JACQUES ROGER
Il était né en 1665 à Boissières, en Languedoc *. Tout jeune, il avait quitté la France, et pendant près de douze années, il avait vécu en Suisse ou en Allemag-ne. En 1708, il était rentré en France. Sa vie depuis lors avait été une od3^ssée ^.
Quoique émig-ré en Bavière, il n'avait pas perdu de vue ses frères sous la croix : il vivait avec eux par la pensée, se rappelant sans cesse le triste état dans lequel il les avait laissés, et reg-rettanfc d'autant plus vi-
1 N" 17. Vol. B. Relation sur le Dauphiiié, par Youland.
* Venu en France pour prêcher, encore qu'il ne fût pas ordonné pasteur, il s'était arrêté dans le Daupliiné et avait parcouru toute cette province, convoquant des assemblées, consolant, apaisant. Souvent il avait vu la mort de près Un jour enfin, on l'avait fait prisonnier, et il avait dû, pour sauver sa vie, s'engager comme volontaire dans un régiment. Quelque temps après, il abandonnait ses nouveaux compagnons et revenait dans les églises. En 1710, il pénétrait dans le haut Dauphiné, trouvait un grand nombre de protestants, tenait des assemblées de quatre à cinq mille personnes, et retournait sur ses pas à cause « du zèle presque immodéré qu'on avait. » Là, mille dangers l'attendaient et il échappait à la mni-i .diu me par miracle. Vers la fin de cette même année, les protestants nuiul.les de la province l'envoyaient avec M. de Beaulieu, gentilhomme de Crest, pour supplier les puissances protestantes de s'intéresser à leur sort. Roger se rendait à Berne et s'acquittait de sa commission. Il y restait dixhuit mois, employant la plus grande partie de son temps à l'étude de la théologie et servant d'intermédiaire entre les protestants du Dauphiné et ceux de l'étranger. Il demandait aux pasteurs de Berne de le consacrer, et ce\ix-,'i, pour des motifs de prudence, l'éconduisaient. Il passait alors en Wurtemberg, se présentait devant le Synode des Eglises françaises tenu àWirchen, et, en obtenant l'ordination, il obtenait aussi la permission de prêcher dans ce pays. Mais le prince trouvant mauvais qu'un homme qui ne connaissait pas « ies langues» parvînt au ministère, Roger en était réduit à porter sa requête à la cour et recevait finalement la permission de prêcher dans tout le pays, excepté dans la ville ducale. Quelques mois après, une église de la Hesse-Cassel, Mériendorf. lui adressait une lettre de vocation, et dé|fi il se disposait à se rendre à cet appel, quand il apprit la mort de Louis XIV.