‹ Antoine CourtChapitre 82 sur 251 · SCHISME DE HUC-MAZEL · texte numérisé non relu

SCHISME DE HUC-MAZEL

de telles paroles dans la bouclie de Hue étaient dangereuses. Les fidèles se soumettaient difficilement à la rig-ueur de la discipline ; aussi, voyant un prédicant subvenir à leur embarras et les soutenir dans leurs hésitations, commençaient-ils à former autour de lui un parti très-nombreux. Heureusement les partisans de l'ordre étaient décidés à ne point laisser échouer l'œuvre qu'ils avaient entreprise. Un Synode fut tenu en 1719, au mois de septembre ; soixante membres y assistaient et Corteiz en était le modérateur : « Vous me parlez, écrivait-il, de Hue, dit Mazel, et de l'admonester doucement. Ceux qui vous ont donné cet avis sont des personnes très-sages ; mais, hélas ! ce n'est pas moi qui l'ai démis, ce sont ses erreurs ' . » Hue en effet dans cette assemblée fut interdit et déposé pour avoir prévariqué aux articles des règlements. Mais ce vieillard, très-ignorant, était d'une singulière opiniâtreté. Loin de se soumettre à la décision de ses supérieurs, il continua, dans les hautes Cévennes où il s'était retiré, de propager ses sentiments sur les abjurations et les mariages, comme sur les autres articles de la foi. lient bientôt ses disciples. Deux proposants, envoyés par le Synode, vinrent le trouver, et dans une assemblée lurent aux fidèles un livre imprimé, dans lequel l'auteur s'élevait contre ceux qui se faisaient marier ou faisaient baptiser leurs enfants par des prêtres romains ^ » Corteiz, inquiet de cette opposition, encore qu'elle fût confinée dans une seule contrée, — il l'appelait la contrée de Mazel, — s'y rendit lui aussi, pour ébranler dans l'esprit des

1 N" 7, I. I, p. 8; et n" 17, vol. G, 33. i N" 17, vol. G, 11° VI, (1720.)

SCHISME DE VESSON

relig-ionuaires le crédit de son collèg'ue. Pictet enfin éccivit de Genève aux partisans de Mazel pour les rappeler au sentiment du devoir, au respect de l'ordre et de la discipline. Mais tous les efforts furent inutiles. La popularité de Hue était considérable. Les membres du Synode et les prédicants passèrent « pour des émissaires du démon, et il ne fallut rien moins qu'une lutte incessante, la trahison d'un faux frère et le martyre de Jean Hue, pour que cette manière de schisme cessât définitivement.

Cette opposition n'avait pas été la première. Elle avait été faite au nom des fidèles et soutenue par eux : de là son importance. Mais, en 1716, trois ans avant qu'elle se manifestât, un prédicant s'était déjà élevé contre la réorg-anisation de l'Eglise. Jean Vesson se plaig-nait des oblig-ations auxquelles on l'astreig-nait ; il avait refusé de faire examiner ses sermons, ne s'était point rendu aux Synodes, avait donné la sainte Cène, quoiqu'il n'en eût pas le droit, et avait convoqué des assemblées avec une extrême imprudence ; pour tout dire « il faisait bande à part, sans excuse légitime, » violait la discipline et calomniait ses frères. Il luttait, malheureusement pour lui, contre un pouvoir trop affermi déjà pour qu'il le put ébranler. Un Synode tenu au mois de février 1718, l'assigna à sa barre et, comme il ne s'était point présenté, le démit de ses fonctions Une porte de salut lui était cependant

1 « La compagnie examinant les mœurs des pasteurs et ayant trouvé que malgré une première, une seconde et une ti"oisièrae admonition le S' Jean Vesson, pasteur extraordinaire, persiste dans une conduite

Page 1