‹ Antoine CourtChapitre 89 sur 251 · LE CULTE · texte numérisé non relu

LE CULTE

l'alarme à l'assemblée. Je sortis promptemont jiour voir de quoi il s'agissait, j'aperçus ces quatre flambeaux et je dis aux Anciens : « Ces flambeaux suivent le ruisseau, et ne croyez pas que l'ennemi vienne avec de la lumière pour nous surprendre; calmez-vous et ne faites pas do bruit. » Cependant une partie de l'assemblée s'enfuit, et la maison qui était trop petite fut assez grande. Le restant, nous achevâmes heureusement notre dévofion : le lendemain les fuyards se reprochèrent leur lâcheté ^ »

Dès que le prédicant était arrivé, le service commençait. C'était vers minuit. Les assemblées de jour furent toujours très-rares et ne se tinrent que beaucoup plus tard, vers 1743. La lecture de la Bible, le chant des psaumes, les prières et les exhortations du prédicateur composaient les éléments du culte. Les fidèles priaient d'abord en particulier. Quand le ministre se faisait attendre, on hsait quelques passages de la Bible. Un des assistants, en général un Ancien, faisait l'office de lecteur «Avant que le ministre n'arrivât, dit une relation du temps , on a fait la lecture de quelques chapitres de l'Ecriture sainte, et chanté les psaumes LXX et LXXX ; ensuite le ministre étant arrivé, il a commencé par la confession des péchés et a fait chanter le psaume CXXXVIT. à genoux et il a pris pour texte dans ledit psaume le verset 7 ^ »

1 N" 17, vol. H. Relation historique, etc.

- « Sur ce qu'il a été dit que plusieurs profanes et libertins s'ingéraient h faire la lecture et lisaient le chant des pseaumes aux saintes assemblées, et qu'à cause de cela les lidèles étaient scandalisés. — C'est pourquoi il a été délibéré qu'îi l'avenir, personne ne fera la lecture de la Parole de Dieu ni le chant des pseaumes, qu'il n'ait été élu Ancien, et là où il n'y aura pas des Anciens capables, ils seront obligés de faire l'élection de leur lecteur et de leur chantre. » Synode de 1720. Recueil des actes synodaux, etc

" N" 17, vol. 0. (.Juin 1719.»

LE SERMON

Le prédicant, debout sur une éminence commençait enfin son exhortation. Très-probablement, dans cette circonstance, il avait un costume particulier'. Qu'étaient ces sermons ? On ne sait guère ; il n'en reste aucun fragment. La plupart cependant n'étaient autres que des discours imprimés à l'étranger et laborieusement appris par cœur. Pour soutenir le zèle de leurs coreligionnaires, les réfugiés leur faisaient en effet passer des li^Tes, des traités religieux, des sermons. De Hollande, de Genève surtout, on expédiait « aux défenseurs de la foi » des paquets de livres qu'un correspondant courageux se chargeait de faire parvenir à leur destination. Corteiz reçut ainsi huit douzaines de catéchismes et dix sermons ^. Ce fut l'origine d'une curieuse habitude. Quelques prédicants incapables de composer eux-mêmes leurs sermons apprenaient ceux des orateurs célèbres , et les déclamaient ensuite aux assemblées. Bombonnoux récita ainsi un discours de Pierre Dumoulin , et « la faim pour la parole faisait trouver bonne cette manière de prêcher. » Habitude cependant fâcheuse, et qu'on abandonna. Les prédicants se mirent bientôt à composer et à réciter leurs propres sermons. Un professeur de Genève, l'illustre Pictet, loua même le talent d'Antoine Court et déclara que ce jeune homme avait « des dons considérables » pour la chaire. Point de théologie d'ailleurs dans ces exhortations, ni de long-s raisonnements, point d'ornements ni de fleurs de rhétorique. Un des plus instruits et

1 Cela paraît ressortir d'une lettre de Duplan, en 1730, et d'une autre de Corteiz, en 1718. N" 1, t. Il, p. 42

2 N°. 17, vol. G.

LE SERMON

des plus intrépides, Claude Broussou s'en était déjà g-loi'ifîé. « Je rejette tous les vains ornements de l'éloquence et de la sagesse du siècle qui consiste à mêler dans la prédication de l'Evangile quelque trait de l'histoire profane ou quelque point de philosophie et des autres sciences humaines, afin de paraître savant, ce (|ui me paraît un pur abus du saint ministère ; car cet impur mélangée, d'un coté fait jug-er que celui qui parle cherche plutôt la vaine gloire que la gloire de sou maître et le salut de ses élus, et de l'autre corrompt la parole de Dieu... » Que fallait -il attendre des autres ? Ils avaient composé leurs discours sur quelque route , eu marchant , dans une grange, sous un arbre , et n'avaient eu pour toute bibliothèque « qu'une Bible, et pour table qu'une pierre reposant sur leurs genoux '. » Parlant d'ordinaire à l'improviste, à la première occasion, prédicateurs ignorants s'adressant à des auditeurs plus ignorants encore, quelles qualités oratoires pouvait-on exiger d'eux? — Soupçonnaientils eux-mêmes que l'art de la parole eût ses règles et ses lois ?

Point de haine dans leurs discours : des paroles de chanté... quelque chose de véhément et de doux, de ferme et d'affectueux, — le cœur s'adressant au cœur. Grands et sublimes accents comme on en entend chez le peuple, frivolités et naïvetés touchantes, répétition de mots et d'idées, citations diffuses de passages bibliques, solécismes et barbarismes continuels, et malgré cela, on ne sait (juel parfum inconnu qui pénétrait les âmes

1 N- 40, cali. m

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des auditeurs. Court prêclia, uu soir, a l'improviste. Il s'exprima avec onction et véhémence, d'une manière suivie et sans se «déférer nulle part. » « Parlai-je avec ordre, ajoute-t-il, suivis-je lesrèg-Ies de l'art oratoire 'if Elles ne m'étaient seulement pas connues ; mais mon discours pliit et édifia mon auditoire. » Le prédicant n'était que l'écho des sentiments qui agitaient les auditeurs pressés autour de lui. Agitée au souffle de ses paroles, l'assemblée, haletante et émue, écoutait. Au milieu de la nuit , il y avait des silences étranges que troublait seule la voix du ministre. Cette parole grave, enflammée, réchauffait les cœurs, remuait les âmes ; chacun croyait entendre la propre voix de sa conscience. De là, ces émotions poignantes qu'augmentaient les périls de l'heure, ces applaudissements arrachés par la naïve éloquence des orateurs, ces larmes qui coulaient au récit des infortunes subies, des persécutions h affronter, des souffrances de la primitive Eglise. « Pendant la prédication, est-il dit quelque part, tout le pauvre peuple fondait en larmes. »

Le sermon était long, trop long souvent. Il fallut remédier à cet abus. On décida que les pasteurs n'emploieraient pas plus d'une heure, ou tout au plus cinq quarts d'heure, à leurs prédications suivant en cela l'exemple des prédicateurs de Genève'. Lorsqu'il avait terminé , et que les applaudissements, — car souvent on applaudissait,— avaient cessé, il arrivait que le ministre baptisât un enfant, ou bénît un mariage. Ce cas toutefois, dans les premiers temps surtout, se présen-

1 V. Coquerel, t I, [). 34. Synodr. de 1717 -V. aussi n° 17, vol. G, p. 382. Synode de 1721.

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