DUPLAN
blesse, abandonnaient le soin de leurs affaires privées pour se consacrer tout entiers à leurs coreligionnaires, — Ce gentilhomme d'Alais, instruit, pieux, un peu mystique, dévoué au protestantisme, avant même qu'Antoine Court eût commencé son œuvre, avait organisé dans sa ville natale une petite Eglise. Il allait voir ses frères, les consolait et les soutenait; il priait avec eux, secourait leurs malades, les exhortait, prêchait devant eux. Aussi son nom était-il entouré de respect, et son influence considérable. Duplan entra vers 1715 en relations avec Court. Le jeune prédicant s'inclina sans peine devant l'autorité de cet homme qui avait pour lui le talent, la fortune et la piété. Il écouta ses recommandations, se confia en son expérience, et, comme leurs projets étaient les même^, il ne prit aucune détermination qu'il ne l'eût consulté. Duplan de son côté l'encouragea, loua son ardeur, et s'employa tout entier à aplanir devant lui les difficultés. Et à vrai dire, dans cette grande œuvre de restauration religieuse entreprise par Antoine Court avec tant de vaillance et conduite avec tant de fermeté, il ne fallait rien moins que les chaleureuses exhortations de tels hommes, leur appui et leurs conseils, pour réconforter sa volonté qui parfois défaillait devant des difficultés pour tout autre insurmontables.
Corteiz cependant était arrivé à Genève. Il avait remis ses lettres de recommandation, mais les personnes à qui elles étaient adressées n'avaient pu se rendre à ses désirs. Elles avaient craint que l'éclat d'une consécration publique n'excitât contre la petite répu-
CONSÉCRATION DE CORTEIZ
blique les colères du g-ouvernement français ' . Une conférence secrète avait été tenue, et on y avait résolu d'envoyer Corteiz à Zurich. Les pasteurs de cette ville étaient en effet dévoués à la cause des ég-lises françaises.
Il partit. Les lettres qu'on lui avait remises pour les Messieurs de Zurich étaient pressantes ; elles ne purent toutefois que difficilement vaincre leurs irrésolutions. Pourquoi l'envoyait-on de si loin? Si on le recevait pasteur, il leur arriverait de tous côtés des jeunes gens pour être reçus ; ils ne voulaient recevoir que ceux qui avaient fait leur « appreutissag-e » dans leur ville ; les magistrats verraient leur complaisance de mauvais œil ; ils avaient de méchants voisins ; mille autres arguments -. Corteiz finit par triompher de leurs scrupules, et fut enfin examiné. Il dut répondre pendant trois jours aux demandes qu'on lui fit sur les textes les plus importants de l'Ecriture, et prêcha avec un grand succès. Ces épreuves terminées, il reçut sa lettre d'ordination. Le but de son voyag-e était atteint.
Dans cette ville, il avait fait imprimer un sermon d'Antoine Court et sur la première page du livre, en manière de préface, il avait mis une dédicace à la mère de son jeune collègue. Dès qu'il fut de retour à Genève, il le fit mettre en vente, et déjà quelques colporteurs le vendaient dans les rues, lorsque les magistrats,
' C'avait été cette même crainte qui, en 1712, avait emjiêché Berne de consacrer Roger. «... On trouvait deux difficultés pour le recevoir ministre pour revenir en France : l'une qu'ayant établi un ordre qui portait qu'on ne pouvait pas recevoir un ministre qui ne possédât pas les termes originaux (les langues); l'autre, qu'étant alliés ou voisins d'une puissance aussi redoutable que la France, ils craignaient de s'attirer des affaires en ordonnant des ministres pour y aller prêcher »
2 N» 1, t. II, p. 25. (1718.)