‹ Antoine de Bourbon et Jeanne d'AlbretChapitre 102 sur 133 · Lettre de Cbantonay à Granvelle, du 5 août 1560 (Recueil · texte numérisé non relu

Lettre de Cbantonay à Granvelle, du 5 août 1560 (Recueil

que le oonnétable, qui 8*était aunouoé pour le 47^. Mais le duc d*Âlbuquerque, vioe-rw de h NBiraiTe« bien servi par les espions qu'il ratretenait à Nérac, informut exactement soD maître en lui disant qpe Antoine essaierait d'édiapper à l'invitation de se reîidre à la oour *. Le prince dédarait même , suivant Ghantooay , qu'il ne voulait pas se livrer aux mains de ses auiemis'. Ak veille de la réunion, les deux princes s'excuserait sur la brièveté du délai et sur la longueur du voyage^. Les Guises ne regrettèrent pas leur absence. Os comptaient arracher à l'assemblée de Fontainebleau une démonstration solennelle, qui ne laisserait à leurs ennemis d'autre issue que la rébdlion ^. L'assanbiée eut d'autres effets *• Le jour de l'ouverture, avant les

oontenrô aux arch. de Brazelles, f. 92). ^Uue instniction, datte d'Écûtse du i7 août^ aTait été adressée an roi de Navarre à la cour {CaUndars, 1560, p. 235). — Le 9 août, le roi de Navarre avait écrit aux Guises ane lettre embrouillée et presque incompréhensible dans laquelle il demande le bon office des favoris du roi {Lettres d'Antoinâ de Bourbon et de Jehanne d^Albret, p. 212).

1. Lettre de Throckmorton à la reine Elisabeth, du 22 août (CaUndars of state papers, 1560, p. 246).

2. Lettre du duc d'Albuquerque à Philippe H, du 25 août 1560 (Gop. espagn., arch. de la secret. d'État d'Espagne, leg. 358, f. 52).

3. Lettre orig. en espagnol de Ghantonay à Philippe II (Arch. nat., K. 1493, n* 83).

4. Lettre de Throckmorton à la reine d'Angleterre, du 9 aoùft (Calendars of state papers, 1560, p. 222). — Voyex aussi de Thou, t. II, p. 795, et les Mémoires de Castelnau, liv. Il, chap. 8. Gastei— nau estime que le roi de Navarre eut tort de ne pas venir à Fon-" tainebleau.

5. Résumé de chancellerie des dépêches de Ghantonay à Philippe II, du 30 août au 8 septembre (Arch. nat., K. 1493, n^ 77).

6. Voyez un récit assez intéressant de rassemblée de Fontainebleau (f. fr., vol. 4812, f. 1. — Ihid., vol. 10190, f. 62 V. —

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délibérations, l'amiral de Goligny, sous la foi du serment, donna lecture de requêtes impérieuses qui demandaient au roi Texercice des deux religions ^ . Les déclarations furent appuyées avec énergie par plusieurs seigneurs et même par un des grands officiers ecclésiastiques du royamne. Le cardinal de Ghastillon dit qu'il se félicitait de vivre dans un temps où Févangile et la loi de Dieu étaient mieux entendus que dans le passé ^. L'assemblée resta glacée devant cette mise en demeure inattendue, et le roi, plus surpris que personne, ne trouva rien à répondre. Il commanda à C!oligny de reprendre son rang et au chancelier de donner lecture des procès-verbaux. Mais la question était posée avec éclat et soulevait, même dans cette assemblée muette, un trouble précurseur de la guerre civile. Cette manifestation aggrava l'agitation générale^. Dix

Ibid., vol. 15811, pièce 2 ; bonnes copies du temps). — Nous ne croyons pas que cette pièce ait été imprimée. Mais le récit qu'elle présente offre quelques analogies avec le livre m de VEstat de la religion et république du président La Place.

1. Lettre de l'ambassadeur Michieli à la république de Venise, du 30 août 1560 (Mss. ; Dépêches vénit., filza 4, f. 160). Ce diplomate donne sur rassemblée de Fontainebleau quelques détails nouveaux que nous avons utilisés ci-après. — Voyez aussi sur ces états une pièce du temps publiée par Mayer {Estais généraux, 1789, t. X, p. 296) et d'autres dans les Mémoires de Condé, t. I, p. 555 et suiv. Voyez surtout VHistoire des états généraux, de M. Picot, t. n, p. 12.

2. Lettre de Gbantonay à Philippe n, du 31 août 1560 (orig. espagnol; Arch. nat., K. 1493, n* 76). — Sommaire de chancellerie d'octobre (ibid., n* 104).

3. Le mécontentement des Guises de Tissue de l'assemblée de Fontainebleau est signalé par Ghantonay dans sa lettre à Philippe n, du 31 août (Orig. espagnol ; Arch. nat. , K. 1493, n* 76).

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■■yCwWfcMèii *.USag»e«lrillwPMC James Jeii I l| ftl dcrrapçBJsdeMMbMenty.Déôdé 1 pMiV >■ asnx d*A£toiDF. i «Ji-BBanda au eooDétiUect kamtÊÊ rmâavmtuM de c^a^er de caa|»- ^Êt Êum k prttexle qx I» gnôoD» de l*ld(-de- Tiwmet THoJpmtDi trop de sa pntTÎooe. D s^aam qwdqf» jovs à U cour et ât pM«de de aa Gmar ■i|im de Coodé '-. Ses fnqœnte» eotrevoes arec ks i parole» in^trodentcs fureot dêooB- I de Lorrainr, qui ordoofu de le survdDflr. La Sagn» reocoatra ud jour un capitaine.

1. Leura d« ChADtanay da 8 Mptmlm 1 Pbilqipe II {Orig. «ptgool, K. 1493, D* 83).

i. Cet édit wt imprioM dam llifttMiani miu Franfoù II, p. US, Le* étaU Tarant plui tard tmttfèna à Orléana.

3. Toni 1m btitorieDi ont dit qae La 8agn« n'était qae l'agent d* CondA, mail U commiieioD de Cnuwd, 4n 30 aoAt (IfégoeiA MIU FrançoU U, p. 483) et U lettre du connétable du 26 septentee {Jlimoiru de Condi, \. I, p. 583) pronrent qn'il éuii l'agent di roi de NaTine.

4. La Place, Etiat de rtligion et rtpvbiiqva, p. 53. — De Thon, II, 704 ei 795. — On trou*e quoique» ranieîgmementa précis tar celte pramièro mission de La Sa^e daua rinterrogatoira de I^^ Haye {Higoeiatiom mu Franfoû II. p. 569).

5. Lettre originale en espagnol de Chantonay à Philippe II, <!«>- 8 septembre. Arch. aat., K. 1493, n- 83. Cette importante lettre est celle qoi donne le plus de détails sur les événements de co* derniers joura d'août.

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nommé Bamia, suivant La Place, ou Bonval, suivant La Planche ^, ancien sergent-major des bandes françaises en Piémont, et qui s'était fait le courtisan des Guises sans obtenir d'emploi^. Bon val, en soudard mécontent, s'épancha sur l'ingratitude de ses nouveaux maîtres et sur la faiblesse du roi, qui laissait mourir de faim les meilleurs serviteurs (jie son père. La Sague avait été déjà informé par un autre capitaine, nonmié La Roche, de la défaveur de l'ancien sergentr-major. Encouragé par ses doléances, il lui proposa de s'attacher à la fortune des princes. Bonval y paraissait si bien disposé qu'il parlait de se faire turc et d'aller faire la guerre en Asie plutôt que d'épuiser son patrimoine en chevauchant de château en château à la suite de la cour. Le Basque observa qu'il était inutile d'aller si loin, qu'un bon soldat trouvait toujours du service, que des princes de la maison de France se montreraient plus généreux que des étrangers. Ce langage ayant été écouté avec faveur, La Sague, sous la foi du serment, confia à Bonval le secret de Gondé, son dessein de réunir les états et de reconquérir l'autorité qui appartenait aux princes du sang, même au prix d'une guerre civile. Les plus puissants seigneurs, disait-il, s'étaient engagés à le suivre, et, si le prince

1. La Planche, Estât de France sous François II, p. 315 et 344. — La Place, Estât de religion et républiqiie, p. 53 et 68. — Les deux récits ne sont pas absolument conformes surtout sur la façon dont Bonval et La Sague se rencontrèrent. De Thou a suivi le récit de La Planche (H, 804).

2. D'après une lettre de Michieli, ce fut le gentilhomme même attaché par les Guises aux pas de La Sague qui découvrit le secret de sa mission (Lettre de Michieli à la république de Venise, du 30 août 1560 ; Mss., Dépêches véoit., filza 4, f. 160).

veûml à boat de ses ennonis, il comblerait dlionDean et de ridiesses les braves gens de son parti.

Bonval, avant de s'engager, demanda wi jour de réflexion ; mais, le même soir, jugeant que le hasard venait de lui donner les moyens d'obtenir sur l'heure ce qu'on lui promettait pour un temps âoigné, fl révéla le secret au maréchal de Brissac. Le duc de Guise, aussitôt infom^, lui reconunanda d'entrdenir la confiance de La Sague et de s'entendre avec du Croc, échanson de la reine, probablement diai^ de l'épier. Le lendemain, Bonval dédara à l'agent béarnais qu'il était prêt à le suivre : c Vous scavez, dit-il, c que je suis soldat et que nous autres ne entreprec nous légèrement, si nous ne scavons la cause et les c moyens. Par quoy, je vous prie, puisque vous avei c mon serment, m'en descouvrir davantage, plus parc ticulièrem^it et par le menu, afin que j'entende c comment se pourra conduire une telle et si haute c entreprise et que j'aye plus d'occasion d'y mener c avec moy une troupe de bons hommes. » La Sague se laissa prendre au piège et poussa l'imprudence jusqu'à faire connaître le jour de son départ et la route qu'il suivrait.

La Sague avait donné rendez-vous à Bonval pour le lendemain avec une troupe c gaillarde > , qu'il se flat* tait d'entraîner. Craignant d'en avoir trop dit, le Basque partit le jour même, sans attendre ses nouveaux compagnons. Lorsque Bonval se présenta à son logis, en armes, prêt à faire le voyage, il était déjà loin. Désespéré de perdre le fruit de sa délation, le traître demanda des chevaux, des cavaliers, et se lança après le fugitif. Mais il prit le change en route.

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éi^ au lieu de suivre La Sague, il s'engagea sur la trace de Jean de Ghourses, s. de Malicorne, gentilhomme du parti des Guises. La Sague était allé à Paris, n se logea chez François de Vendôme, vidame de Chartres, ancien colonel de l'infanterie française en Piémont, et assista à plusieurs conférences avec les chefs du parti huguenot. Il partit enfin dans les derniers jours d'août et fut arrêté au passage d'Etampes, diargé d'instructions et de lettres par Téchanson du Croc*.

Le 29 août, à six heures du soir, arriva à Fontainebleau l'escouade qui ramenait l'agent du roi de Navarre. Le cardinal de Lorraine interrogea le prisonnier et se saisit de ses papiers. Il trouva des lettres de plusieurs capitaines, entre autres du vidame de Chartres. L'une était adressée collectivement au roi de Navarre et au prince de Gondé et portait que les princes c se dévoient asseurer de luy comme de c leur très humble serviteur et parent, et qu'il mainc tiendroit leur party et leur juste querelle contre c tous, sans excepter que le Roy, Messieurs ses frères c et les Roynes^. » D autres lettres, destinées au roi

1. Lettre du nonce de France au nonce d'Espagne, du 14 sept. 1560 (Orig. italien ; Arch. nat., K. 1496, n« 5). — Lettre de Chantonay, du 8 septembre, à Philippe II (Orig. espagnol ; Arch. nat., K. 1493, n» 83). — La Place, p. 68. — La Planche, p. 345. — De Thou a reproduit le récit de La Place (t. II, p. 804). — La Popelinière, Hist. de France, 1581, t. I, p. 190. La Popelinière reproduit le récit de La Planche. — Voyez aussi l'interrogatoire de Robert de La Haye {Négoc. sous François II, p. 568).

2. Lettre orig. en espagnol de Chantonay à Philippe H, du 8 septembre 1560 (Arch. nat., K. 1493, n» 83). — La Planche, Estât de France sous François II, p. 346. — D'après une pièce

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de Navarre seul, oontenaieiity sans édairdsaemcntB, des oommiiiiicatîoiis mystérieuses; Tune, c que le c prince devoit se pressar parce qu'il tardoit trop c pour ce qu'il avoit à foire » ; Tautre, c qu'on ne c pouvmt recruta* les gens que le prince demandoit c sam recevoir une plus forte subvoition » ;uDe antre enfin c que, moyennant un envoi supplémentaire de c 8,000 écus, il arriveroit à ses fins^ ». On troum aussi des lettres en dii£Bres inintelligibles qui accrurent les soupçons des Guises ', et des dépêches d'Allemagne à l'adresse de Gondé, qui révélaient l'accord des Bourbons avec les meneurs de la réforme de l'autre côté du Rhin'. Le connétable et François de Montmorency avaient aussi écrit au prince, mais leur lettre ne contenait que des prot^tations d'amitié banale ^ La nuit était avancée quand le cardinal termina

publiée dans les Mémoires de Condé (t. II, p. 374), la lettre portée par le Tidame était indifférente, mais les aveux de La Sague compromirent ce seigneur.

1. Lettre originale en espagnol de Ghantonay à Philippe II, du i« septembre 1560 (Arch. nat., K. 1493, n* 79).

2. Lettre originale en espagnol de Ghantonay, du 8 septembre (Arch. nat., K. 1483, n* 83). Ces lettres en chiffres donnèrent probablement naissance au récit d'après lequel La Sague aurait conseillé de mettre dans l'eau Tenveloppe des dépêches portées par le vidame de Chartres, sur laquelle on aurait trouvé une lettre de Dardoy, secrétaire du connétable, écrite à Tencre sympathique (De Thou, t. U, p. 805 et 808 ; La Place, p. 71).

3. Lettre du duc d'Albuquerque à Philippe II, du 17 septembre 1560 (Gop. espag. ; Arch. de la secret. d'État d'Espagne, leg. 358, f. 52).

4. La lettre du connétable, datée du 26 août, est imprimée (Paris, Négociations sous François II, p. 481).

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Texamen des pièces. Effrayé de ce qu'il avait découvert, il se rendit chez la reine mère, qui jugea nécessaire d'en référer au roi. Le roi fit lever le connétable et le chancelier et convoqua sur l'heure les membres du conseil privé. La délibération se prolongea jusques après minuit. La Sague fut interrogé en présence du roi ^ et soumis à la torture. Il révéla tout ce qu'il savait et tout ce qu'il pouvait conjecturer, avec une profusion de détails qui dépassait toute vraisemblance. Il dit que le roi de Navarre et le prince de Gondé allaient arriver à la cour à la tète d'une armée, après s'être saisis des villes de Poitiers, de Tours et d'Orléans ; que les lieutenants du roi en Picardie, en Bretagne et en Provence appartenaient à la conjuration, et que le connétable leur livrerait Paris, dont son fils était gouverneur ^. Il compromit même dans ses aveux la dame de Roye, belle-mère de Gondé, Robert de La Haye, son conseiller, Bouchard, chancelier du roi de Navarre, et une foule de capitaines, dont plusieurs étaient étrangers au parti des princes, Burie, Monluc, Senarpont, les comtes de la Rochefoucauld ^

1. Lettre du nonce de France au nonce d*Espagne, du 14 sept. (Arch. nat., K. 1496, n* 5). — Lettre deMichieli à la république de Venise, du 30 août 1560 (Mss., Dépêches vénit., filza 4, f. 160).

2. Pièce publiée dans les Mémoires de Condé (t. U, p. 374). — Interrogatoire de La Haye {Négociations sous François II, p. 487). — La Place, p. 69. — De Thon, t. H, p. 805. — D'Aubigné, Hist. univ., liv. II, chap. 19.

3. Lettre de Throckmorton, du 3 septembre, à lord Gecil ((7a(0ndars of State papers, 1560, p. 274). La Rochefoucauld est aussi accusé dans la lettre de Ghantonay du 8 septembre (Arch. nat., K. 1493, n* 83).

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et de Tende, les seigneurs de Rohan, de Grunont, de Boudiavannes, de La Meilleraye et de Goni ^.

A la suite de la séance du consol, le roi expédia à Paris le prévôt, le sénédial d*Agenais et un capitaine des gardes, afin d'arrêter le vidame de Chartres, d^ suspect aux Guises par sa parenté avec les Maligny et avec les Gramont et par ses tendances rdigieuses^ FrançcHsde Vendôme fut saisi le lendemain matin dans son lit, malade et ayant peine à se mouvoir. An moment où les gens du guet lui signifièrent les ordres du roi : c Donnez-moi de quoy me vêtir, ditril. J*ay c grand plaisir de ce que le roy sera édairé de ce qui c est oit resté en doute jusqu'à présent *• » Il fîit conduit sur sa mule ^ à la Bastille par un des officiers du roi de Navarre, François Raffin, dit Poton, sénéchal d*Agenais ^. Le roi donna commission à Christophe de Thou, président du parlement, à Barthélémy Paye, à Jacques Viole, conseillers, à Gilles Bourdio, procureur général, d'instruire le procès ^, et à Charles de llarillac, arclievêque de Vienne, d'interroger secrètement

1. Pièce publiée dans les Mémoires de Condé, t. Il, p. 374. Cette pièce est une apologie de Goodé.

2. Lettre originale en espagnol de Ghantonay à Philippe n, da 31 août (Ârch. nat., K. 1493, n* 76). — Lettre du même au môme, du 8 sept. (Ibid., K. 1493, n* 83).

3. Lettre de Michieli à la république de Venise, du 30 août 1560 (MsR., Dépêches vénit., filza 4, f. 160).

4. Lettre de Throckmorton à lord Gecil, du 3 septembre (Calen^ dars, 1560, p. 274). On connaissait à la cour, dès le 31 août, Tordre d'arrestation lancé contre le vidame de Chartres (Négociât, diplom. avec la Toscane, t. III, p. 424).

5. Journal de Bruslard dans les Mémoires de Condé, t. I, p. 16.

6. Copie sans date, f. fr., vol. 3876, f. 351. Les magistrats sont nommés dans les Mémoires de Condé, t. II, p. 375.

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Taccusé. Le vidame paraissait plein de confiance, se louait de son arrestation, parce qu'elle ferait ressortir son innocence, et promettait de donner sur ses lettres des explications qui anéantiraient les charges dirigées contre lui. Les juges commissaires le pressèrent de questions, mais il leur signifia qu'il ne répondrait à l'avenir qu'au roi, ainsi qu'il en avait le droit conune dievalier de l'ordre. Cette réponse, loin de paraître importune, plut au roi ; les mécontents reconnaissaient donc que son jeune âge ne l'empêchait pas de gouverner. La détention du vidame fut adoucie ; il put se promener dans l'intérieur de la forteresse, mais sans conmiuniquer avec le dehors, quelques cautions que présentassent le grand écuyer Boisy et ses protecteurs à la cour ^ . Le roi nomma une nouvelle commission de trente juges, et y adjoignit deux seigneurs connus par leur modération, Jean Prévost, baron de Sansac, et Jacques de La Brosse. Le vidame récusa le nouveau tribunal conune il avait récusé les gens du parlement et demanda à être traduit devant l'assemblée générale de l'ordre. Son insistance devenait un souci pour les Guises. Le connétable blâmait hautement les rigueurs exercées contre un capitaine malade, usé au service du roi et qui avait à peine quelques jours à vivre. La noblesse murmurait^. Le roi, craignant de faire de nouveaux mécontents, consentit à déférer l'accusé à l'assemblée générale de

1. Lettre de Throckmorton à la reine Elisabeth, du 8 septembre (Cakndars of staU papers, 1560, p. 284). Lettre de Ghantonay, du 8 et du 18 sept. (Arch. nat., K. 1493, n» 83 et 86).

2. Lettre originale en espagnol de Ghantonay à Philippe II, du 7 octobre (Arch. nat., K. 1493, n? 100).

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Tordre. La flMe de ninl MkM ippiurlMii et eoop de chevaliers s*étaienl reodbi à k ouor. Le mi les oomroqaa, et, en aésioe, le grand éoÊj/u Soiif préseolak requête davidame. Wtmâwgwtnej Twffmp, le premier en sa qualité de mnirfiahic, rappch kl andeos services de racoosé, Finjaslioe de aon ânes-

tation A ce mot le canfinal de Lorraine ae leta

avec vivacité et traita le vidame de fcctjcgg, MiiiiiBS reocy riposta. Il s*eD suivit nue altcrcalioo ai vive qm le duc de Guise imposa silence à aon frère. La nmjfh rite des dievaliers funésents opina avw le connétaUe. Les Guises prirent sur-le-champ dea mesures poar modifier la compositioa de rassemblée, et, le lôidfemain, dix-huit nouveaux capitaines furent «nmwA chevaliers de Tordre. Parmi les nouveaux dignitaires, plusieurs appartenaient au gouvernement du roi de Navarre : Antoine de Pardaillan , baron de Gondria, héritier par sa fenmie, Pàule d'Espagne, des grands biens de la maison de llontespao ; Antoine de Lomagne, baron de Terride, connu par ses exploits en Italie ; Guy de Saint-Gelais, seigneur de Lansac, dievalier d'honneur de Catherine de Médicis; Henri de Foix, comte de Candale, le dernier de son nom, gendre du connétable de Montmorency et beau-père du doc d'Epernon; Guy Chabot, baron de Jamac, gouverneur de La Rochelle et pays d'Aunis, transfuge du parti des Bourbons. Ces illustres seigneurs n'abaissaient pas Tordre de Saint- Midiel. Le Laboureur remarque avec raison qu'une telle promotion méritait peu de reprodies. Cependant les railleries de la cour n'épargnèrent pas les nouveaux dievaliers. On sema des pasquils qui portaient que le collier de Tordre,

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considéré autrefois comme la récompense des plus grands services, devenait c un collier à toutes bètes ^ . > La cimitesse de Grussol, dame de compagnie de la rdne mère, célèbre par ses saillies, félicita le roi de n'en avoir nommé que dix-huit, parce que, s'il en eût noomié vingt, on les eût appelés les vins nouveaux^ allusion piquante aux vins de Tannée 1560 c qui c étoient tous guinguets et ne valoient rien ^. »

Le S9 septembre, le jour de la Saint-Michel, le roi tint une assemblée générale à Poissy pour la réception des nouveaux chevaliers^. La cérémonie commença par une messe solennelle, dite en présence de la cour et des ambassadeurs étrangers, qui fut Toccasion d'un scandale éclatant. Le cardinal de Ghastillon, frère de Goligny, s'agenouilla, mais de mauvaise grâce. Le r^résentant d'Angleterre, Nicolas Throckmorton, c fit c bonne mine » pendant la première partie du service, mais, à l'élévation, il resta assis au milieu des sei-

1. D'Aubigné attribue ce mot au capitaine La Rocbe du Maine {Histoire universelle, 1626, col. 119). Tous les auteurs contempondns le citent en blâmant une promotion trop nombreuse.

2. Collection de Rasse-des-Nœuds (Bibl. nat., f. fr., vol. 22560, f. 206 V*). Ce bon mot avait déjà servi dans une autre circonstance. Voyez les Mémoires de Castelnau, 1731, 1. 1, p. 368. — Le voisinage de Monluc et de Vassé excita aussi quelques railleries. Voyez Brantôme, t. IV, p. 94.

3. Ces dix-buit chevaliers sont énumérés par plusieurs historiens. Nous recommandons la liste publiée par Le Laboureur parce que le nom de chaque capitaine est accompagné d'une notice biographique sommaire {Mémoires de Castelnau, 1731, t. I, p. 365). Ghantonay observe que cette promotion portait à plus de qoatre-vingt-dix le nombre des chevaliers de Tordre (Lettre du 7 octobre 1560 à Philippe n ; Orig. espag. ; Arch. nat., K. 1493, n* 400).

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gneurs prosternés et afiTecta de tourner la tète avec indifférence. L'ambassadeur de Fcrrare lui adressa tout bas des remontrances, et, à l'issue de la messe, les deux diplomates se prirent de paroles. Le nonce protesta auprès du cardinal de Lorraine contre l'attitude de Throckmorton et un ordre du roi lui défendit d'assister à la messe des morts qui devait être célébrée le lendemain * •

La cour était encore émue de Tincident quand le roi donna l'accolade aux nouveaux élus. Après la remise du collier, il prit la parole et fit appel au dévouement de tous les chevaliers. Son discours, à't Ghantonay, arracha des larmes d'attendrissement aux assistants. Lorsque le cardinal de Bourbon, à son rang, à la suite du duc de Guise et du connétable, fut appelé à renouveler son serment, il s'approcha du trône, si ému qu'il eut peine à retrouver la parole. Il jura en son nom et au nom de ses frères, c suppliant c Sa Majesté d'avoir pitié de luy et d'eux, car tous c prétendoient luy être des sujets et serviteurs fidèles c et ils le montreroient par leurs actions. > Le roi lui répondit qu'en tenant les promesses faites en leur nom, les Bourbons mériteraient d'être reçus conune ils l'avaient toujours été, mais, c autrement il ne faillic roit pas à son devoir. » Il parla avec tant de grâce et de bonheur d'expression que tous les assistants furent satisfaits et l'orateur plus qu'aucun autre. Pendant cette scène, la reine mère et le cardinal de Lor-

1. Sommaire de chanceUerie d'octobre de l'ambassadeur d'Espagne (Orig. espagnol ; Areh. nat., K. 1493, n* 104). » Autre récit du même incident (ibid., n« 109).

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raîoe, assis à Técart, ne œssaient de verser des larmes ^ . L'assemblée des chevaliers de Tordre, ainsi remaniée, ne se montra pas plus disposée à satisfaire les Guises. Le procès du vidame, traversé par le connétable et par le grand écuyer, fut mollement conduit, malgré l'acharnement du cardinal de Lorraine, qui disait que c les altercations du royaume s'apaiseroient vite quand c les séditieux verroient la tète du vidame sur une c perche^. > François de Vendôme répondait à ses juges qu'il était meilleur serviteur du roi que le duc de Guise et prétendait le prouver. Le duc, peu désireux d'accepter la comparaison et moins passionné que son frère, se contenta de tenir l'accusé sous les verrous*. Après la mort de François II, le prisonnier sortit de la Bastille, très malade, et se retira au château de Tournelles ^. Le 1 8 décembre, il fit son testament ^ el mourut peu après ^.

Les révélations de La Sague firent mettre en arres-

1. Lettre de Ghantonay à Philippe II, du 8 octobre 1560 (Orig. espagnol ; Arch. nat., K. 1493, n* 101). — Sommaire de chaneeUerie daté d'octobre (Orig. espag., ibid., n? 102).

2. Lettre de Ghantonay, du 8 septembre (Orig. espag., Arch. nat., K. 1493, n* 83).

3. Lettre orig. en espag. de Ghantonay à Philippe U du 7 oct. 1560 (Arch. nat., K. 1493, n* 100).

4. Lettre de Ghantonay du 24 décembre 1560 (Orig. espagnol ; K. 1494, n* 11).

5. Ge testament est imprimé dans les pièces justificatives de la Vie de Ferrières par M. de Bastard. M. de Pétigny avait écrit une étude sur cette pièce (Bihl. de VÉcole des chartes, 1849, p. 342).

6. M. de Bastard avait ignoré la date de sa mort, mais Chantonay, dans une lettre du 28 décembre 1560, annonce son décès comme un événement récent (Orig. espagnol; Arch. nat., K. 1494, no 12).

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ecMitre loi, s ee n'cit la BH« 1 était k fi*i^SA«i et prioee de Coudée Dfiit dnrgée de jager le vidame de Saîot-GcnDain, le 21 dont fl se tin airee heur, n tramn réponse à loiÉca les h cûDJoratioa d\\iiiboise, sur les aSûres da prince, SOT ses entrevues avec La Sagoe et a¥ec le ooo- Détable. sur les promesses de secours que Montmoreocy aTait fûtes au roi de NaTure« sor les

qne de bon-

1. Pièce pablice d^ns les Ifenotro de Camâi, u 11^ p. La Plaœ, Rsiat de reliçi:n et réjnMiq^, p. 70. ^ De Thon, t. n, p. 808.

t. Lettre de Chantonay à Kiilippe H, du 18 septembre 1360 (Orig. espagnol ; Arcb. nat.., EL 1493, n* 80|. — ScMDiiiaîre de chancellerie d'octobre 1560 ^id., n* 103).

3. Lettre originale en espagnol de Chantonay à Philippe II, do 18 septembre 1560 (Arch. nat., K. 1493, n« 86). — Sommaire de chancellerie daté d'octobre (ibid., n* 103).

4. Commission de François II, eopie du temps sans date (f. fr.i vol. 3876, f. 351).

BT JBANNB d'ALBRET. 335

troupes que le comte de Tende avait rassemblées, sur la culpabilité du vidame de Chartres, et enfin sur les projets que les Bourbons avaient laissés percer contre les Guises. Il ne dissimula aucune des circonstances qui pouvaient le mettre en contradiction avec les faits avâf^és, repoussa le témoignage de La Sague conmie celui d'un homme de peu, et même celui de Dardoy, le secrétaire du connétable. En finissant, La Haye proclama bien haut c qu'il ne peult croire que € le roy de Navarre et M. le prince son frère voulc sissent faire chose mauvaise ; asseure et affirme sur c la vie lesd. s. roy et prince n'avoir rien entrepris c jamais contre le roy et son estât ^ » La Haye fut retenu en prison et n'obtint qu'au mois de mars suivant des lettres patentes portant déclaration de son innocence ^.

Une certaine obscurité, épaissie par la suppression des procédures compromettantes, plane sur les projets du roi de Navarre contre les Guises, mais il parait certain qu'il était décidé à aller jusqu'aux armes. La conjuration d'Amboise avait été conduite par de trop petits compagnons pour être autre chose qu'une tentative qui avait permis aux huguenots de se compter. Au moment de l'assemblée de Fontainebleau, suivant tous les indices, le dessein d'Antoine était

i. CSet interrogatoire est imprimé dans les Archives curieuses pour servir à l'Histoire de France de Cimber et Daujon, t. IV, p. 37, et dans Négociations sous François II, p. 568. Nous croyons qu'il avait déjà été publié après le procès de Gondé en 1561.

2. Mémoires de Condé, t. U, p. 266 et 278. C'est par erreur que plusieurs historiens huguenots ont écrit que le conseiller de La Haye avait été mis à mort.

d'enflammer le midi de la France, de Bordeaux à Lyon, à l'aide des insurrections locales, qui lui procuraient des soldats et affaiblissaient le pouvoir royal. Soutenu en Provence, en Dauphiné, dans le Haut- Languedoc, à Lyon, à Genève, il aurait rassemblé au centre de la France, à Limoges probal)lement S les compagnies du comte de Tende ^, de Provence, les bandes victorieuses de llontbrun et de Mouvans, les conjurés de Lyon , les séditieux de Guyenne, et il aurait marché sur Bordeaux ^, dont il aurait fait sa place d'armes. Maître de la mer et libre de recevoir les secours de la reine d'Angleterre, il se serait avancé vers le nord en passant par les villes de l'ouest dévouées à la réforme, et il aurait pris position sur les rives de la Loire. Là il aurait pressé les hésitations du connétable et lui aurait donné la main. La cour, forcée dans ses derniers retranchements, aurait bientôt capitulé, et peut-être, comme le disait Gathe^ rine deux ans plus tard, à la fausse nouvelle de la victoire des huguenots à Dreux, le roi aurait été obligé d'entendre la messe en français.

La ville de Limoges, l'axe des opérations militaires du roi de Navarre, était en proie à des désordres qui justifiaient le plan de ce prince. Le 14 juillet 1560, des saintes images furent brisées, la tête d'une

1. Les ordres d'Antoine à Maligny étaient de se porter sur Limoges. Voyez ci-dessus.

2. Interrogatoire de Robert de La Haye {Négociatioru sous Fran' pois I*', p. 571). Sur les tendances du comte de Tende, voyez Gauiridi {Hist, de Provence, t. Il, p. 495 et suiy.).

3. Interrogatoire de Ija Haye {Négociations sous François //, p. 572).

ET JEANNE d'aLBRBT. 337

madone jetée au champ où s'exécutaient les malfaiteurs, d'autres statues pendues par les pieds à la potence. Quelques jours après, sur le bruit que Tévéque de la ville, Sébastien de L'Aubespinc, était mort en Espagne, les huguenots s'emparèrent de ses biens, c dont la plupart avoient plus d'envie que d'autre bon c zèle^. > A cette nouvelle, Antoine ordonna à d'Escars de se rendre à Limoges, mais le parlement de Bordeaux retint ce capitaine de sa propre autorité, prétextant que Limoges était une ville sans importance ^. Au mois d'août, de nouveaux prêcheurs arrivèrent en Limousin. L'un d'eux attirait la foule dans les bois au son du tocsin. D'autres prêchaient ouvertement dans les faubourgs malgré les défenses des consuls. En vain les officiers du roi dissipaient les rassem- Ueroents par les armes, chassaient les ministres, fermaient les portes de la ville et renforçaient le guet. Les prêcheurs prenaient la fuite et reparaissaient le lendemain sur d'autres points^. Bientôt les séditieux, plus hardis, se réunirent par troupes de 300 hommes, la plupart armés de morions, de corcelcts, de pistoles et d'arquebuses, conmie les soldats du roi. Un de leurs coreligionnaires, médecin, avait été emprisonné. Ils le délivrèrent de force. Leurs bandes faisaient la garde et parlementaient avec les consuls de puissance

1. Lettre de L'Aubespine au cardinal de Lorraine, du 31 août 1500 (Orig., f. fr., vol. 15874, f. 106). — Lettre de Chantonay à Philippe n, du 7 octobre 1560 (Orig. espagnol, K. 1493, n» 100).

2. Lettre du parlement de Bordeaux au roi, du 28 août 1560 Orig. ; f. fr., ^l. 15873, pièce 30).

3. Lettre originale du capitaine Pontbriant au duc de Guise, du 16 septembre 1560 (f. fr., vol. 15873, pièce 7).

à puissance, sans quitter leurs positicHis. Le bruit se répandit qu'ils avaient attaqué et démoli la grande église Saint-Étienne, un des sanctuaires les plus vénà^ de la province, et égoi^é le grand vicaire de Févêque. Le sire de Yentadour, gouverneur et sénéchal à k survivance de Pontbriand, se rendit à Limc^es et entama une enquête qui ne put aboutir^. Le sire d'Escars alla enfin à Limoges avec sa compagnie vers la fin de septembre, mais la ville refusa de lui ouvrir ses portes et même de fournir des vivres à ses soldats. Ceux-ci étaient prêts à se débander quand les consuls capitulèrent. D^Elscars entra à Limoges comme dans une ville conquise et établit un ordre apparent qui dura aussi longtemps que sa présence ^ Ces troubles locaux n'avaient pas une grande influence sur la marche générale des événements, mais ils entretenaient une agitation^ que le roi de Navarre pouvait faire tourner à son profit.

Les prétendus desseins d'Antoine à Bordeaux furent dévoilés par La Sague. Le lendemain de l'arrestation du Basque, le 1^*" septembre, le roi donna avis au parlement de Bordeaux « qu'il se tramoit une conspira- « tion contre l'État, qu'on formoit spécialement des € entreprises sur Bordeaux, qu'il espéroit que ceste € compagnie luy témoigneroit la même fidélité qu'à

i. Registres cons, de Ltmo<7M publiés par M. Ruben, t. I, p. 203.

2. Lettre originale de d'Escars au roi, du 23 septembre 1560 (f. fr., vol. 15873, pièce 19). — Lettre du même au duc de Guise (ibid., pièce 20).

3. Une lettre de Ventadour, du 10 octobre, prouve que TagitatioQ avait gagné toute la province du Limousin {Négociations sous François II, p. 654).

ET JEANNE D'aLBRET. 339

c ses prédécesseurs et qu'elle contiendroit par son c exemple le peuple dans l'obéissance ^ » Le roi commanda à Antoine de Noailles, qui se reposait en Limousin, de se rendre en toute hâte à Bordeaux et de prendre le commandement de la ville. L'ordre était si pressant que Noailles en oublia ses propres affaires. Avant de se mettre en route, il écrivit au roi de Navarre que tous les officiers du roi ne demandaient qu'à lui obéir ainsi qu'à son lieutenant Burie ^. Il partit vers le 5 septembre ^ , c faisant son chemin par les € maisons d'aucuns anciens, bons et notables personc nages et capitaines, pour m'assurer d'eux, dit-il, € et de tous les moyens pour se rendre en ceste dite c ville, si la nécessité le requéroit. » Il offrait aux plus pauvres un écu jusqu'à concurrence de S, 000 écus de dépense. Noailles arriva à Bordeaux le 9 septembre au matin et trouva c les affaires du roi en meilleur c état qu'il ne le pensoit. >

Le roi de Navarre, informé par le roi, prescrivit lui-même des mesures de défense, mais d'un ton débonnaire et indécis, qui contraste étrangement avec les périls de la situation. Cependant on ne saurait trop louer ce prince d'avoir cherché à séparer la grande cause calviniste du parti de ces bandits de grand chemin qui la déshonoraient par leurs excès.

1. Devienne, Histoire de Bordeaux, in-4% p. 132. Cette lettre n'est pas signalée dans les registres secrets du parlement de Bordeaux.

2. Lettre de Noailles au roi de Navarre, du 5 sept. 1560 (Minutes orig., f. fr., vol. 6908, f. 90).

3. Lettres de Noailles au roi et au duc de Guise, du 5 septembre 1560 (Minutes orig., f. fr., vol. 6908, f. 89).

S^^ A^rOISI £-E BOCEBOH

Mit. rl'^1 ,

M-Kiîrfnïr i? feri*. v>2* îîrw cr que le Roy, ^•:<ss t&cr^fi •^-« ccc^t 1 tst hnoing de mectre la mua i rœcTTP. p*:cr 1 et &2:?é; i^MBer qioelqiie bonne provision ijob o^ &2: : u a;i'a.z>» Arse* iicn goÛoD, que, avec ce qnl a^in 2»«!xni«f ^ ra wapûnie, 3 mardie là où je i» orSxLxnj. V>j<2 U wspftifiii? de M. de Monlue, celfe è iz>jci frifrf e£ ifiahres «a ce jamiqueienl; des qudles 3 m sembla •;!»? i^rx: ï«i -;pc voa^ asseoiblês promptement ce qne TijQS en 7<iGrrK. «c «^ iT«r cefa H ks m harquebuaiersàdieiil qui v^<l5 Si:4i: ortkci:>?$ «c PaàststiiMe que la noblesse et autres qu^ \c<2S ^^r>p< ^i^s> arrîensèans ^ons fieront, les poursujnt àt fii:« eî ^<o£iiir ceui qui sool cause de tous ces Umraltes et fca£>iaLli«s : k$qi>fti. je m'asêeure, ne sont point de oeolx de U reli^*>D : '^u*^ ûi s-a^ent qu'on ne les veûlt travailler d'j moIes-jY p^-or >urs î^ppiaions, mais que l'intention duRoj n'est que àf hlrt p^ioiir les séditieux de toutes YoUerieset cens de^n^r-tez qui se annent de leur nom pour fkire ces mOfe scandalle^^ r; deprviiaiions. que culx mesmes blasment et improuveo:. Je tous prie donc, un coup, j fkire le mieux que TOUS [^•umés pour le bien et seniee du Roy, mondit seignw, et p:»ur reo^reienement de ce royaulme*.

La reine mère avait expédié en Guyenne un capitonne tiabile et d*un esprit plus juste qu'aucun des officiers qui avaient pris l^alanne depuis le commencement de la crise, Louis de Saint-Gelais, seigneur de l^nsac*. Burie. Noailles et Lansac tinrent un conseil de guerre et arrêtèrent des mesures de défense. Les capitaines du guet, les procureurs et les avocats hésitaient à obéir au maire et aux jiu^ats ; le Parlement

l. Lettre du rm de Navam^ à Barie, du 4 septembre 1560 .Miuuto ou copio très imparfaite; f. fr., vol. 15871, f. 209). Suivent quelques mi»ts impi>>>iMes à vitvhiffnpr.

*2. Lettre autographe de Noailles au duc de Guise, du 10 sept. 1560 (f. fr., vol. 6908, f. 129..

ET JEANNE d'aLBRET. 341

les obligea à se présenter en personne à la garde des portes^. Lansac envoya des messagers à Pierre d*Ossun, à Biaise de Monluc, au sire de Gandale, au baron de Biron, à Symphorien de Durfort-Duras, au comte François de Lauzun. On fit une enquête sur le nombre des armes de la ville ; on mit Tartillerie en sûreté dans les châteaux ; on surveilla les navires qui entraient chaque jour dans le port. Les hôteliers furent sommés de révéler aux jurats les noms de leurs hôtes. Certaines portes de la ville furent murées, les autres reçurent une garde de dix honmies, commandée par un capitaine. Nul étranger ne pouvait entrer sans subir un interrogatoire du lieutenant du roi et nul habitant ne pouvait transporter au dehors coffres ou tonneaux sans laissez-passer. Burie et Noailles avisèrent à la sûreté des châteaux du Ha et Trompette. La compagnie de Noailles, composée de trente hommes, fut élevée à cent. Duras, colonel des légionnaires^, convoqua ses milices et distribua à sept ou huit capitaines, voisins de la viUe, des commissions pour lever chacun une compagnie de cent cinquante à deux cents hommes. Burie fit approcher sa compagnie jusqu'à Blaye. La ville arma à ses frais six cents hommes de pied, qui firent montre en présence du lieutenant du roi. On fit des réparations aux murailles et aux châteaux du Ha et Trom-

i. Décision du l"* et du 2 septembre 1560 (Reg. secrets du parlement de Bordeaux, Mss. de la Bibl. de Toulouse, B. 94).

2. Voici les noms, d'après une pièce du temps, des capitaines de la légion de Guyenne : Mabrun, Savignac, Monbadon, Sarsins (?), Carbonnier, Le Puch, Montestruc, Landrière (?), Saillant, Lescours, Gadillan, 8t-Martin et Guitinières (f. fr., vol. 15873, pièce 18).

pette jusqu'à concurrenoe de six à sq>t cents livres, qui , vu rimminence du danger, furent ordonnancées sans attendre rapprobation du roi. Borie proposait même de saisir toutes les lettres c parle c moyen desquelles plusieurs choses se poontûent c descouvrir. » Ces mesures prévinrent c une si (urde c et dangereuse entreprise » des amis du roi de Navarre * .

Lyon, à cause du voisinage de Genève, était la viDe du royaume la plus exposée à la propagande calviniste. C'était à Lyon que La Renaudie avait ébaudié Toi^nisation de la conjuration d'Âmboise. L^lise nouvelle n'avait pas craint d'y prendre part et avait envoyé à Orléans, sous la conduite d'un bourgeois de la ville, dix soldats, choisis par l'orfèvre Jehan Constantin, et un important convoi d'armes ^. Les réformés, restés à Lyon, se tenaient prêts à se soulever aux premières nouvelles. Un capitaine, le s. de Goulaine, se disant envoyé de Condé, était venu prendre le com-

1. Lettre autographe de Noailles au duc de Guise, du 10 sep- U^mbre 1560 (f. fr., vol. 6908, f. {'29). — Lettre autographe de I^nsac au roi, du il septeirbre (f. fr., vol. 15873, pièce 43). — Lettn^ originale de Duras au rû, du 13 septembre (f. fr., vol. 15871, f. Ui». — Mémoire original de Burie du 14 septembre (f. fr., vol. 15873, pièce 5). — I^ellre de Pardaillan, gouverneur du château Trompette, au duc de Guise, du 20 septembre (f.'fr., Vol. 156 il, pitVe lii. — Acte d'emprunt de BurieàPontac d'une somme de {00 ècus, pour le ser\ice du roi, à rembourser dedans le jour de Noël iC-opie aulh. datée du 22 septembre ; f. fr., vol. 15871, f. 141).

l. Suivant la déclaration d'un témoin, TEglise de Lvon envova 25 pistolets, 25 paires de manches de maille et 18 Jacques de maille ^Enquête du 8 septembre; Arch. des Basses-Pyrénées, E. 582».

BT JBANNE D*ALBRET. 343

mandement de la ville. I] disparut à la nouvelle de Féchec des conjurés et se retira en Bourgogne, dans un diàteau qui appartenait aux Maligny.

En s'échappant d'Âmboise, Edme de Ferrières, dit le jeune Maligny, accourut à Lyon et se mit en communication avec les huguenots de la ville. Il fut bientôt rejoint par son frère Jean de Ferrières, dit SaintrCyr, par les capitaines La Rivière de Ghasteauneuf, provençal, Le Garet, Vélines, d'Auvergne, Malcant, les deux frères Peraut, du Yivarais, et par des messagers de Calvin, qui venaient étudier le terrain de la prochaine prise d'armes ^ .

Ils se réunissaient à l'auberge de la Pomme-Rouge, ou dans les maisons de certains bourgeois affiliés au parti, chez Pierre de Terrasson, chez Jean Durud, chez l'orfèvre Jehan Constantin, logé rue Longe. A ]a suite de plusieurs délibérations, ils décidèrent de se saisir de la ville afin de donner au roi de Navarre les moyens d'y rassembler les états généraux et d'y faire proclamer la liberté des cultes. Les meneurs promettaient aux conjurés que, c ladite ville saisie, ils € auroient nouvelles du roi de Navarre, qu'ils feroient € crier, au nom du roy de France et de Navarre, aux c citoyens et habitants de ladite ville, ne molester l'un € à l'autre, et que nul ne bougeât de ladite ville sous € peine de la hart. A ceste fin enverroit le prince de € Condé, son frère, avec lettres patentes, pendant que

i. Nous suivons pour le récit des troubles de Lyon le Discours des premiers troubles survenus à Lyon par Saconay, La Planche, Estât de France sous François II, édit. du Panth. litt., p. 366, et surtout une enquête sur les troubles de Lyon, datée du 8 sept. 1560, conservée aux archives des Basses-Pyrénées, E. 582.

344 AHTOIMB DB BOURBOH

€ Ton domieroit ordre que lesdits estais y foMent € teuus pour la police et ordre du gouvememait de € ce royaume et affaires de la religion. »

Le jeune Malignj partit pour la Suisse rt soumît le plan à Calvin* qui le repoussa d*abord en souvenir de la £itale exécution dWmboise. Mais de nouveaux rapports modifièrent les dispositions du grand prêtre de la réforme et les hommes d'action du parti reçurent Fautortsatioo d> participer. La bravoure du rm de Navarre sur les champs de bataiUe inspirait confiance aux plus timides. Malignv Tainé, qui était dépositaire de sonuues considérables, ^nporta 1 500 écus en Allemagne avec Tapprobation de Calvin et ramena une troupe de reitres. D'autres capitaines recruteurs, Maligny lui-même, parcoururent la Provence et le Languedoc, enrôlant des gens de pied, des capitaines, des cavaliers. Plus de deux mille soldats entrèrent par petites bandes* les uns vêtus en mardiands, les autres en cultivateurs, portant dos ballots qui cachaient leurs armes, ou des instruments de travail. D'autres se présentaient sans dissimuler leur profession de gens de guerre. Les troubles du Dauphinéet du Comtat VenaissÎD. ([ui venaient de se teniiiner par la défaite de La Mothe-Gondrin, justifiaient le passage de tant d'hommes armés. La Ri>ière et Caret se logèrent à rhôtellerie du Griffon ou de la Croix-Blanche, d'autres chez Constantin, chez Pierre de Terrasson ou chez un menuisier, nommé l^ierre Norior. La foule des soldats s'entassa dans les soixante-dix maisons désignées d'avance par Malignv. Paul de Riehieu« s. de Mouvans, Charles du Puy, s. de Montbnin, étaient attendus avec leurs bandes victorieuses et avec les compagnies que le

ET JSANNB d'ALBRET. 345

roi de Navarre devait envoyer de Nérac. Outre les capitaioes étrangers, la conspiration comptait cinq cents boui^eois, presque tous les gardiens des clefs des portes de la ville et les mortes-payes, chargés de la défense d'une des tours de Fenceinte. L'argent ne manquait pas. On disait que le roi de Navarre avait emprunté soixante mille livres et qu'il avait ouvert ses coffres aux conjurés en attendant l'heure de se mettre à leur tête. L'orfèvre Constantin était chargé de la solde, de l'achat et de la garde des armes. Un témoin raconte qu'il avait vu plusieurs rôles entre ses mains et qu'en un seul jour on apporta dans son logis quatre-vingts corcelets qu'il paya comptant. Les conjurés avaient un autre dépôt au logis de SaintrMartin, paroisse de St-Nizier.

Le conmiandement avait été déféré à Jean de Maligny-Ferrières. Â la fin d'août, lassé peut-être d'attendre les ordres du roi de Navarre, Maligny résolut de passer à l'action et fixa la prise d'armes au 5 septembre. Le 28 août, il envoya prévenir les conjurés, qui attendaient le signal à Genève, par deux capitaines, dont l'un était nommé Guillaume Trye. Maligny les recevait un à un au logis de Constantin, les interrogeait sur leurs relations à Lyon et leur donnait le mot d'ordre Christ Capel. L'un d'eux, Pierre Ménard, menuisier de Surgières, près de La Rochelle, se vantait d'être bien connu à Lyon : c Retirez-vous en votre logis, lui c répondit Maligny, il ne faut pas faire du fol. » Il ne révélait qu'aux chefs son projet de se saisir des portes et de se fortifier dans les tours de l'enceinte. Aux autres il disait sans explication c que ladite entreprise c estoyt pour bon affaire, auquel il ne faudroit frapper

c ne raer. > A d'autres enfin, plus touchés de religion que de politique, il révélait € que c'estoit pour c faire prescher l'Évangile. >

Au moment de prendre les armes, arriva à Lyon un gentilhomme c de haute stature, barbe noire », appelé Malleval, avec lequel Maligny entra en couférenoe. Bientôt les conjurés furent informés que leur chef avait reçu du roi de Navarre l'ordre d'ajourner le coup de main et de conduire les troupes à Limoges. Le prince justifiait cet ordre par les conseils d'un seigneur de la cour (on sut plus tard que c'était le connétable), qui lui représentait que la prise d'une ville du royaume lui ferait perdre ses avantages de premier prince du sang et lui donnerait le relief d'un conspirateur vulgaire^. Les nouvelles instructions étaient inexécutables. Maligny et ses compagnons étaient trop avancés pour retarder leur attaque d'un seul jour et n'avaient ni transports, ni artillerie, ni munitions, ni cavalerie, ni aucun des moyens qui permettent à une armée de tenir la campagne. Cependant Maligny envoya des émissaires sur les routes au-devant des bandes qu'il attendait encore et conmianda à ses affidés de ne pas bouger. Il essaya de dissimuler les dépôts d'armes en les dispersant dans les maisons des boui^eois affiliés au complot. Le 4 septembre, suivant les uns, un valet, chaîné de porter des corselets dans une maison voisine, suivant les autres, un bourgeois, Claude Mandier, qui avait découvert par tiasard les armements déposés chez Constantin, dénonça les conjurés à un capitaine de la ville, nonuné Prod. Le

i. Mémoires de Castelnau, liv. n, chap. 9.

ET JEANNE d'aLBRET. 347

capitaine informa immédiatement le gouverneur, Antoine d'Âlbon, qui demanda main-forte aux consuls. Malgré le secret des délibérations municipales, Constantin apprend bientôt que la conjuration est découverte et avertit Maligny. Les deux chefs convoquent leurs capitaines. Maligny leur distribue ses armes de dix en dix et leur assigne un poste de combat c pour la peur qu'ils avoient d'avoir esté décou- € verts et non pour l'exécution de leur susdite entre- € prise, qu'ils ne pouvoient encore exécuter. > A peine achèventrils ces dispositions que parait une compagnie de quarante à cinquante arquebusiers du guet de la ville, conduits par Proti. Un combat s'engage aux portes du logis de 0)nstantin. Proti et trois soldats sont frappés à mort ^ . Maligny fait une sortie Tépée à la main, met en fuite les assaillants et reste maître du pont sur la Saône et du quartier situé entre la Saône et le Rhône. Rentrés au logis, Maligny, Malleval, Yelines et les autres capitaines tiennent conseil en présence de Constantin. La défense ne pouvait se prolonger au-delà de ce premier succès. Les conjurés présents n'étaient ni en nombre, ni suffisamment armés, et ne pouvaient que prendre la fuite ou vendre chèrement leur vie. Deux avaient été blessés, l'un d'un coup de pistolet à la tète, l'autre au côté d'une arquebusade. Dans la crainte d'un retour offensif des

i. Les noms des arquebusiers tués sont rapportés dans une série de délibérations du conseil de ville qui accordent des pensions à leurs veuves. Ce sont Claude Thomas, Hugues Biénot et Augustin Ravant (Arch. mun. de Lyon, BB. Doc. comm. par M. Benêt). Cette liste est peut-être incomplète. Plusieurs autres soldats furent blessés (ibid.).

aoUsta àa guet, les vhnk se résignent à la retraite. La troupe se met <.-n marche vers In maison de Iftrusoo et i'éloigne en bon ordre. Il ne reste chez Gooatantîn que deux hommes cachés dans une cave. Un d^MMint raconte un détail qui peint l'horreur d» gueiTes dvïleB. La femme de l'orfèvre Constantio sVofait atuai de aa maison, portant un de ses petits enfants dans ses bras, et demanda un asile au logis de son père ; mais le père, n'osant sflronter la vengeance des oflBden de justice, refusa de la recevoir.

Maligny e^>à'ait peut-être, en tj^versant la ville, rassembla' assez de conihattanls pour prendre l'otTensive. MaislelHiiit de la mousqueterie avait glacé le courage de ses ccmipliccs. Pui-sonne ne descendit dans la rue et l'intrépiile capitaine fut obligé d'ajourner ses oompagDODS d'urnies au lendemain matin. Le soir, informé des armements du gouverneur, il envoya contre-ordre à ses soldats et leur fit recommander par le capitaÎDe Casteinau de prendre la fuite. Godbtantin, Halleval et Maligny cherchèrent un bateau et disparurent i la faveur de la nuit. La terreur des consuls facilita la fuite des coupables. Pendant lea premiers jours, les portes restèrent ouvertes et le< conjurés purent se disperser par petites troupes.

Le maréchal St-André était lieutenant du roi en Lyonnais, mais, en son absence, depuis le S& décemtH« 1 559, la ville de Lyon était gouveraée par un de ses cousins, Antoine d'Albon, abbé de Savigny et de l'Ile Barbe, mi-capitaine, mi-abbé, aspirant à l'archevêché d'Arles, et qui brûlait de mériter la feveur des Guises par une action d'éclat. A la nouvelle du danger, d'Albon appela Biaise de Pardaillan, s. de La

BT JEANNB d'aLBRET. 349

Mothe-Gondrin , gouverneur du Dauphiné, Gaspard de Saulx-Tavannes, gouverneur de la Bourgogne, et réunit les compagnies qui tenaient garnison dans les villes du voisinage ^. Le cardinal de Tournon, alors à RoussillonenDauphiné, priaTavannes, véritable homme de guerre, de prendre le commandement de la défense*. Rassuré par la présence de ces forces, d'Albon entama une enquête, arrêta quelques conjurés obscurs, un gantier, un menuisier, Pierre Ménard, un s. de Bassillon et d'autres, qui révélèrent le peu qu'ils connaissaient des projets de Maligny.

Le maréchal St-André accourut à Lyon avec les compagnies de Damville, de Bourdillon et de La Fayette. La terreur régna dans la ville. Le maréchal, avide et cruel, conmiit, suivant de Thou, d'innombrables concussions et fit pendre les bourgeois, seulement coupables d'avoir prêté un asile aux conjurés. Mais il ne réussit pas à pénétrer le mystère de la conjuration de Lyon, pas plus que le duc de Guise n'avait pu démêler le secret du tumulte d'Amboise. Les principaux meneurs, les deux Maligny, La Rivière, Malleval, étaient hors d'atteinte. On n'avait arrêté que des conjurés obscurs, dont les dépositions vagues accusaient bien le roi de Navarre et Gondé, mais avec trop peu de précision au gré des Guises. Un s. de La Borde, ancien page de Gondé, était arrivé à Lyon après les troubles, croyant y trouver son maître. Reconnu et emprisonné, bien qu'il n'y eût aucune charge contre

i. Lettres publiées dans Négociations sous François II, p. 612 et

2. Lettre originale, datée du 6 septembre 1560, f. fr., vol. 4641, f. 36.

lui, il fut soumis à la questicm ordinaire et extraordinaire c telle que jamais homme ne reçut la pareille sans mourir. » Il c subit une forme de torture que Ton appelle en Italie \ estrapade. Et huit jours après, Ton luy donna les escarpins avec le f(ra, que Ton dit estre Tun des plus cruels torments qui se peult appliquer sur l'homme. Lesquelles cruautés luy estoient ainsi souvent réitérées pour essaier, comme Ton disoit, à tirer du pauvre prisonnier quelque confession contre le roy de Navarre et M. le prince de Condé ; contre lesquels néanmoins il n'a dit chose qui les chargeât en manière quelconque^ . » Cependant Tenquète du maréchal révéla la liaison de la tentative d'Âmboise et de la surprise de Lyon. Les deux conspirations avaient été préparées ensemble et la seconde était la suite, la revanche de la première. Les mêmes capitaines s'y étaient engagés avec plus ou moins de résolution et les mêmes aspirations politiques, sous prétexte de religion, avaient animé les conjurés. Le procureur général du parlement de Paris envoya à toutes les cours de justice un formulaire d'interrogatoire, où l'on voit que, dans la pensée des Guises, les deux prises d'armes formaient les phases successives du mouvement d'attaque dirigé contre eux.

Articles sur lesquels le procureur général requiert estre

interrogés.

Premièrement, que les dicts soient particulièrement et à part enquis de leurs eages, qualités, vaccations et domiciles.

1. Pièce publiée dans les Mémoires de Condé, t. Il, p. 376. La Planche, Estai de France sous François II, p. 368. — De Thou, t. U, p. 807.

ET JEANNE d'aLBRET. 351

Si par cy devant ils ont faict profession de prédicans à Genève et s'ils y ont demouré et résidé et encores à présent s'ils y sont résidens et demourans, envoies en ce pais par la eommunaulté de la ville.

Si, au commencement du mois de janvier dernier et auparavant, ils se trouvèrent à l'assemblée qui fut faite à Lyon pour fedre les préparatifs de la conspiration et conjuration, Texécution de laquelle fût entreprise à Amboise au mois de mars dernier.

Qui estoient à ladicte assemblée et les noms des principaux auteurs d'icelle.

Si auparavant et depuis le dict temps le faict de la conspiration fut communiqué à Genève pour sçavoir et entendre si telle entreprise estoit raisonnable.

Interrogé ce qu'il fut conclud et arresté et comme se nommoient les prédicans à la conclusion de ceste affaire.

Si pareillement ont assisté à autre assemblée qui fut faite au mois de janvier dernier, par laquelle fut résolu et condud que les ministres de chacune prétendue église souldoyroit et envoyroit gens la part où seroit le roy pour exécuter leur dicte entreprinse.

S'ils ont esté présens à l'exécution de l'entreprinse, tant à Amboise que ailleurs, et s'ils portèrent pas armes pour favoriser l'exécution de icelle conjuration et mesmes s'ils estoient pas conducteurs de la chevalerye.

S'ils avoient pas congnoissance d'ung nommé la Renauldye et de son serviteur, s'il estoit le conducteur de cette entreprinse.

S'ils ont esté présens à autre conclusion qui fut prise d'eulx saisir et emparer de la ville de Lyon et à ceste fin envoyroient gens et armes.

S'ils sçavent que ceste entreprinse fût pratiquée et négociée par un gentilhomme, qui se faisoit nommer le s. de Saint-Cire, lequel estoit conducteur de toutes telles entreprinses.

S'ils sçavent que fut conclud que telle entreprinse se devoit exécuter au mois de septembre, auquel temps ils attendoient secours de chevalerie, qui debvoit estre fournie par aucuns des frères consentans lad. conspiration.

352 ANTOINB DB BOURBOH

Si, à la fin du mois de février, ils se transpwtènnt pas toi quelques ungs des principaulx auteurs de lad. oonqplralion pour conclure de la forme de Texécution d'iœlle entreprise et Iwniture de deniers et finance nécessaires.

Si ladicte exécution flit remise à quelque autre temps pov opinion qu'ils avoient que telle entreprise avoit été déooufartu

S'ils avoient intelligence avec aucunes viUes, lesquePes kl dévoient pourveoir de pouldres, artillerie et munitions.

S'il y avoit gens disposés et dispersés de la part et du eorié de Lyon, jusques au nombre de quatre à cinq mule, pour nNttn en la campaigne et favoriser ladicte entreprise.

S'ilz ont pas esté et depuis quel temps à Genève afin de tirer tant d'hommes que d'argent pour Texécution de la conspiration.

Si, depuis la descouverture de toutes les conspirations sosdictes, ils ont pas Dût aultre assemblée et conspiré en icellflB d'occire ceulx contrarians à leurs entreprises.

S'ils en ont ikit occir plusieurs pour la crainte qu'ils avoiflot qu'ils ne révélassent leurs entreprises.

S'ils les ont déclarés excommuniés en toutes leurs dicta assemblées.

Collation a esté Êiicte sur l'original estant en mes mains par moy.

Du TlLLBT*.

Les terreurs que les projets prêtés au roi de Navarre et a Gondé causaient à la cour avaient décidé le roi à quitter Fontainebleau avant Tépoque fixée ^. Aussi

1. Copie authentique, signée du Tillet (coll. Dupuy, vol. 322, f. 141). Cette pièce a été publiée dans les Mémoires de Condé, t. II, p. 637.

2. Lettre de Throckmorton à la reine d'Angleterre, du 8 sept (Calendars, 1560, p. 284). — Lettre de Michieli à la république de Venise, du 30 août 1560 (Mss., Dépêches vénitiennes, filza 4, f. 160). L'ambassadeur vénitien nous apprend que la résolution de quitter Fontainebleau fut arrêtée aussitôt après la prise de La Sague.

ET JEANNE d'ALBRET. 353

bien les chaleurs de la saison rendaient malsain le séjour préféré de François P. Ghantonay, dans ses lettres, trace un tableau de la tenue du palais qui ne [ait pas honneur au zèle des officiers du roi. Le château était dépourvu d'eau, et, quand le roi avait passé quinze jours ou trois semaines dans la même résidence, son innombrable cortège de valets et de soldats remplissait tellement c de puanteur et d'infection, c au temps d'été > , qu'il était nécessaire c sortir quelque c part pour faire nettoyer partout ^ > En ce moment, outre les soins de la santé du roi, les Guises avaient un motif de rechercher un air plus pur; Marie Stuart se croyait grosse et avait même adopté le vêtement des femmes enceintes. Elle garda cette illusion jusqu'à la fin de septembre^. Le connétable quitta la cour le 2 septembre ^ avec ses huit cents gentilshonunes, malgré les prières de la reine mère et les flatteries des Guises^. Le roi partit le lendemain, escorté de capitaines et de compagnies d'hommes d'armes, qui marchaient en rang de bataille comme en pays ennemi. Il se rendit à Saint-Germain, ville forte, reliée à Paris par le pont de Saint-Gloud et défendue contre toute surprise par les méandres de la Seine ^.

i . Lettre de Ghantonay au cardinal Granvelle (Recacil conservé aux arch. de Bruxelles, f. 92).

2. Lettres de Ghantonay à Philippe II, du 31 août, du 8 et du 26 septembre (Arch. nat., K. 1493, n<» 76, 83 et 91).

3. Lettre de Throckmorton, du 8 sept., à la reine d'Angleterre {CaUndars ofstate papers, 1560, p. 284).

4. Lettre de Ghantonay à Philippe n, du 8 septembre (Arch. nat., K. 1493, n* 83).

5. Le roi était déjà à Saint-Germain le 10 septembre 1560 (Lettre publiée par Dupuy dans les Instructions sur le Concile de Trente,

354 ANTOINB DB BOURBON

C'est à Saint-Germain que le roi reçut la nouv^ des mouvemeots de Lyon. L'audace des factieux comblait la mesure. Les troubles des principales villes du royaume, succédant à la conjuration d'Âmboise, révélaient l'organisation d'un vaste plan de campagne, capable d'anéantir en détail l'autorité royale, en attendant que ses ennemis lui portassent le dernier coiq) sur le champ de bataille. L'irritation du roi était égale à sa crainte. Pendant un mois, il en oublia la chasse et la volerie, malgré les tentations de la saison et le voisinage de la forêts Les Guises, se voyant l'objet d'agressions acharnées, qui ne prenaient plus la peine de dissimuler le masque, subordonnèrent toute la politique au soin pressant de leur sûreté. Sans doute ils auraient pu s'accuser eux-mêmes de la haine dont ils étaient l'objet^. Leur ambition, leur avidité égCNSte avait refoulé dans le parti des princes les plus grands seigneurs du royaume, excepté un petit nombre de gentilshommes inféodés à leur maison. Mais, comme ministres du roi, investis par sa confiance d'un pouvoir dont ils paraissaient dignes, ils se sentaient le droit de résister aux ambitieux, qui leur demandaient compte de la faveur du maitre.

Le duc de Guise s'occupa d'abord de réunir des forces. Dans l'attente d'une attaque immédiate, il

p. 46). — Michieli nous apprend que le château de St-Germain avait été choisi à cause de sa force (Lettre du 30 août ; Mss., Dépêches vénit., filza 4, f. 160).

1. La correspondance des ambassadeurs étrangers ne signald aucune partie de chasse pendant ce mois de septembre.

2. Le résumé de chancellerie de dépêches de Ghantonay d'avril 1560 constate qu'il y avait déjà une ligue secrète dans la noblesse contre les Guises (Arch. nat., K. 1493, n* 26).

BT JBANNB d'aLBRBT. 355

recruta des arquebusiers à cheval, des gens de pied en Picardie et arma les compagnies qui revenaient d*Éoo8se. Informé des négociations du roi de Navarre en AUemagne, et prévoyant la formation d'une armée protestante sur les bords du Rhin, il donna à un capitaine, le comte Rhingraf, dévoué à son parti, la mission de ramener d'Allemagne ou de Lorraine un corps de quatre mille hommes. Rhingraf emporta sept mille écus, et tous les bijoux que Ton put rassembler sur le premier moment à la cour ^ .

Ces troupes suffisaient à peine à une entrée en campagne. Le roi restait à la merci des défections intéressées des mercenaires allemands. Les Guises ne se sentaient armés qu'après avoir obtenu Tappui du roi d'Espagne. Depuis que la réforme agitait les Flandres et la France, depuis la paix de Gateau-Gambrésis, Philippe II se posait en défenseur de la cause catholique et accablait les cours étrangères de ses conseils et de ses reproches. Le roi de France, qu'il traitait en mineur, la reine mère, que son ambassadeur lui avait représentée comme une femme faible et sans initiative^, recevaient à chaque courrier de sévères leçons^. Il avait envoyé le comte de Feria au mois d'avril ^, Garcilasso de La Vega au mois de mai ^,

i. Lettre originale en espagnol de Ghantonay à Philippe II, dn 8 septembre 1560 (Ârch. nat., K. 1493, n» 83). — Lettre de Throckmorton, du 8 septembre.

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