‹ Antoine CourtChapitre 85 sur 251 · CON^^OCATION DES ASSEMBLÉES · texte numérisé non relu

CON^^OCATION DES ASSEMBLÉES

pensait, et d'obtenir par ce moyen, s'il était possible, quelque tolérance en leur faveur' . »Les protestants montraient par là en effet qu'ils n'étaient point une poignée d'hommes, mais presqu'un peuple ; ils montraient en même temps de quels sentiments ils étaient désormais animés, leur amour pour le roi et leur éloignementpour les luttes civiles.

Il fallait toutefois que ce résultat s'obtînt sans troj) de souffrances. Le moyen proposé était très -périlleux, car les édits étaient inexorables. On devait donc user de prudence, si l'on ne voulait point s'exposer à des dangers trop certains.

C'est aux Anciens que revenait la charge de convoquer les assemblées. Le matin, ou dans la journée, un homme passait. Il trouvait un frère, lui annonçait qu'un prêche devait avoir lieu, à telle heure et en tel lieu, puis disparaissait. Cependant, portes closes, à l'oreille, on se communiquait la bonne nouvelle. Les préparatifs se faisaient. Peu de chose , puisqu'on partait sans armes. Mais encore fallait-il tromper par de faux avis les voisins, calmer les inquiétudes des vieillards, exhumer de la cachette un feuillet des Ecritures ou des psaumes ; tout cela demandait des soins. Enfin la nuit venait. Alors mille craintes. Quelque espion ou quelque faux frère n'avait-il pas appris la convocation de l'assemblée ? Le gouverneur n'était-il pas informé ? Les troupes n'étaient-elles pas sur pied Mais la foi triomphait de la crainte, et, vers dix heures, on partait de la ville ou du village, non par bande, — cela eût pu

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KATIGUES P:T SOUFFRANCES

donner des soupçons,. — mais séparément, sauf à se réunir plus loin, en quelque endroit isolé. On se rencontrait, on parlait des premiers dang-ers surmontés, et, pleine d'espérance , la petite troupe composée de cinq à dix personnes se dirig-eait vers le lieu convenu.

La course était longue : une lieue, deux lieues. Les femmes étaient harassées et les enfants avaient peine à arriver. Chose g-rave ! car les abandonner en route ou les renvoyer à la maison, c'était les exposer à être surpris par les troupes, les livrer aux interrog-atoires, partant faire surprendre l'assemblée. Il fallait alors que les hommes robustes de la troupe les portassent sur leurs épaules.

En hiver, dans ces contrées, les nuits sont froides, en été, elles sont parfois pluvieuses ; mais vents, orag-es, rien n'arrêtait ces intrépides confesseurs. A Nîmes, eu 1715, Antoine Court avait convoqué dans les environs une assemblée. Un orag*e violent éclata tout à coup. Ses amis le retenaient , mais lui , quoique à pied et qu'il eût une lieue de chemin à faire, se mit immédiatement eu route, song'eant à ceux qui avaient probablement affronté le même orage pour venir écouter sa parole. Sur la lisière d'un bois, toutes tremblantes, seules, il rencontra trois jeunes filles qui avaient perdu leur chemin dans l'obscurité et qui le prièrent de les conduire à l'endroit où, sous la pluie battante, l'assemblée était déjà réunie ' .

« Cinq dimanches do suite, raconte Corteiz, nous fûmes exposés à souffrir la pluie; mais, le premier dimanche, il plut

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