BAPTÊMES ET MARIAGES
Avant la révocation de l'Edit de Nantes, les religionnaires, on le sait, se mariaient devant leurs pasteurs ; mais depuis la Révocation, privés et dépouillés de leurs anciens droits, ils étaient tenus de faire bénir leurs unions et de faire baptiser leurs enfants à l'ég-lise et par le prêtre. L'ordonnance de 1715 avait encore ag-g*ravé leur position. Convertis au catholicisme par arrêt royal, ils étaient désormais obligés de se conduire en bons et fidèles catholiques. Ils avaient pu, avant 1715, tout en bravant les édits et au risque d'encourir les peines édictées contre eux, se faire marier au Désert, dans les chapelles des ambassadeurs ou à l'étranger. Ils ne le pouvaient maintenant. Légalement le protestantisme n'existait plus en France. Tout homme donc qui ne se mariait pas à l'église n'était point marié, partant ne mettait au monde que des bâtards. Il ne leur était ainsi permis de se passer du prêtre qu'à la condition de perdre toute existence légale * .
L'horreur de cette situation était augmentée par les cruelles formalités qui étaient attachées à la bénédiction du mariage. Le clergé avait remarqué que la grande masse des religionnaires, pour échapper à la sévérité des lois ou à une note infamante, s'étaient soumis à
considérables! (V. tome II, chap. ix, p. 278.) La question de l'état civil prime toutes les autres au dix-huitième siècle. Tout y aboutit, tout en découle. Nous aurons occasion d'y revenir plus d'une fois.
' De l'excès du mal devait sortir une amélioration. Le clergé en vint à regretter l'ordonnance de 1715. « Auparavant la perversion était sévèrement punie, disaitun prêtre,on en avait même ôté la principale cause en défendant et en déclarant nuls les mariages des catholiques avec les prétendus réformés; au lieu qu'aujourd'hui, sur le principe qu'il n'y a qu'une seule religion en France, la perversion ne peut être constatée. » V. tome II, p. 428.