‹ Antoine de Bourbon et Jeanne d'AlbretChapitre 114 sur 133 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

ET JBANNB d'aLBRBT. 387

mots ne sont, c'est la vraye sustance, mesmement en ce qui concerne de passer dans la ville de Poitiers ; et ne croye point que la royne mère le désavoue, car elle me Ta dit de sa propre bouche, et je luy ramentevray quand il luy plaira me faire tant d'honneur de m'écouter.

Faict à la Tricherie le 20 octobre 4560,

Montpezat ^ .

Le 1 9, au soir, le roi de Navarre, glorieux de sa victoire sur Montpezat, la première et la dernière du voyage 2, fit son entrée à Poitiers. Le maréchal de Thermes lui avait ménagé c le meilleur et le plus € honneste recueil qu'on a pu adviser. > Mais, averti par la mésaventure du sénéchal, il s'était gardé c de c s'émanciper davantage en aucune particularité^. > Antoine faisait parade de ses dispositions pacifiques et de son bon droit. Il parlait peu des affaires de la cour, mais, quand on l'interrogeait, il montrait la plus grande

i. Original autographe (Arch. des Basses-Pyrénées, E. 582). L'affaire de Montpezat vint à la connaissance de Tambassadeur d'Espagne, qui la raconta à Philippe n comme nous venons de la raconter, mais en abrégé (Sommaire de chancellerie du 15 oct. au 4 novembre; espagnol; Arch. nat., K. 1493, n° 104). L'infortuné Montpezat paya de sa disgrâce l'excès de son zèle et fut obligé d'envoyer le s. de Mereval à la cour pour se disculper (Lettre autog. de Montpezat à la reine, du 23 oct. 1560 ; Vc de Colbert, vol. 27, f. 112).

i. Quelques semaines après, lorsque le roi de Navarre fut devenu lieutenant-général, Montpezat faillit payer cher son excès de zèle. Mais le connétable et le duc de Guise apaisèrent le prince (Brantôme, t. m, p. 197). Brantôme se trompe en disant que Montpezat n'avait qu'un ordre verbal. Montpezat dit positivement dans sa lettre du 20 octobre (V« de Colbert, vol. 27, f. 80) qu'il avait un ordre écrit.

3. Rapport original de de Thermes au roi, du 20 octobre (V^ de Colbert, vol. 27, f. 74).

388 ANTOINB DB BOURBON

oonfianoe dans la justice du roi. c Amèoe » pour ses amis et même pour ses ennemis, il supportait avec aisance les r^ards des courtisans qui le savaient accusé du crime de lèsennajesté. Loin de paraître inquiet, il € faisait bonne mine i à sa mauvaise fortune ^ et ne paraissait préoccupé que d'une diasse au cerf qu'il voulait faire le leinlemain dans la forêt de Ghàtellerault'. Gondé, le cardinal d'Armagnac', Christophe de Foix, évèque d'Aire, et une vingtaine de gentilshommes , tous connus à la cour, formaient son escorte. Le soir même de son arrivée à Poitiers, l'un des seigneurs qui voyageaient avec lui, Germain de Foix, marquis de Trans, guisard fougueux, mais encore plus bas courtisan, vint trouver en secret le marédial de Thermes et lui déclara c qu'il scq>- € plioit le duc de Guise ne pansw point, qu'encores c qu'il soyt en ceste suite, que ce soyt pour qu'il ayt c oblyé la fidellité qu'il doibt au service du roy, mais € seulement pour la prière que ledit s. roy de Navarre c luy a faite de luy tenir compaignie jusques à la^ € court*. >

1. Rapport du maréchal de Thermes au roi, du 20 octobre (Orig., V« de Golbert, vol. 27, f. 74). — Sommaire de chancellerie de Ghantonay, du 15 octobre au 4 novembre (Espagnol ; Arch. nat., K. 1493, n- 104).

2. Seconde lettre originale du maréchal de Thermes au duc de Guise, du 19 octobre 1560 (Vc de Golbert, vol. 27, f. 68).

3. La présence du cardinal d'Armagnac est positivement signalée à Poiiiers à la suite du roi de Navarre par un témoin oculaire (Lettre orig. de La Roche-Posay au duc de Guise, du 20 octobre; Vc de Golbert, vol. 27, f. 82). Peut-être était-il revenu de la cour.

4. Lettre originale du maréchal de Thermes au duc de Guise, du 20 octobre 1560 (Vc de Golbert, vol. 27, f. 78).

ET JEANNE D'aLBRBT. ' 389

La faiblesse de Tescorte laissait les rivaux des Guises à la discrétion de tous les lieuteuants du roi. Cependant un des gentilshommes du roi de Navarre, mal avisé, essaya de produire un mouvement à Poitiers. Deux jours après le départ du prince, un capitaine de gens de pied gascons , nommé Montestruc, amena à de Thermes un marchand de la ville, qui demandait à faire des révélations. Après avoir obtenu la promesse de l'impunité, le marchand raconta qu'un seigneur béarnais lui avait proposé une c entreprise » dans l'intérêt de son maître et qu'ils avaient passé un contrat. Le maréchal conseilla au marchand de € continuer son entreprise. > En envoyant le contrat au duc de Guise, de Thermes le commente d'une foçon menaçante pour les amis du roi de Navarre : c Par là yl pourra veoir, s'yl luy plaist, se ilz ont c encor bonne intention de exécuter leur entreprinse. > Il s'excuse d'avoir rendu au marchand sa liberté c pour voir sy on les pourroit attraper sur le fait, c encore que ce sont choses dangereuses de les lais- € ser venir sy avant * . >

Le roi de Navarre quitta Poitiers le 20 octobre, dîna à La Tricherie et coucha à Ghâtellerault^ A mesure qu'il se rapprochait de la cour, il était circonvenu par des calvinistes fanatiques , des ministres , des amis imprudents, plus bruyants qu'utiles. Les uns le compromettaient par de vaines clameurs. Les autres l'assiégeaient de reproches, de conseils, de promesses,

i. Mémoire original du maréchal de Thermes au duc de Guise, du 23 octobre 1560 (Vc de Ck)lbert, \ol. 27, f. 76).

2. Lettre du maréchal de Thermes au roi, du 20 octobre 4560 (Vc de Golbert, vol. 27, f. 72).

de nouvelles alarmantes. On disait que des sicaires, aux gages de ses ennemis, l'attendaient pour l'assassiner. On lui conseillait de changer de route et de fuir à toute bride vers Angers ^ et la Normandie, où le parti huguenot lui offi*ait des honunes, de l'argent et des villes de retraite. Antoine méprisa ces avertissements. Léonor de Roye, princesse de Gondé, tenta une démarche désespérée auprès des princes. Elle accourut au-devant d'eux et leur révéla les menaces du roi, les rancunes des Guises, les dispositions que la cour alarmée prétait au vainqueur. Antoine et Gondé parlèrent à la princesse comme aux ministres, de leur dévouement au roi, de sa justice, de leur innocence. Gette réponse dissimulait mal leurs angoisses, mais il était trop tard pour s'arrêter, et le plus sage était de braver le danger ^.

Les mesures du roi donnaient cependant tout à craindre.

François II, à la suite de l'assemblée de Fontainebleau, avait convoqué les États à Orléans pour les premiers jours de décembre^. Mais la ville était tellement agitée que les Guises hésitaient à y conduire leur

i. Angers est signalé à cette date comme une des villes de France où les Huguenots sont le plus puissants. Ils y ont, dit le maire d* Angers, une armée de 1,000 à 1,200 hommes (Lettre du maire d'Angers, du 4 octobre 1560 ; V« de Colbert, vol. 27, f. 9).

2. Delaborde, Éléonore de Roye, p. 74, d'après La Planche et Gastelnau.

3. L'ordonnance de convocation des États d'Orléans est datée du 2 octobre 1560 (Ck)pie, coll. FonUnieu, vol. 293-294, pièce 91). A la suite de cette copie on trouve des détails curieux sur l'impression de cette ordonnance et sur les frais qu'elle occasionna.

BT JBANNB d'aLBRBT. 391

maître^. Avant de s'y rendre, ils y envoyèrent en poste Philibert de Marciliy, sire de Gypierre, lieutenant du gouverneur, avec la compagnie du duc d'Orléans, et 1,000 hommes d'armes d'ordonnance, pris dans les garnisons voisines. Ils recrutèrent trente compagnies de gens de pied et demandèrent au duc de Lorraine un secours de 3,000 hommes^. Le roi convoqua le duc d'Âumale avec sa compagnie et celle du duc de Nemours, et ordonna une levée en Bourgogne de deux compagnies de 50 arquebusiers à cheval'. Tavannes, un des grands hommes de guerre du parti catholique, fut appelé avec instance c pour pourvoir à beaucoup de tumultes qui se c remuent en le royaume^. > François P' n'avait pas soudoyé autant de troupes pour conquérir le Piémont. Ces grands armements n'étaient pas seu-

i. Lettre de Chantonay à Philippe II, du 7 octobre 1560 (Orig. espag. ; Arch. nat., K. 1493, n* 100). Outre les menées des calvinistes, Chantonay signale un nouvel impôt sur le vin qui avait indisposé les Orléanais. — Sommaire de la chancellerie espagnole, d'octobre (Ibid., n* 102).

2. Ces énormes chiffres, presque invraisemblables, sont présentés dans une lettre de Chantonay à Philippe II, du 8 oct. (Orig. espagnol; Arch. nat., K. 1493, n* 101). — Pour payer ces grands armements, le roi avait ordonné un emprunt forcé et tarifé le chapitre de Paris à la somme de 4,000 livres tournois (Lettre du 7 octobre 1560 ; Mémoires de Condé, t. I, p. 18).

3. Lettre du roi au duc d'Aumale, du 9 octobre 1560 (Copie du temps, f. fr., vol. 4639, f. 4).

4. Lettre orig. de François II à Tavannes, du 9 octobre 1560 (f. fr., vol. 4632, f. 8). — Lettre orig. du duc de Guise au même, du 9 octobre (f. fr., vol. 4640, f. 31). — Malheureusement Tavannes était tombé malade et fut obligé de demeurer i Ligny (Lettre orig. du duc d'Aumale à Tavannes, du 20 octobre 1560 ; f. fr., vol. 4640, f. 48).

382 ANTOINE Dl BOURBON

leroent dirigés contre les princes. Le cardinal de Lorraine promit au nonce qu*au moment de rassemblée des Ëtats, € il y auroit ici tant de gens de € guerre et que Ton donneroit de tels ordres que, € quiconque voudroit parier, on lui formamt b € bouche. De ceste façcm les Ëtats ne prendroieiit c d'autres décisions que cdks qui plairoient ans c Guises^. »

Gypierre arriva à Orléans dans les premiers jours d'octobre et fit marquer les logements de la cour '. Le gouverneur de la province, le prince de La Rodie-sur- Yon, y entra le M à trois hrares de Taprè^-midi et compléta les mesures militaires'. Rassuré par les immenses préparatifs de ses ministres, le roi quitta Saint-Germain le 10 octobre et cpudia au diàteau de Madrid près de Boulogne^. Le lendemain, il entra dans Paris sans pompe, dtna au Louvre et fit appeler les prélats, les membres du Parlement et de la Sorbonne, c auxquels il fit entendre les chagrins que luy c causoit la réforme et les nécessités présentes; c recommandant aux corps judiciaires d'exercer leur c office contre les hérétiques, aux prélats et aux docc teurs de la Sorbonne de se consacrer à leurs devoirs ; c protestant devant tous qu'il voulait vivre et mourir € dans la foi de ses ancêtres et que ses sujets devaient c faire de même ^. > Le soir il sortit de Paris, qu'il ne

1. Lettre de Gbantonay, du i3 novembre 1560, à Philippe II (Orig. espagnol ; K. 1493, n* 106).

Page 1