LETTRES DE BASNAGE ET DE PICTET
et remuant ministre d'Espag-ue, Albéroni. Cette nouvelle arriva en Suisse et dans les Pays-Bas. Personne n'osa en contester l'autlienticité, la cour en ayant écrit à deux illustres pasteurs de ces pa^'s, à Basnag'e, le célèbre réfugié, et à Pictet. Ce fut alors comme une explosion de reproclies. Ne l'avaient-ils pas assuré? Les assemblées avaient produit leur effet naturel ; les protestants de France allaient reprendre les armes; non-seulement le Poitou, mais encore le Daupliiné, le Languedoc étaient en armes. « J'ai appris, écrivait l'un d'eux, par uue personne de considération et d'une fort g'rande piété, que le Roi d'Espagne ou le cardinal Albéroni fait prêcher, de nuit, dans le bas et haut Languedoc, de ces voleurs du saint nom de Jésus qu'on appelle Jésuites, pour tâcher par leurs représentations et leurs belles promesses de tourner le cœur des réformés du côté du Roi d'Espagne et trahir notre bon Roi »
Basnage écrivit une première lettre à propos des assemblées et les condamna. Cette condamnation émanant d'un tel personnage pouvait avoir un fâcheux retentissement. Antoine Court le comprit et, encore ému par ces injustes attaques, il prit la plume et répondit. Dans un rapide abrégé des événements qui s'étaient succédé depuis la révocation de l'Edit de Nantes, il lui parlait de l'état misérable où cet édit avait jeté les prote.stants, des violences, des persécutions, de la guerre des Camisards et de la profonde détresse qui en avait été le résultat; il lui parlait encore de ses
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efforts, de ceux de sescollèg'ues,« lumignons fumants, » pour éclairer les cœurs, ranimer la foi, éveiller l'espérance; il lui pariait de l'ordre qu'ils avaient établi, de la discipline, — et arrivant eufin aux assemblées :
« Nous lie nous arrêterons pas lonjitemps à réfuter ceux qui annoncent l'Evangile et qui cependant réprouvent nos assemblées. Supposons \tom- un moment que cinq ou six bergers eussent trente ou quarante mille Jjrebis dispersées dans un vaste pays, séparées par des cloisons, serait-il possible que ces bergers pussent nourrir tant de brebis, s'ils ne formaient de petits troupeaux pour leur donner tour à tour les choses nécessaires ? Nous ne croyons pas même qu'il fût difticile de prouver que les chrétiens des premiers siècles et nos frères du temps de la réformation aient fait des assemblées, quoique les princes les eussent défendues. Nous n'ignorons pas qu'il ne faille (le la prudence et des heux à l'abri des persécuteurs, et nous avons si bien suivi cette méthode, que pour une assemblée qui est découverte, il s'en fait cent à l'insu des ennemis. Il est vrai que quelques maisons ou granges ont été dévastées, quelques personnes ont été condamnées aux galères, plusieurs mises en prison ; très-peu ont souffert la mort. Mais ignore-t-on qu'il y a des croix attachées à la profession de l'Evangile? On a remarqué quelquefois que lorsqu'une assemblée avait été vendue, les détachements roulaient autour du lieu où elle se faisait comme les habitants de Sodome et de Gomorrhe autour de la maison de Loth, et il est arrivé que des brebis qui venaient de iiaitre ont servi de garde pour reconduire chez eux des loups qui étaient venus pour les dévorer. Nous protestons encore contre tous ceux à qui il appartiendra, (jue nous vouions rendre à notre prince ce qui lui estdù; mais nous croyons (ju'il ne nous est pas permis de négliger pour un ]ieu de temps notre salut, ni celui do nos frères. »
Ailleurs, il ajoutait : « Nos assemblées ne sont point tuuuiltueuseii ; on n'y porte point d'armes. Nous n'a-