‹ Antoine CourtChapitre 92 sur 251 · LES CHATIMENTS · texte numérisé non relu

LES CHATIMENTS

eut toujours ses disciples, et dans ce duel inég-al la faiblesse qui était le droit, finit par vaincre la force qui était l'injustice. Prison, g'alères, mort, on affrontait tout avec un sang'-froid, une sérénité merveilleuse. L'assemblée est, un jour, réunie dans une caverne et « le prêche » commence, quand les sentinelles avertissent que les soldats approchent. On en doute d'abord, et on continue. Mais les troupes avancent. Alors on fait sortir les femmes, les enfants, ensuite les hommes ; cependant les ministres, se tenant à l'ouverture, donnent la bénédiction au peuple qui sort sans confusion, et malg^ré le dang-er restent les derniers à penser à leur sécurité *. Les femmes étaient admirables. Si grand que fût le péril, toujours ardentes, toujours les premières aux assemblées, elles lassaient la sévérité de leurs persécuteurs. Prisons terribles cependant que les hôpitaux, les couvents et les tours de Constance ! Le chevalier de Boufflers en fut effrayé. Mais elles bravaient tout, même jeunes, et presque encoi'e dans l'enfance. La sœur d'un prédicant décapité à Montpellier fut prise et enfermée à Aigues- Mortes : elle avait quinze ans. Pour toutes, l'horreur d'une réclusion imminente s'évanouissait devant la joie d'assister à une assemblée.

Il y eut de 1715 à 1723, dans le Languedoc seulement et sans compter celles qui passèrent inaperçues, sept surprises d'assemblées^. Chaque année, on entendit le bruit des fusillades, et l'on vit, en longs convois, passer les prisonniers.

* En Languedoc seulement. En 1715, assemblée surprise à Vauvert; en 1716, îi Mandagout ; en 1717, ?i Anduze;en 1720, h Nîmes, etc., etc.

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