La Planche, Estât de France sous François II, p
BT JEANNE d'aLBRET. 373
admis, il était sage de ne donner aucune prise aux accusations de révolte par un cortège menaçant. Le roi de Navarre remercia les gentilshommes qui lui avaient offert leurs services et les pria de se retirer, n savait, disait-il, que les favoris du roi l'avaient calomnié, c mais il aymoit mieux aller en cour pour c se justifier et mourir en bonne conscience plustôt c qu'estre cause d'un si grand carnage, qui advienc droit indubitablement, s'il paroissoit avec ses forces c en présence de ses ennemis. » Quelques conseillers blâmaient les princes de se livrer ensemble et conseillaient à Antoine de laisser son frère en Béam. Ainsi l'absence d'un seul eût garanti la vie de l'autre. Les deux princes repoussèrent ce parti, qui marquait la défiance : c Au fort, si on ne leur tenoit promesse c et qu'on les feist mourir sans les ouir en leui's jusc tifications, Dieu avoit assez* d'autres moyens pour € délivrer la France de captivité sans qu'à leur occac sion tant de gens de bien en souffrissent. » En prenant congé des seigneurs de sa cour, le roi de Navarre promit de demander au roi la grâce des capitaines qui avaient pris les armes en Guyenne : c Grâce, c répondit l'un d'eux. Pensez seullement de la demanc der bien humblement pour vous seul, qui vous allez € rendre prisonnier, la corde au col. Car, à ce que c je voy, vous en avez plus de besoing que nous, qui c n'avons délibéré faire si bon marché de nos perc sonnes, ains de mourir plustôt en combattant que c nous soubmettre à la mercy de ces détestables € ennemys du roi et du royaume. Et puisque nous c sommes si pauvrement destitués de chefs, nous
€ espéroDS que Dieu nous eu suscitera qui auront € pitié de nous et qui nous de8¥elq>perc»it de Topc pression des tyrans^. >
Tous les lieutenants du roi avaient été avertis da passage du roi de Navarre et devaient se soumettre i la surveillance et aux ordres de Lansac*. Dans k crainte d'un coup de main sur Bayonne de la part des officiers d'Antoine, campés à Navarreins, Lansac envoya au vicomte d'Ortes un messager de confiance, nommé Du Plessis, avec une lettre du roi. D'Ortes ne comprit pas ses instructions. Ce vieux capitaine, placé sur la frontière conune une sentindle avancée, ne soupçonnait pas les intrigues qui divisaient la cour de France, Lansac lui avait recommandé de se méfier de ses voisins, c N'ay guères de c voisins, répondit d'Aspremont, n'y de^ ni delà, c qui osast ny feust si mal advisé d'entreprendre, c congnoissant ma complection, à me faire faire le c contraire de mon debvoir ; et, quand ors ilz le voul- € droient, j'espère en Dieu que je vous feray cognoistre c que j'ay puissance et volonté de vous faire très € humble service^. »
La défense de la Guyenne fut centralisée entre les mains d'un homme d'un dévouement reconnu, Paule de La Barthe, seigneur de Thermes, maréchal de France, le seul lieutenant de roi capable, par son autorité personnelle, de faire échec au rival des Guises. De Thermes
i. La Planche, Estât de France sous François II, p. 376 et 377.
2. Lettre de Burie au roi, du 14 et du 21 septembre 1560 (Orig., f. fr., vol. 15873, pièces 5 et 42).
3. Lettre originale du vie. d'Ortes au s. de Lansac, du 11 sept. 1560 (f. fr., vol. 15873, pièce 40).
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reçut les premiers ordres de François II vers le milieu de s^tembre et partit en poste, du fond de la Gascogne, pour Loches, après un retard motivé par le manque d'argent^, afin d'explorer les dispositions des villes et des provinces que le roi de Navarre devait traverser*. À quelques jours de marche, de Thermes rencontra Jacques de Monberon, seigneur d'Auzance, gentilhonmie ordinaire de la chambre du roi, chargé d'escorter don Antonio de Tolède, un des ambassadeurs du roi d'Espagne. D'Auzance lui remit une première instiniction, qui précisait l'objet de sa charge.
Et pour ce que le roy a entendu que le roy de Navarre doit bientôt venir par deçà, et que, s'il met sa volonté à exécution, il ne tardera guère de passer par là, le dit mareschal le verra en passant et parlera à luy et ne faudra d'avertir incontinent Sa Majesté de ce qu'il aura pa recueillir de ses propos et de la compagnie qu'il mènera avec lui, par quelque homme sûr, qu'il lui envolera après. Et toutesfois le s' d'Auzance, estant à Poitiers, donnera semblablement à M' du Ludde les lettres que le roi luy escript en créance sur luy '.
Les Guises ignoraient encore l'itinéraire du prince et modifiaient leurs ordres à chacune de ses étapes. Le 4 •' octobre ils firent signer au roi une nouvelle instruction, à l'adresse du maréchal de Thermes, qui concernait principalement le Périgord, la province la plus voisine de Nérac. Elle allait être expédiée quand ils fiirent informés que Antoine se dirigeait vers le
1. Lettre orig. du maréchal de Thermes au connétable, du 16 septembre 1560 (f. fr., vol. 6640, f. 150).
î. La Planche, Estât de France sous François II, édit. du Panth. litt., p. 364.