ATTAQUES CONTRE LES ASSEMBLÉES
song'ei' au Roi? C'était beaucoup plus simple et beaucoup plus grand. Louis XIV avait exilé les protestants, rempli les g-alères, élevé les potences, et décidé sommairement qu'il ne pouvait désormais et'qu'il ne devait plus y avoir de réformés en France ; on protestait contre cette dernière décision. Le lieu de la protestation, c'était le Désert.
Chose curieuse ! Ces assemblées oii l'on n'entendait que des prières et le cliant des psaumes furent appelées séditieuses et attaquées comme telles. Par qui? Par les catholiques peut-être ? Non, par des protestants.
A peine le bruit de cette résurrection du protestantisme était-il parvenu à l'étranger, que les pasteurs s'en étaient profondément émus. Etait-ce la restauration de l'ancien ordre de choses? Etaient-ce les préparatifs d'une nouvelle guerre de Camisards? Ils ne savaient. Ils avaient peu de confiance danslamodération des religionnaires, ils se les représentaient volontiers toujours prêts au combat et n'attendant qu'iui chef pour se jeter dans la révolte. Depuis 1710, malgré leur attachement aux églises françaises, ils les avaient un peu oubliées; ils ignoraient ce qui s'y était passé, et les efforts d'Antoine Court pour rétablir l'ordre et ceux de ses collèg-ues pour comprimer toute tentative d'insurrection.
Au surplus, si l'on en croit Corteiz, ils étaient mal informés ! Ils imaginaient que ces assemblées, où des prédicants inconnus convoquaient les fidèles, étaient sembla})les à celles où les Camisards avaient autrefois ])rêché la guerre sainte. Fanatiques alors, anabaptistes
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et inspirés s'y doiuiaieiit carrière. Ou jei\nait, on chantait, on faisait des miracles. Les enfants prophétisaient, les hommes tombaient en extase, le frère Clary faisait allumer des bûchers et les traversait à pas lents. Assemblées étrang-es, pleines de fantastiques visions, dont le résultat avait été une guerre meurtrière et l'écrasement des insurgés.
Les pasteurs étrangers se rappelaient ces événements récents encore, et la crainte de les voir se renouveler les avait immédiatement saisis. Dans cette situation d'esprit, ils écrivirent sans différer en France contre les assemblées du Désert.
Lesreligionnaires fort étonnés se défendirent. « Nous ne souffrons, disait Corteiz, ni fanatiques, ni piétistes, ni anabaptistes ; la Parole de Dieu est seule reconnue pour règ'le, et plût à Dieu que vous vissiez régner l'ordre et la règle que nous y tenons » Vaines protestations. Corteiz plaidait une cause qu'il ne pouvait gagner encore.
Pourquoi, disaient-ils, des assemblées publiques? Les protestants ne pouvaient-ils pas sortir à leur gré du royaume, s'ils voulaient prier Dieu en commun? En ;idmettant même que cette extrémité leur répugnât, ne pouvaient-ils pas se livrer en particulier à des exercices domestiques de piété ? Ils voulaient se réunir au Désert et en grand nombre. Or, pour chanter en commun les psaumes de Marot et écouter des sermons qui ne produisaient aucun effet, ils excitaient la cour à de nouvelles rigueurs, ils dépeuplaient les familles, ils
1 N" 17, vol. G, p. 3. (17](;.)
LEUR ARGUMENTATION m
exposaient aux galères une multitude d'hommes inoffensifs. Et de quel droit? Les assemblées relevaient évidemment de la juridiction du souverain. Les convoquer malgré ses ordres, c'était se mettre hors la loi et mériter le nom de rebelles. Au surplus, non-seulement les princes interdisaient ces sortes de réunions, mais encore la religion. Jésus et ses apôtres n'avaient jamais prêché au Désert qu'accidentellement; ils allaient en général de maisons en maisons pour annoncer la bonne nouvelle; et la plus g-rande de leurs assemblées se tint dans une chambre haute. Ainsi, il n'était pas certain que Dieu eût prescrit les assemblées, il était même probable qu'il ne les avait point commandées. Il était évident d'un autre côté que Dieu avait ordonné d'obéir aux souverains dans toutes les choses qu'il n'avait pas défendues. Donc, dans le cas proposé, le plus sfir était d'obéir au roi, parce que dans la concurrence de deux devoirs dont l'un est obscur et l'autre clair, il faut préférer le certain au probable. — Tel était le thème ordinaire sur lequel, avec preuves à l'appui, arguments historiques et nombreuses citations bibliques, s'exerçait l'éloquence des adversaires * .
Un événement vint augmenter les appréhensions. En 1719, il y eut des troubles dans le Poitou. Le bruit courut qu'ils avaient pour auteurs les religionnaires de ce pays, et qu'ils avaient été suscités par le brillant
' N" 13, t. III. Réflexions sur les assenililées que nos frères les rélorniés font en France contre les ordres du roi. — 11 n'y a ni date ni nom d'auteur. Peut-être furent-elles imprimées en 1719, peut-être en 1726; car, h cette époque, parut un ocrit dont Court se plaig-nit :iméronicnt. Mais rien de moins silr.