‹ Antoine CourtChapitre 90 sur 251 · LA SAINTE CÈNE · texte numérisé non relu

LA SAINTE CÈNE

tait rarement. Plus fréquemment on donnait la communion. Cette cérémonie ne pouvait être célébrée (|ue par les pasteurs,et Court dans ses récits s'étend long'uement sur ce chapitre. Il paraît qu'aux jours de communion on formait avec des pièces de bois une sorte de parquet où se tenaient les Anciens pendant la prédication. Au moment où le pasteur se préparait à célébrer la sainte Cène^ ceux-ci allaient se placer à l'entrée et empêchaient d'approcher de la table quiconque avait commis une action scandaleuse, et n'en avait pas encore fait pénitence publique.

« Les Anciens, écrit Gorteiz, se tiennent à la porte du parquet qu'on fait avec des pièces de bois, dans lequel parquet ils se tiennent pendant la prédication jusqu'à la célébration de la sainte Cène. Ils se relèvent ensuite pour laisser passer les communiants les uns après les autres. Mais ils se tiennent à la porte pour prendre garde que personne de ceux qui ont fait quelque action scandaleuse ne s'approche qu'il n'ait fait premièrement réparation. »

Les fidèles qui étaient dans la paix de l'Eg'lise communiaient les premiers ; quand le dernier avait accompli cet acte, les Ancien.-; faisaient approcher ensemble les coupables. On les voyait alors s'avancer vers la table sainte, tremblants et comme honteux; ils écoutaient chacun selon leurs fautes les exhortations et les remontrances du prédicant, — puis ils communiaient. Il y avait en ce moment de touchantes scènes. Un jour, un homme entouré de respect,» dont le péché était caché au monde, mais découvert au g-rand créateur des c(eurs, » se précipita tout àcoupàg-enoux devant la table, pleurant et se lamentant. Il confessait à haute voix son péché de lâcheté et

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d'idolâtrie, et eu demandait pardon ài'E^'lise et à Dieu. C'était Corteiz qui présidait. Toute l'assemblée, — plus de deux mille personnes, — fondait en larmes, et luimême à cette vue, contenait avec peine son émotion

Pour courir à ces assemblées nocturnes, à quels dangers ne s'exposaient pas les fidèles ! Dang'ers multiples et qui font frémir. Il y avait d'abord les espions. Le duc de Roquelaure écrivant à un de ces personnages, lui disait en manière de conclusion :

« Enûn, je no puis trop vous recommander de faire de Iré- (juents détachements des troupes que vous commandez, et que vous enverrez do jour ou de nuit... visiter les lieux suspects ot où vous aurez lieu de croire qu'il se pourra tenir des assemblées suivant les avis qui vous en seront donnés par les personnes do conliancc que vous devrez vous ménager dans chacun des lieux de votre commandement -... »

Aussi les espions ne manquaient-ils pas. Un d'eux très-bien intentionné et très-propre à réussir s'offrait à veiller jour et nuit pour faire surprendre les prédicants dispersés dans le pays. Il ne demandait que deux pistolets pour se défendre, s'il était attaqué pour le service du roi ^. Puis il y avait les faux frères, g*ens bien pensants, bien vus du pouvoir, g-ens de toutes conditions, qui, pour peu de cliose, — une place ou les dépouilles de la victime, — s'eng'ageaient à dénoncer les assemblées. En 1720, le parlement de Bordeaux apprit que les religionnaires de la Rochelle se réunis-

' N" 17, vo). U, p. 523, Rehitiuii historique, ek-,

2 V. Histoire de l'ErjHse (VAnduze, etc., [j. G88 el 75.").

3 N" 17, vol. II. (1718.)

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