XVI INTR(»DUCTION
accompag'iié de deux amis : Salomon Sabatier et Etienne Arnaud. Pendant trois ans, il avait sillonné la province.
« Environ ce temps-là, je tombai malade... Joint les afflictions et les chagrins que je recevais tous les jours de voir mes ciiers frères enlevés de devant mes yeux, les mauvais aliments que je mangeais, l'humidité de la terre sur laquelle je couchais, les sérénités de la nuit que j'endurais, m'oiïencèrent le sang et gâtèrent l'estomac, de sorte ([ue j'étais faii)le et languissant. >■
Oblig'é de partir poin- Genève, il en était bientôt revenu. «Dieu fit naître de nouvelles afflictions, (si bien) qu'au milieu de mon innocence j'avais des cbag-rinsqui m'étaient un espèce de martyr. Je connus bien que la divine Providence dispo.sait toutes ces choses jiour m'eng-ager à retourner en France, ce que je fis heureusement. » Et depuis lors, il tenait de petites réunions, prêchait, se mettait en rapport avec les rares prédicants dont il entendait parler, et s'efforçait dans un petit coin du royaume de retirer le protestantisme de l'abîme dans lequel il avait roulé.
Quelque temps après la soumission des Camisards, Claris, rencontrant Bombonnoux : « Tous nos prédicateurs sont morts ou rendus, lui dit-il ; que ferons-nous ? » '( Dieu y pourvoira ! répliqua Bombonnoux. Et quand je n'entendrai aucune prédication d'ici à dix années, je me sens assez de courag'e, avec le secours du ciel, pour résister à toutes les tentations qui pourraient m'ètre suscitées par les ennemis de l'Evang-ile ! » Cette fière réponse était vers 1715 dans la bouche de beaucoup d'hommes. Ils ne la faisaient pas à haute voix; mais il semble qu'ils la redisaient volontiers entre eux
INTRODUCTION
XVI t
roinine un mot d'ordre et comme un encourag-ement.
Tous les documents sont unanimes sur ce fait. Ils en e.\ag"èrent même l'importance. A Paris, le curé de Saint- .Sulpice écrit : « L'ambassadexir de Hollande a chez lui un ministre qui fait le prêche en français, et il y va toujours une ^Tande (piaiitité de monde pour l'entendre » — A Poitiers, l'évèque se plaint que les Nouveaux Convertis n'assistent pas à la messe et au service divin ; (pi'ils meurent sans que le curé soit averti ou qu'il n'est averti que lorsqu'ils sont à l'ag-onie et ne parlent plus; enfin qu'ils n'envoient leurs enfants ni à l'ég-lise ni au catéchisme — C'est enfin Chamilly lui-même, le terrible maréchal de Chamilly, qui dit à la cour :
" A juijof l(>s choses jiar les seules apjjarences, l'ien ne parait plus surprenant ijue de voir eneore (l(>s l eligionnaires en France. La révocation de i'Edit de Nantes obligea de sortir du royaume les ministres (juiles conlirmaient dans leurs erreui's. Les sages oi louables m(!sures, que le Roi jirit ensuite j)0ur réunir tous ses sujets dans une même croyance. le.s personnes qui furent envoyées dans les provinces j)our faire des conférences de controverse, les lions livres iiu'on prit le soin de distribuer dans les diocèses, les maîtres et maîtresses d'école qu'on établit dans chaque jiaroisse pour l'instruction de la jeunesse, — tous ces moyens, joints à ])lusieurs édits et d('clarations qu'a faits Sa Majesté, tant ])our empêcher l'accroissement de l'hérésie que |)our la détruire dans ses fondements, devaient produire des eiï'ets tels (|u'on les pouvait désirer. — Et nous eussions vu sans doute raccjnqilissement de tant de pieux desseins, sans les malheurs qu'entraîne nécessairement après soi une guerre qui n'a presque point eu d'interruption dcjniis en viron- trente ans*. »
' Bililiotliéque nationale, Ms<. u" p. 36. (Mars 1715.)
2 IhicL, p. 14. (Janvier 1712.) Ih,d., p. 1!) (Juillet 1713.)