‹ Antoine de Bourbon et Jeanne d'AlbretChapitre 105 sur 133 · La Planche, édit. Mennechet, f · texte numérisé non relu

La Planche, édit. Mennechet, f

ET JEANNE d'ALBRET. 369

du roi. Il écrivit enfin à la reine mère, et, contre Tattente, son langage respire une noble fierté. Il ne pouvait croire, disait-il, que son frère eût commis les trahisons qu'on lui imputait, et se flattait de démontrer son innocence au roi ; il irait à la cour avec le train d'un simple gentilhomme et éloignerait pour ce voyage les amis qui lui avaient offert leur épée. Enfin il accusait les calomniateurs de dissimuler sous un zèle hypocrite leur propre ambition^. Le prince de Gondé écrivit qu'il acceptait un débat contradictoire, mais il demandait que toute l'autorité cessât d'appartenir à ses ennemis, afin d'égaliser les deux parties. Le roi répondit promptement à ces deux lettres que les deux princes pouvaient venir en toute confiance, leur donnant sa parole de roi qu'il écouterait leurs remontrances sans toucher à leur liberté. La reine mère, qui, en attendant son heure, conmiençait à exercer dans l'ombre son génie politique, disait à ses familiers : c Que leur faut-il, que c demandent-ils ? S'ils voyent que les affaires aillent c mal, pourquoy ne le viennent-ils démonstrer ou bien c qu'ils ne le mandent, afin que on y pourvoye sans c donner occasion pour leur absence d'esmouvoir c tant de troubles. » C'était le langage des Guises, mais, dans la bouche de Catherine, ces paroles pouvaient renfermer un piège ou une avance. Les Bourbons les interprétèrent dans le sens de leur désir.

i. Sa lettre arriva à la cour vers le milieu de septembre (Lettre de Chantonay à Philippe II, du 18 septembre 1550 ; Orig. espagnol ; K. 1493, Q* 80). Nous ne connaissons pas le texte de cette lettre et nous en empruntons l'analyse à La Planche (Estai de France sous François II, p. 373 et 374).

La reine de Navarre répondit, le 11 septemlnre, à Burie, que son époux, plein de respect pour les volontés de son suzerain, se disposait à lui obéir.

Monsieur de Burie, puisque le roy, mon mari, vous fiûci bien au long entendre par sa lettre de combien il a délibéré et bon vouloir suivre le sage conseil, que vous luy donnez en la vostre, de s'en aller bientôt à la cour, je ne vous allongera; ceste ci d'aucune rediste, sy n'est pour vous asseurer que usera de vostre advis, comme venant de celuy qui aymez son repoz et grandeur. Et vous scayt fort bon gré, et moy aussy, de ce que si fldeliement le conseillez. Surquoy, ne vouliant rien acyousio' à la lettre que vous en faict ledit seigneur, il me sufGra vous prier bien fort continuer en ceste bonne volunté et le Créateur vous donner, Monsieur de Burie, l'heureux contantement que vous soubshaicte.

De Nérac, ce 44 jour de septembre 4560,

Vostre bonne cousine et amye,

Jehanne *.

Au moment où les deux princes allaient se mettre en route, ils reçurent un message de Léonor de Roye, princesse de Condé. Léonor, femme d'un dévouement éprouvé, d'un cœur qui ne peut être comparé qu'à celui de Jeanne d'Albret^, vivait avec sa mère dans la familiarité de la reine Catherine^. Son émissaire apportait les lettres les plus pressantes pour décider les Bourbons à ne reparaître à la cour qu'à la tête d'une armée. Elle traitait de lâches son époux et son

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