ironie, conseils, tendresse paternelle, rien ne manquait à ces épîtres. Et cependant, malj^ré cette affectueuse sollicitude, un sentiment de jalousie g*ermait déjà chez quelques-uns. On supportait difficilement sa supériorité; elle commençait à devenir à charg-e; et, bien qu'on n'en voulût pas convenir, elle paraissait fatig-ante. Il y avait paru dans les démêlés qui suivirent lu nomination de Duplan à la dé^jutation. Il y parut encore. On lui suscita mille ennuis, en identifiant la cause de Duplan à la sienne ^
Combien l'horreur de cette vie vagabonde devenait épouvantable, quand le prédicant avait, comme lui, comme Corteiz, une femme, une famille. Corteiz était marié à Genève. Depuis long-temps, il n'avait pas reru de nouvelles de sa femme, et il errait tristement, demandant à ses correspondants habituels s'ils n'avaient point reçu de lettre à son adresse. On avait partout répondu nég'ativement. Alors, à bout de courag-e, il écrivit à un marchand de Genève, son compère : « Si ma femme est vivante, je la prie de m'écrire, et si elle ne peut pas, vous aurez la bonté de le faire, et m'apprendrez son état et celui de ma petite. Si ma fernme n'a pas d'arg-ent pour payer la nourrice, vous lui en donnerez, et nous serons toujours en ])on compte. » En-
1 N" 7, t. II, p. 147.
« N° 7, t. in, p. 218. (1727.)