‹ Antoine CourtChapitre 97 sur 251 · NOUVELLES ATTAQUES · texte numérisé non relu

NOUVELLES ATTAQUES

VOUS rien à nous reprocher de ce côté-là, puisque nous blâmons tous ceux qui sont sortis de nos ran^s pour suivre d'autres maximes que celles de l'Evangile'. »

Basnage se montra satisfait de ces déclarations. Mais d'autres lettres arrivaient de Genève ; il fallut encore y répondre. Court fit copier l'apologie qu'il venait d'adresser au pasteur de la Haye, et l'envoya. Le même résultat fut atteint ; il y eut quelque apaisement dans les colères. Le pasteur Vial écrivit que tous les g-ens de bien avaient appris avec joie les heureux résultats qu'obtenaient Antoine Court et ses collèg-ues par les assemblées au Désert, qu'il déplorait l'envoi des lettres injurieuses adressées au jeune prédicant, et que, pour lui, son seul but avait été de montrer au Roi de France (|ue la religion protestante n'autorisait pas la désobéissance aux princes légitimes, encore moins la rébellion.

On se tromperait cependant si l'on croyait que tous les esprits s'étaient rendus aux arguments du jeune pasteur; il avait défendu la cause des assemblées, mais ne l'avait point encore g-agnée. Quelque temps après ces événements, Pictet revenait sur ce sujet et accumulait les griefs -. Toutefois, après avoir déclaré qu'il n'était point le seul de ce sentiment, il avouait qu'il ne prétendait rien imposer, et que, si les pasteurs de France se trouvaient bien de leurs assemblées, il en bénirait Dieu avec ardeur ■'. Plus tard encore, lorsque l'édit de 1724 eut été promulgué, de nouvelles atta-

* N° 46. Lettre pastorale à Basnage. (1T19.)

* V. Pièces et documents, n° VI.

' Il y eut encore, vers cette époque, la lettre d'un prosélyte « de réputation » contre les assemblées.

TRISTESSE ET .lOIE DE COURT

(jues, et non les moins violentes, furent dii'ig'ées contre ces inofîensives réunions du Désert. « Ah ! s'écriait Court, on fait plus de mal ({u'on ne pense, quand on décrie nos assemblées ou qu'on ne les approuve pas »

Il était eu efiet convaincu qu'elles offraient le moyen le plus sur pour affermir les courag'es et entretenir la piété, qu'elles étaient surtout la protestation la plus simple et la plus concluante contre la déclaration de 1715. Aussi quelle joie lorsqu'il annonce que les assemblées continuent avec régularité et que leur nombre est de jour en jour plu^: considérable ! Il est presque tenté de s'en attribuer l'honneur, et assurément il n'y est pas sans droit. Ce fut sa fermeté (|ui maintint les assemblées au Désert. — Quant aux avantages politiques qu'il i)rétendait en retirer, il ne s'en exagérait pas l'importance. La convocation des assemblées, le nombre des assistants, l'ordre qui y régnait, ne furent pas sans exercer une grande influence sur les conseils de la cour. Elles n'eurent d'abord, il est vrai , d'autre résultat que de faire multil)lier les mesures de rigueur ; mais peu à peu les soldats se lassèrent de courir le pays pour les surprendre, et les intendants d'envoyer aux galères les prisonniers. Cette héroïque obstination à atRrmer au grand jour l'existence du protestantisme sauva le protestantisme français.

' N" 7, t. III, p. 25. (1726.) — Ce ne devaient pa.s ëlre les dernières attaques. On verra, dans la suite de cette histoire, que les assemblées au Désert continuèrent d'avoir des détracteurs nombreux et d'autant plus violents qu'elles se tinrent avec plus d'éclat

ItS SUCCÈS DES ASSEMBLÉES

Elle ne contribua pas peu en attendant à lui A aluii- -son premier succès.

Jusqu'alors, l'ing-énieux système mis à la mode par la déclaration de 1715 était resté en vigueur, et la cour, s'abritant derrière la loi, continuait de nier qu'il y eiit encoi'e des protestants en France. Elle dut rompre, sinon officiellement, officieusement du moins, avec ce système. Cela se passa en 1719, en pleine Régence, à propos d'une av enture curieuse qui se noua et se dénoua au moment même où les religionnaires commençaient à s'agiter, et où Albéroni consi)irait contre la France.

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