‹ Antoine CourtChapitre 32 sur 251 · LES PRÉDICANTS · texte numérisé non relu

LES PRÉDICANTS

C'étaient le.s diocèses de Mende, d'Alais, de Viviers, d'Uzès, de Nîmes et de Montpellier. Quinze ans auparavant, ils avaient été le tliéàtre de la guerre des Camisards. Selon le rapport de Bâville, il s'y trouvait en 1698 près de cent soixante-six mille réformés. Mais en 1715, combien la g-uerre, la fuite et les proscriptions avaient diminué ce nombre !

« XI. — Que ceux qui font baptiser leurs enfants et bénir leurs mariages aux prêtres de l'Eglise romaine seront suspendus de la communion ; et ceux qui les accompagnent en ces actes seront censures par un pasteur ou ancien.

« XII. — Qu'on réfutera toutes prétendues révélations auxquelles il n'y a rien digue d'y ajouter foi; enjoignant aux pasteurs et anciens il'y surveiller avec soin.

« XIII. — Que si quelque pasteur ou ancien commet quelque crime scandaleux à la société, il sera démis de sa charge pour le temj)s qu'il sera jugé à propos, selon la discipline ecclésiastique.

« XIV. — Qu'on tiendra un synode tous les ans, et s'il arrivoit quelque cas en attendant l'an révolu, on assemblera un colloque de trois pasteurs et six anciens, pour délibérer ce que de droit, attendant le synode général, auquel colloque faut qu'il soit le modérateur du dez'nier synode ou le secrétaire,

« XV. — Que les anciens payeront aux pasteurs ce qui leur sera nécessaire pour leur couverture et pour leur dépense, et cela d'une manière qui lève tout soupçon.

« XVI. — Que les pasteurs ne tiendront le peuple à leurs prédications qu'une heure tout au plus, à cause ilu danger.

« XVII. — Que si quelque pasteur se rend familier avec quelque fille d'une manière malséante, on lui défendra d'aller dans la maison de cette lille. Enjoint au pasteur d'obéir.

« XVIII. — Que les femmes qui exposoient des prédications aux assemblées seront interdites, vu que ce n'est pas au sexe féminin de porter la main à l'encensoir. Et c'est d'autant que l'apôtre saint Paul le leur défend au quatorzième chapitre de la première aux Corinthiens et en la première îi Timothée, chapitre II. Cependant, celles qui ont édifié l'Eglise par une bonne doctrine et qui voudront visiter les malades, instruire la jeunesse, de maison en maison, elles seront entretenues comme pour le passé, mais la prédication leur est interdite.

« XIX. — Qu'on ne recevra aucune personne pour prêcher qui ne soit examinée envie et mœurs et doctrine par les pasteurs et anciens et les consistoires déjà établis.

VESSON, HUC-MAZF:L 2!)

Là, dans des vallées ig'iiorées, au flanc des collines, sur les montag-nes, au milieu des villes ennemies, se cachaient, disséminées et comme honteuses, les huttes, les fermes, les maisons des protestants. C'est d'habitations en habitations, toujours observés, épiés, menacés, que les prédicants devaient aller prêcher, prier, réveiller le zèle. Leur petit nombre rendait la tâche encore plus difficile. Antoine Court n'avait pu réunir que cinq d'entre eux au Synode : Jean Hue, Jean Vesson, Etienne Arnaud, Rouvière et Durand. Brunei non plus que Bouibonnoux n'y assistaient. Corteizse trouvait en Suisse.

Jean \'esson était originaire du Cros, près de Saint- Hippolypte. En 1713, Court le rencontra à Nîmes. Il s'était érigé en prédicant et se disait inspiré. Il prêchait au Désert, tombait en extase et tenait des assemblées que son imprudence faisait souvent surprendre l)ar les soldats. Il avait trente-six ou trente -sept ans'.

Huc-Mazel, dit Mazelet, était presque un vieillard. Il était né à Génolhac. A l'âge de quarante ans, il ne savait encore ni lire ni écrire, mais il était célèbre parmi les Camisards. Rocayrol l'entendit prêcher avec un grand succès devant les soldats de Roland. Après la soumission de ces derniers, il était passé en Suisse et s'était arrêté à Genève, où il avait un peu étudié. Le désir de revoir la France s'étant emparé de lui, il se rendit à Montpellier ; là, des catholiques, on ne sait à la suite de quelles aventures, lui fournirent « son viatique, » et il resta quelque temps dans cette ville. Tout à coup, cédant aux sollicitations d'un Israélite, il

• N" 4G, cah. J, j). 16. — V. aussi Histoire des Multipliants, iiar M. Germain, \). 14. Montpellier. In-4,

30 BOMBONNOUX, DURAND

se souvint qu'il avait tenu des assemblées, partit poulies Cévennes et recommença à prêcher',

Bombonnoux % ou Montbonnoux, avait été brig-a- (lier dans la troupe de Cavalier ; il avait résolu, ajjrès la défection de son chef, de continuer la g'uerre jus(|u a ce qu'il plut « au Seig-neur d'accorder la délivrance à son Eglise. » Il faillit être pris en 1705. Deux de ses amis furent roués à Montpellier en sa présence et jetés encore vivants dans le bûcher. L'horreur de ce supplice ne l'effraya pas. Il resta en France, courant le pays et convoquant des assemblées. Il se mit en rapport avec les principales prophétesses et les prédicants qui persistaient, malgTé la rig-ueur des édits, à prêcher au Désert. Etienne Arnaud, Corteiz, Abraham Mazel, Claris et les autres furent ses compagnons. C'était un vétéran des anciennes luttes, et plus tard il disait, non sans quelque satisfaction, qu'il avait, pendant douze années et avant le rétablissement de l'ordre, travaillé au réveil de ses coreligionnaires. Antoine Court le connut en 1714.

Pierre Durand était né au hameau du Bouschet, en 1700 ■'. Ses parents devaient être des nouveaux convertis, car on voit qu'il fut baptisé par le curé de Pranles, à l'église paroissiale. Il assista au culte catholique

N° 17, vol. H, p. 491.

« V. ses très-intéressants mémoires que M. Frosterus a publiés à la suite de son ouvrage : Les Insurges protestants sous Louis XIV Paris. (1866.)

8 V. sa biographie par Meynadier. - 11 ne faut point confondre ce Durand avec celui dont BâviUe écrivait en 1710 : « Claris m'a avoué qu'il y a un ministre dans les Cévennes, nommé Durand, venu depuis peu, qui n'est point du pays. Je travaille îi découvrir qui il est, et ■ j'espère qu'il sera bientôt pris. » V. aussi Les Insurgés, etc., p. m

BRUNEL, ROU\ IKRE 31 ju.S(j[u'à douze ou treize uns. Mais à peine sorti de l'enfance, il s'éprit d'enthousiasme pour la religuou proscrite, et, sans abandonner encore la maison paternelle, il se mit à battre le pays, en compagnie probablement d'un prédicant.

On sait peu de chose de Pierre Chabrier, dit Brunei, sinon (j^u'il était fort ignorant et qu'il prêchait depuis le commencement du siècle'.

Les renseignements manquent aussi sur Rouvière dit Crotte. Il était natif de Blaissac, en Vivarais. En 1713, il connut Vesson. En 1719, au mois d'octobre, fait prisonnier, il répondit à ses gardiens « qu'il était enfant de Dieu et prédicateur de l'Evangile du Christ.» Il fut conduit à Montpellier et condamné aux galères. Quelques personnes s'intéressèrent à lui et demandèrent son élargissement. En 1720, La Vrillière proposa à l'intendant du Languedoc de le rendre à la liberté, mais l'intendant prétendit que cette condescendance serait d'un mauvais exemple. Rouvière obtint cependant sa grâce, car en 1724 son nom se retrouve sur une liste de proscription, et plus tard encore on voit qu'il continuait de prêcher dans les Céveunes ^.

I II y avait plusieurs prédicanls couime Brunei : Mouteil, âgé de soixante ans; Jacques Guillot (soixante-dix ans); Jean Bonnard (plus de soixante ans). C'étaient de pauvres laboureurs, qui travaillaient la terre le jour, et prêchaient la nuit. Ils avaient couru mille périls depuis la Révocation et ne cessaient encore de tenir des assemblées. Mais ils étaient vieux et s'étaient cantonnés au village natal : ils n'en sortaient plus. N" 17, vol. H, p. 187.

En Poitou, on vit aussi prêcher des travailleurs de terre et des artisans. Dans cette période très-obscure de 1705 à 1715, ils furent les sauveurs du protestantisme.

' N" 17, vol. H, p. 187, et n" 1, t. II, p. 161), etc.

Page 1