MANQUE ABSOLU DE LIVRES
vérité, plus détachés du monde, et plus religieux observateurs de tes commandements. Exauce-nous par ton lils! »
Les protestants malheureusement n'avaient pins de livres. Bibles et psaumes avaient été brûlés. On en gardait pieusement sans doute quelques pages détachées, on récitait de mémoire les psaumes les plus connus et des passages entiers de la Bible, mais ces compagnons amis et inséparables qu'on rencontrait jadis les premiers dans la maison, et qui étaient les témoins mystérieux de toutes les peines et de toutes les joies, — ce livre surtout qui avait fait dire au poëte :
Tout protestant est pape une bible à la main.
ce livre manquait, et lui manquant, au milieu de cette désolation des choses, l'espérance insensiblement s'évanouissait. A cela s'attachait surtout un grave péril. Les religionnaires étaient des gens du peuple, grossiers, ignorants, sans instruction. Privés de ce livre qu'ils croyaient divinement inspiré et auquel ils en appelaient comme au seul Maître, ils pouvaient en s'abandonnant aux rêveries de leur imagination tomber dans un mysticisme dangereux. Ne conversant plus avec la Bible, il était à redouter qu'ils voulussent converser directement avec Dieu. Crainte nullement chimérique ! Déjà on pouvait entendre exposer de bizarres théories sur l'Inspiration. Les inspirés étaient recherchés, honorés; ils avaient leurs partisans. De toutes façons il fallait donc remettre les protestants en face de la Bible. « La nécessité des livres est grande, » écrivait un jour Antoine Court; cette affirmation sous
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mille formes se reproduit dans ses lettres et dans celles de Corteiz. Mais comment se les procurer? Le pays était trop pauvre pour les acheter de ses deniers, et la surveillance des ennemis trop active pour les laisser pénétrer librement.
Les réfug'iés avaient souvent réussi à faire parvenir à leurs frères quelques ouvragées. On s'adressa encore à leur g-énérosité et on les pria de multiplier leurs dons. La Suisse et la Hollande se firent remarquer par leur empressement à répondre à cet appel. « M. Basnag-e, écrivait le pasteur Vial, m'a mandé qu'il vous envoie des livres par la voie de Genève et d'autres endroits, aussi bien qu'à nos frères du Poitou. J'ai même su que les Etats de Hollande ont fait un petit fonds pour ce sujet, cela m'a fait soupçonner qu'à l'avenir vous aurez peut-être moins besoin de ceux que nous vous envoyions ci-devant. Cependant nous ferons à cet ég-ard-là tout ce que nous pourrons, et quand vous n'en pourrez pas tirer d'ailleurs, vous n'aurez qu'à m'écrire *. » Ces livres étaient des Testaments et des psautiers, — des Testaments surtout, puis des ouvrages de morale, des traités sur la Cène, les catéchismes de Drelincourt, d'Osterwald, de Superville ou de Saurin, le Présertatif contre la corruption ou Traité des sources de la corruption^ par Osterwald; \ Indiférence des religions, par Pictet, ou bien encore la Manne ^nystique du Désert^ la Morale de Pictet et sa Théologie^ les Sermons de Claude, V Exposition des quarante articles de la confession de foi-. Quanta
N- 1, t. II, p. 15.S. (1719.)
N" 7, t. II, p. 1G8, et H» 17, vol. G, ii" VI.