REDOUBLEMENT DE PIÉTÉ
rent de nombreuses victimes, et Lyon même ne fut pas h l'abri du fléau ' . Les relig-ionnaires du Lang-uedoc firent preuve dans ces terribles mois d'un redoublement de piété. Cette peste n'était-elle pas un cbàtimeutde Dieu? N'avait-elle pas été envoyée par l'Eternel pour se venger de l'oubli coupable où son peuple l'avait laissé? « Quand je fais réflexion, s'écriait un protestant, que j'ai employé ving"t-trois ans que j'ai passés sur la terre à des choses vaines et inutiles, que mon état est pitoyable ! — Oli ! assistez-moi de vos bonnes et pieuses prières -. » Les prédicants avaient conseillé de suspendre momentanément la convocation des assemblées; ils furent oblig-és de les reprendre. Tel était l'élan de la piété , que tout le monde courait au Désert. « La crainte de la mort, dit Corteiz, que la peste donnait, servait beaucoup à l'augmentation du courage et du zèle de nos peuples. »
Antoine Court avait monentanément quitté la France Corteiz resté presque seul depuis son départ, ne pouvait plus suffire à la tâche ''. « J'ai une pleine poche de lettres , écrivait-il , qui toutes demandent réponse; d'autre part je suis accablé tous les jours par de nouvelles visites; j'ai beau demander qu'on ne me fasse voir à personne, ceux chez (jui je suis logé ne peuvent résister aux sollicitations ^ » Il se multi-
1 Ajoutez qu'à Lyon la misère devint telle que les rues se remplirent de mendiants. N° 1, t. II, p. 241. (1721.)
2 N" 1, t. II, p. 625. (1721.) ' V. plus loin, chap. vu.
^ De fâcheuses divisions, dont on verra plus loin le détail (oliap. in. p. 101, et chap. vi), avaient diminué le nombre des prédicants. N" 17, vol. G. Journal de Corteiz. —V. aussi n" 1, t. II.