‹ Antoine de Bourbon et Jeanne d'AlbretChapitre 104 sur 133 · Il s'agit de La Sague · texte numérisé non relu

Il s'agit de La Sague

8T JEANNB d'aLBRBT. 363

venir à k cour avec c plus grande trouppe que ce € qu'il a accoutumé de son train ordinaire ^ . >

dette instruction n'était pas destinée à passer sous les yeux du roi de Navarre, mais Grussol était porteur d'une lettre du roi adressée à ce prince, aussi menaçante et encore plus impérative : < Je vous prie sur tout le service que désirez jamais me faire et ordonne, sur tant que vous avez chère ma bonne grâce, de me l'amener (le prince de Condé) vous-même, dont je n'ay voulu charger autre que vous, non pour autre intention que pour se justifier en vostre présence

de ce dont il est chargé vous pouvant asseurer

que là où il refusera de m'obéyr, je sauray fort bien faire congnoistre que je suis roy, ainsi que j'ay donné charge à M. de Grussol vous faire entendre de ma part ^. > En remettant ces lettres au roi de Navarre, Grussol en certifia l'authenticité :

Voilà ce qui m'a esté commandé de dire par le roy et la royne sa mère, comme je feroy aparoir toutes et quantes foys qu'il en sera besoing. Et pour c'est effet j'ay signé et escrit de ma main ce présent papier.

Estant à Nérac, se yni septembre,

Grussol '.

Menacer le prince de Gondé, ménager le roi de

i. Instruction publiée dans Négociations sous François II, p. 482.

2. Lettre du 30 août 1560 [Mémoires de Condé, t. I, p. 572). Cette lettre avait déjà été imprimée dans V Histoire de France de La Popelinière, 1581, 1. 1, p. 209.

3. Original autographe, écrit au-dessous de la lettre de Catherine analysée dans le paragraphe suivant (Arch. des Basses-Pyrénées, E. 580).

364 ANTOINB DB BOURBOR

Navarre en attendant le jour de le firappor, attirer les deux princes sans défense dans un pi^ à la cour : tel était l'objet de la mission de Grussol. La politique machiavélique du cardinal de LcMTaine poursuivait encore un autre but, la séparation des princes et du connétable. La reine mère, dont Tinfluence pénétrait peu à peu dans les grandes affaires du gouvernement, en fournit les moyens; elle ajouta aux instructions que Grussol apportait à Nérac une léUre confidentielle à l'adresse du roi de Navarre, dans laquelle elle prétendait dédiirer tous les vmles et rejeter sur les Montmorency Todieux de l'arrestation de La Sague. Cette révélation tendait à faire croire aux princes que la reine mère appartenait à leur parti ^.

Le connétable, avant de se rendre à Chantilly, ne fîit pas informé de la < diarité > que lui prêtaient les Guises. Â la fin du mois, à Sb-Germain, la reine mère, dans un jour de dépit contre les favoris lorrains, lui avoua le jeu déloyal auquel elle s'était prêtée. Montmorency protesta immédiatement auprès du roi de Navarre ^. Mais le temps avait passé ; Antoine avait renoncé à la lutte et les Guises recueillaient le fruit de leur politique.

Trois jours après le départ de Grussol, afin de corriger ce que les ordres impérieux, portés par le

i . Catherine de Médicîs confia à Grussol deux lettres amicales à Tadresse du roi et de la reine de Navarre. Elles sont imprimées dans Lettres de Catherine de Médicis, t. I, p. 147 et 148.

2. La lettre du connétable est imprimée d'après une copie dans les Mémoires de Condé, t. I, p. 583, et dans les Négociations sous François II, p. 577. L'original, qui est resté inconnu aux deux éditeurs, est conservé aux archives des Basses-Pyrénées, E. 582.

BT JEANNE D'aLBRBT. 365

dievalier d'honneur de la reine mère, pouvaient avoir d'offensant, le roi envoya à Nérac le propre frère d*Ântoine, le cardinal Charles de Bourbon, celui même qui joua, trente ans plus tard, sous le nom de Charles X, un rôle dans les troubles de la Ligue. Le cardinal avait accepté une mission d'apparat qui ne pouvait tromper le roi de Navarre et Condé. François II avait ordonné, à la suite de l'assemblée de Fontainebleau, la réunion d'un concile national ^ sur la réforme de l'Église. Le jeune roi, pris subitement d'une grande confiance dans les lumières en droit canon des deux Bourbons, chargeait le cardinal, leur frère, de les inviter à lui donner leur avis et de l'éclairer sur les difficultés théologiques que l'assemblée pouvait soulever ^ .

Le cardinal de Bourbon était dévoué à ses frères, mais son esprit étroit, son aveuglement présomptueux le rendait propre à servir d'instrument à leurs ennemis^. Il se chargea de convaincre le roi de Navarre et Condé que leur devoir était de contenter le roi en se remettant entre ses mains, qu'ils seraient reçus à la cour en sujets dévoués et calonmiés injustement, et que leur retour ramènerait la concorde dans une famille royale si tendrement unie^. Il quitta

1. Sar ce concile national voyez la communication de L'Aubespine à Philippe n (Arch. nat,, K. 1493, n* 96).

2. Lettre du duc d'AIbuquerque à Philippe H, du 17 septembre 1560 (Gop. espag.; Arch. de la secret. d'État d'Espagne, leg. 358, f. 52).

3. (Test ainsi qu'il est jugé par l'ambassadeur vénitien (Lettre de Michieli, du 30 août; Mss., Dépêches vénit., filza 4, f. 160).

4. De Thou, t. II, p. 808. — La Place, p. 70. — La Planche, p. 375.

Fontaioebleau le 3 septembre^ le jour même da départ du roi pour Saint-Germain. Il voyageait en poste ', à petites journées, s'arrètant de ville en ville pour recueillir des informations et témoigner à l'avance de Tobéissance de ses frères. À Bordeaux, aussitôt après son arrivée, il envoya chercher un des oflBciers du roi ^, et rinterrogea sur l'attitude du roi de Navarre en Guyenne. Puis il consulta Noailles sur le crédit que méritait ce capitaine. Ces détails furent inmiédiatement révélés aux Guises par Tofficier même que le cardinal de Bourbon avait interrogé.

Au surplus il est passé ces jours passés par cesle ville Monseigneur le cardinal de Bourbon, et vint descendre au logis là où je suis logé. Incontinent il me fit demander et parla longtemps à moy de plusieurs choses de très grandes considérations, suivant les propos que je vous dis à Fontainebleau et plusieurs autres choses, principalement touchant au roy, son firère, dont à la fln, avec plusieurs remonstrances, vint à conclure qu'il étoit nécessaire et falloit que son dit frère s'en allât à la cour pour servir le roy en ses affaires. Et, pour savoir plusieurs choses, je lui mis plusieurs propos en avant. Lequel, vous pouvez penser, il me demanda ce qu'on disoit de M' le comte de Tende, dont je lui fis response que je n'en savois rien. Et parlâmes de M Me Visdame aussi. L'on dit aussi que toutes les assemblées qui se font veulent aller retrouver le roi de Navarre, ce que je ne pense point, comme vous pouvez penser. Je diray bien que vous vous donniez garde et ne vous

1. Lettre de Throckmorton, du 8 septembre, à la reine d'Angleterre {Calendars, 1560, p. 284).

2. Lettre du duc d'AIbuquerque à Philippe II, du 17 septembre 1560 (Gop. espag., Arch. de la secret. d'État d'Espagne, leg. 358, f. 52).

3. Cet ofûcier n'est pas nommé dans le rapport que nous publions plus bas.

8T JBANNE D'aLBRBT. 367

fiez point, sinon de ceux que vous connoissez bien. Le susdit personnage me dit que vous offrîtes de quitter le gouvernement et maniement que vous avez à son frère. Et au partir de moy, s'en alla trouver le capitaine du château et luy demanda de moy, s'il ne me connoissoit point et ce que je faisois en cette ville. Lequel capitaine lui dit mon afllure et que j'avois esté autrefois à vous, le voyage dltalie, dont il pria bien fort ledit capitaine qu'il voulût voir avec beau moyen d'entendre de moy si je savois quelque chose et qu'il le reconnoitroit bien * .

Le cardinal de Bourbon rejoignit le roi de Navarre à Nérac^. Bien qu'il jugeât, d'après La Planche, que ses frères ne pouvaient exposer leurs personnes à la vengeance des Guises qu'après avoir obtenu des garanties solides, il croyait à la générosité de leurs rivaux.

Les missions de Grussol et du cardinal furent suivies de plusieurs autres messages. Le roi devenait chaque jour plus pressant. Le sire de Garrouges fît deux fois le voyage de Nérac '. Les ordres de la cour étaient accompagnés de menaces à peine déguisées. Après le conunandement d'amener à tout prix le prince de Gondé, le roi fît entendre au roi de Navarre que sa désobéissance serait considérée comme un cas de

1. Rapport au duc de Guise, sans date ni signature (f. fr., vol. 15873, pièce 44). Au dos on lit : c A monseigneur le duc de Guise. 9 Et plus bas : c Mémoire à regarder. »

2. Lettre du duc d'Albuquerque à Philippe II, du 17 septembre 1560 (Copie espag. ; Arcb. de la secret. d'État d'Espagne, leg. 358, f. 52). — Lettre de Ghantonay à Philippe II, du 18 septembre (Orig. espagnol ; Arch. nat., K. 1493, n* 80).

3. Piguerre, Histoire françoise de nostre temps, in-fol., p. 374. Peut-être y a-t-il confusion avec les précédents voyages de Garouges.

rébellion. Pour appuyer ces démonstrations, le duc de Guise prenait, avec Fart d'un grand capitaine, des mesures militaires, qui resserraient peu à peu les Bouii)ons dans un cercle de fer * .

Avant de passer de la menace à Taction, le duc de Guise fit circonvenir ses rivaux pour les déterminer i venir à la cour. Burie, toujours conciliant, écrivit, le 1 0 septembre, à Jeanne d'Albret :

Madame, craignant que la venue de M' le cardinal et de M' de Grussol ayant apporté quelque chose qui pourroit divertir le parlement du roi de Navarre de son voyage de la cour, j*ay prins la hardiesse de luy escrire par ce porteur, le suppliant très humblement ne voulloir, pour quelque chose que ce puisse être, diflérer son dit parlement, par ce. Madame, que je vois par là son repos el sa grandeur. Car, estant là et parlant ensemble, cesseront toutes jalousyes et soupeçons ; et se ccm* Armera la parfoito amylié el bonne intelligenoe qui y doibt estre. Mais autrement, Madame, il est à craindre que beaucoup de maulx en pourroient advenir '.

Le roi de Navarre c paissoit d'espérance » ses capitaines, mais il retombait dans son irrésolution habituelle au moment de prendre un parti. Les traîtres de son entourage Tentretenaient dans l'inaction^. Cependant ses partisans, sentant le moment d'agir, attendaient un signal qu'il donnait et révoquait tour à tour. Entraîné par Ck)ndé dans un conflit qu'il redoutait, il n'organisait aucune défense et laissait croire, par l'agitation de ses amis, qu'il jouait le rôle de conspirateur. Il n'avait pas encore répondu à l'appel

Page 1