SYNODE DE
fallait-il prendre? Pouvait-ou espérer? S'était-on eng-ag'é dans une entreprise sans issue ? Mille préoccupations absorbantes, et qui ne laissaient pas même une place aux récits des aventures personnelles. L'accomplissement de l'œuvre commune occupait toutes les pensées. Il paraît toutefois que les renseignements donnés furent bons, et que nul ne se plaig-nit d'avoir en vain lutté contre une tiédeur invincible, car le Synode, loin de prendre des mesures ^pour exciter le zèle des nouveaux convertis, en prit plutôt pour le modérer'.
Au commencement de l'année en effet, au mois de janvier, Vesson avait tenu une assemblée du coté d'Anduze. Elle avait été surprise, et les troupes avaient fait soixante- douze prisonniers. Cette affaire avait eu un douloureux retentissement. Le Synode, sous le coup de cet événement, décida « qu'on n'accorderait aucun secours dans leurs souffrances à ceux qui se jetteraient aveuglément dans le dang'er soit en allant, soit en revenant des assemblées religieuses ^ » Bien plus, et peut-être ceci à l'adresse de Vesson : « S'il arrive, ajouta-t-il, que quelque pasteur, par un zèle précipité et une clialeur inconsidérée, vienne à jeter témérairement ses frères dans le danger , il sera démis de sa charge, jusqu'à ce qu'il donne des preuves de sentiments plus sages, se conduisant selon la prudence clirétienne ^. — Les pasteurs ne convoqueront les assem-
1 Recueil manuscrit des Synodes dt' dix-huitième siècle. Conimuiiiqué par M. le pasteur .J.-l' IJugiies. — V. aussi Coquerel, t. I p. 35.
2 Ihid., art. III.
3 Ihid , art. IV
44 SUPPLICE D'ARNAI.I)
blées que de huit jours en huit jours, si ce n'est dans le cas d'unedévotion extraordinaire, comme en un temps de jeûne ou de Cène.» — Il semble donc qu'on craignait plus les fâcheux effets d'une piété surexcitée que son affaissement.
Le Synode cependant nomma des prédicants pour administrer la Sainte-Cène. Ayant « réveillé, » il voulut sanctifier les âmes. Depuis de long-ues années cette cérémonie n'avait pu s'accomplir ; les dangers incessants, la crainte des surprises, l'instabilité d'une passagère sécurité avaient toujours empêché de la célébrer. Beaucoup de religionnaires désiraient participer à cette auguste commémoration. Il choisit donc Durand, Crotte et Court pour administrer la Cène « dans toutes les églises oh la prudence le permettrait ' . » Cette dernière décision prise, il se sépara. — Pour quelques-uns cette séparation devait être éternelle.
Au mois de décembre, Ai'naud ayant convoqué près d'Alais une assemblée fut pris au retour par les soldats. On le conduisit à Montpellier, onle jugea, condamna, et le 22 janvier 1718, ce malheureux jeune homme, au milieu d'une grande affluence de monde, fut pendu à Alais. La cour continuait son système de répression. Mais à la silencieuse résignation des protestants et à l'héroïque sérénité du martyr, elle dut s'apercevoir qu'elle devenait, chaque jour, de plus en plus impuissante à arrêter le mouvement qui poussait les relig-ionnaires à la revendication de leurs libertés confisquées ^.
t V. Coquerel, t. I, p. 35.
•2 N° 46. —Voici un fragment d'une complainte sur la mort d'Ar-
BÉTRINE ET PIERREDON 45
Cette mort attrista profondément les protestants, mais ne les découragea point, (^uant aux compag-nons d'Arnaud, loin de se laisser effrayer, ils redoublèrent d'activité. Court qui avait prévu de tels événements, et qui, fidèle à son programme, ne cessait de chercher à aug-menter le nombre des prédicants, avait précisément sous la main un jeune homme insensible à la peur. Son nom était Bétrine. Il l'avait rencontré dans une de ses courses, et le voyant plein d'ardeur, il l'avait décidé à partag-er ses périls. Il le présenta au Synode du 17 février 1718, le fît examiner et recevoir proposant : Etienne Arnaud était remplacé. Cette même année. Court fit encore nommer un jeune homme « pour ^îroposer la parole de Dieu. » On l'appelait : Pierredon '.
iiaud. Nous devons K robligeance de M. le pasteur Auzière la communication de cette pièce.
(1 II y a plus de trente années Qu'il nous faut cacher dans les bois, Pour voir la parole exposée ; Encore nous faut tenir cois.
Lorsque nos ennemis nous trouvent Dans les sacres lieux assemblés, Comme des enragés ils crient :
u 11 faut qu'ils soient tous massacrés! »
. . . Cep'eudant, ô mes très-chcrs frères, Qui l'Evangile annoncez A tous ces généreux fidèles, Dans ces temps de calamités,
Ne perdez au combat courage :
Dieu de Jacob vous soutiendrai Nos épreuves et nos outrages De son ciel il couronnera! » etc.
' Synode du 21 novembre 1718 : . . « A été en personne Jacques Pierredon, du mas de Blanas, paroisse de Saint- Jean-du-Pin, lequel s'est présenté h l'assemblée
DÉPOSITION DE VESSON
Mais déjà quelques-uns, soit dépit, soit désir immodéré d'indépendance , abandonnaient l'œuvre entreprise et reprenaient leur ancien genre de vie. Le Synode de 1718 avait été oblig-é, ai)rès une troisième admonition, de « déposer » Vesson comme schismatique et coupable de plusieurs fautes g-raves. Jean Hue de son côté n'était pas sans inspirer de sérieuses inquiétudes. Heureusement Corteiz venait d'arriver. La présence de cet liomme énergique releva le courage d'Antoine Court un peu ébranlé par ces divisions naissantes, et qui se sentait comme isolé au milieu de ses compagnons.
Les Cévennes et le bas Languedoc avaient été déjà parcourus ; deux fois même on avait visité les églises du diocèse de Montpellier. Court fit un pas en avant et s'avança vers le baut Languedoc. Il n'était plus seul; Corteiz l'accompagnait. Les deux prédicants allèrent à Cournonteral, Cournonsec, Villemane, Montagnac; ils arrivèrent ainsi jusqu'à Bédarieux, dans le diocèse de Béziers. Depuis longtemps, ces pays n'a-
pour recevoir d'icelle l'approbation de proposer la Parole de Dieu. Laquelle, après avoir béni Dieu de son bon zèle et souhaité qu'il le comble de grâces, l'a reçu et lui donne permission de proposer daus toutes les églises où la Providence l'apellera, jusqu'à ce qu'il soit plus amplement examiné et installé dans la charge du saint ministère pour faire toutes les fonctions de cette sainte charge. Ainsi, la compagnie prie et exhorte toutes les églises où il sera appelé de le recevoir pour proposer la Parole de Dieu, et de lui accorder ce dont il aura besoin. Et c'est sur la condition qu'il acceptera les articles de tous nos règlements, et qu'il sera toujours du sentiment unanime de ses frères. »
Signé : Corteiz, j)a.sleur; — Court, pasteur et secrétaire;
RoUVIÈRE, J. liÉTRlNE, J. BoMBoNNOUS.
(Pièce communiquée par M. Auzière).