‹ Antoine de Bourbon et Jeanne d'AlbretChapitre 123 sur 133 · De Thou, liv. XXVI, 1740, t. H, p · texte numérisé non relu

De Thou, liv. XXVI, 1740, t. H, p

7. La Planche, Estât de France sous François II, édit. Mennechet, p. 283.

Le roi de Navarre jouissait à Orléans de Tappareiioe de la liberté. Il pouvait sortir de son logis ^ et même de la ville, mais ses démardies étaient entourén d'une si étroite surveillance que Throdunorton k regardait tanquam captwus^. Les gaitilshommes de son escorte, excepté les espions des Guises et qodqaes oflficiers de service, le quittaient un à un, depuis que son sort paraissait désespéré. Aucun seign^ir n*éUût si hardi que d'oser raccompagner. Des agents suivaient ses pas, recueillaient ses paroles et signalaient les capitaines qui paraissaient d'intelligence avec lui '. Quand il c venoit au logis du roy, il ne se présentoit c pas àla porte de la chambre, mais se pourmenoit en c la salle, attendant que l'huissier le vint quérir. > Chaque jour il suivait les chasses du roi, mais il y apportait un visage c mélancolique, qui esmouvmt c plusieurs des plus grands, non pas de la fiaiction de c MM. de Guise, à commisération, de voir un tel € prince, portant tiltre de roy, mesprisé de ceste c façon ^. > Le lendemain de son arrivée à la cour, un incident accrut la défiance des Guises. Un messager, venu de Genève, demanda à lui parler et lui dit en

1. Vincent Garloix nous apprend que ce logis avait été choisi assez loin de celui du roi [Mémoires, liv. VIII, chap. 15).

2. Lettre de Throckmorton à lord Dudley, du 17 noTembre 1560 iCalendars, 1560, p. 390).

3. Lettre de Tornabuoni, du 14 novembre {Négociations de la France avec la Toscane, t. III, p. 425). — Mémoires de Castelnau, 1731, p. 53.

4. Lettre de Tomabuoni, du 14 novembre (Négociations de la France avec la Toscane, t. III, p. 425). — Lettre de Chantonay, du 13 novembre (Orig. espagnol ; Arch. nat.,K. 1493, n« 106). — Méinoires de Carloix, liv. VIII, chap. 15.

ET JEANNE d'aLBRET. 407

secret qu'un corps d'armée de 1 ,800 hommes se tenait en armes vers Grenoble, prêt à marcher à son secours. Antoine prit la conmiunication pour un piège et eut la prudence de livrer le messager aux officiers du roi ^ . Les ambassadeurs étrangers, que rien ne dispensait des devoirs de l'étiquette, continuaient à lui rendre leurs hommages. Le 8 novembre, il donna audience à Michieli et à Suriano, ambassadeurs de Venise, et leur adressa un petit discours apologétique : c Messieurs les ambassadeurs, je vous prie de ne pas avoir mauvaise opinion du prince, mon frère, lequel a voulu obéir à son souverain et venir conune il le devait, avec toute humilité et soumission, se mettre entre ses mains, parce que je suis assuré qu'il en sortira avec honneur, n'ayant jamais fait chose indigne de lui ni pensé chose qui soit contre cette couronne, et en mon nom assurez-en la Seigneurie^. > Quelques jours après, il reçut avec le même cérémonial Nicolo Tornabuoni, représentant du grand-duc de Toscane^.

i. Lettre de Michieli à la république de Venise, du 10 novembre (Mss., Dépêches vénit., filza 4, f. 187), rectifiée par la lettre du 22 novembre du môme (ibid., Supplément). — Lettre de Ghantonay à Philippe U, des 20 et 22 novembre (Orig. espagnol; Arch. nat., K. 1493, n* 107).

2. La république de Venise n'avait été représentée à la cour de France que par Jean Michieli. Depuis le 1^ novembre, Michel Suriano avait été joint à Michieli. Tous deux étaient arrivés à Orléans en même temps que le roi de Navarre (Lettre de Michieli et de Suriano, du l*' novembre; Mss., Dépêches vénit., filza 4, f. 178).

3. Lettre de Michieli à la république de Venise, du 8 nov. (Dépêches vénit., Mss., filza 4, f. 185). — Lettre de Tornabuoni, du 14 novembre [Négoc. diplom. avec la Toscane, t. III, p. 425).

Le roi de Navarre assistait tous les jours aux séances du conseil ^, et, par faiblesse ou par zèle, faisait assaut de servilité avec les courtisans des Guises. Quand fl était question de la répression des séditieux, il rédamait une aggravation de peine contre les coupables. Si la délibération amenait une allusion à Femprisonnement de Gondé, il protestait de Tinnocence de son frère. Il repoussait même des lettres de rémission, que personne du reste ne songeait à conseiller au roi. c Le prince a déclaré, dit Ghantonay , que si on prouve c que son frère ait rien intenté ou pensé contre la c personne du roi, il ne veut point de pardon, pas de c rémission. Car si aucuns, en pareil cas, ont mérité c la mort, un prince du sang, si proche parent du roi c et si obligé à son service, tombé dans de pareils c errements, serait digne de mille morts ^. » Pendant les premiers jours, il n'avait pas adressé la parole aux Guises, leur c montrant ainsi aux uns et aux autres € ouvertement son inimitié. > Entré dans la voie des concessions, il se réconcilia en apparence avec eux. Il eut, ainsi que les cardinaux de Bourbon et d'Armagnac, de fréquentes conférences avec la reine mère, le cardinal de Lorraine et le duc de Guise ^. € Je le vis deux fois, dit Brantôme, venir trouver

1. Lettre de l'ambassadeur Michicli à la république de Venise, du 10 novembre 1560 (Dépêches vénit., Mss., filza 4, f. 187). — Lettre de Ghantonay à Philippe II, du 13 nov. 1560 (Orig. espagnol; Arch. nat., K. 1493, n' 106).

2. Lettre originale en espagnol de Ghantonay à Philippe II, du 13 nov. 1560 (Arch. nat., K. 1393, n* 106).

3. Lettre de l'ambassadeur Michieli à la république de Venise, du 10 nov. 1560 (Dépêches vénit., Mss., filza 4, f. 187).

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€ H. le cardinal de Lorraine, en son jardin une fois et c Tautre en sa chambre, pour le prier et intercéder € pour son frère. Mais il parloit à luy plus souvent c descouvert que couvert et l'autre se mettoit très bien € à son aise, car il faisoit grand froid ^ . » C'est ce que Brantôme appelle, avec une nuance d'ironie, c caller c et faire^ non du prince, mais du simple gentil- € homme. » Le cardinal de Bourbon, qui n'avait pas craint de prendre la responsabilité du retour de ses frères, n'était guère plus fier de ses actes, c U se 4 contente de ce qu'il a, » écrit Tornabuoni*.

Les Guises, étonnés de leur facile victoire, restèrent plusieurs jours dans l'indécision sur le parti qu'ils devaient en tirer. Deux semaines se passèrent sans que l'arrestation de Gondé fût suivie d'un conunencement d'instruction. Le prince était étroitement surveillé dans son cachot. Toute communication avec le dehors lui était interdite. Une compagnie de cent arquebusiers gardait sa porte. U avait été séparé de ses gentilshommes, de ses pages, des officiers de sa maison et était servi par deux valets, qui restaient au secret avec lui^. U montrait une grande confiance

i. Brantôme, t. IV, p. 341.

2. Si 8ta ancor lui ne suoi panni (Lettre de l'ambassadeur Tomabuoni, du 14 novembre 1560; Négoc. diplomat. avec la Toscane, t. III, p. 425).

3. Lettre de Tomabuoni, du 4 novembre (Négociations avec la Toscane, t. III, p. 425). — Vincent Garloix dit que dans le commencement on lui avait laissé six serviteurs de sa propre maison [Mémoires, liv. VIII, cb. 14). — Lettre de Michieli etSuriano à la république de Venise, du 10 nov. (Mss., Dépécbes vénit., filza 4, f. 187).

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dans Féqoité do rm et appelait de tous ses tqboz dei juges ^ ; mais H récusait d*avaiioe les membres du grand conseil comme vendus à ses plus mc»tels ennemis et voulait être jugé par les pairs. On fan objecU que, parmi les pairs laïques, six étaient de ses parenb et que trois autres lui étaioit suspects*. Il demanda alors des commissaires dioisis par les prinoeSt assistés des pairs et du parlement de Paris'.

Les Guises avaient si bien dissimulé leurs sentimei^ de vengeance que la cour s'aveuglait sur les suites probables du procès. La plupart des courtisans, au souvenir néfaste des émotions d'Amboise, croyaient à la culpabilité du prince : c Le roy, écrit Claude de € L*Aubespine, secrétaire d^Êtat, frère de Tévéque de c Limoges, Ta fait arrester prisonnier, dont beaucoup c se sont estonoez. Je ne scay ce que cdla pourra proc duire, mais tous les mesdians s'advouoient de son c nom ^. » Parmi les ambassadeurs étrangers, Throdcmorton pensait que le prince subirait une détention à Loches^. L'ambassadeur d'Espagne craignait que la colère du roi s'apaisât comme un feu mal allumé :

i. Lettre de Ghantonay, du 13 novembre 1560 (Orig. espagnol; Arch. nat., K. 1493, n' 106).

2. Lettre de Ghantonay à Philippe II, du 20 et du 22 novembre (Orig. espagnol; K. 1493, n- 107).

3. Lettre de Tornabuoni, du 14 novembre (Négociations de la France et de la Toscane, t. UI, p. 425).

4. Lettre de Claude de i'Aubespine à Bernardin Bochetel, évèque de Rennes, ambassadeur auprès de Tempereur, du 3 novembre Î560 (Autog., Vcde Ck)lbert, vol. 27, f. 23).

5. Lettre de Throckmorton, du 17 novembre (Calendars, 1560, p. 391). — Tel avait été le conseil de Vieillevillc an roi, t si tant est qu'il (le prince) n*ait point actenté à la vie de Sa Majesté. » {Mémoires de Carloix, liv. VIII, chap. 14).

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Cette affaire, dit-il, finira par le mariage d'une fille du prince avec un fils de M' de Guise, afin d'ôter la jalousie qu'on a du crédit et de Faccroissement de la maison de Guise, qui profiteraient en partie à la maison de Vendôme. Ce mariage est d'autant plus probable si le prince est jugé coupable, afin de l'obliger à reconnaître ainsi qu'il doit la vie et l'honneur aux Guises. Peut-être donnera-t-on aussi à Vendôme l'espoir du mariage de Madame Marguerite*, parce que l'âge des personnes permettra, avant de l'effectuer, de consulter les événements*. » L'ambassadeur de Venise restait sur la réserve : c Dieu sait comment cela finira, écrit-il à la sérénissime république^. »

A la nouvelle de l'emprisonnement de Condé, Léonor de Roye, déjouant toute surveillance, accourut de la Ferté-sous-Jouarre. A dix lieues d'Orléans, un messager du roi lui porta la défense de s'avancer. Cependant elle obtint de la reine mère l'autorisation c de c venir en petite compagnie solliciter les affaires de € son mari*, » et arriva à Orléans vers le 1 3 novembre^,

i. Marguerite de Valois promise par Henri n au roi de Navarre pour son fils Henri de Béarn.

2. Lettre de Ghantonay à Philippe H, du 20 et du 22 novembre (Orig. espagnol; Arch. nat., K. 1493, n* 107). Ghantonay était mal informé sur ce point. A cette époque même il était question de donner Marguerite à don Carlos (Lettres de Catherine, t. I, p. 145).

3. Lettre de Michieli à la république de Venise, du 10 nov. 1560 (Dépêches vénit., Mss., filza 4, f. 187).

4. La Planche, Estât de France sous François II, édit. Mennechet, p. 315.

5. Lettre de Ghantonay, du 13 novembre 1560 (Orig. espagnol ; Arch. nat., K. 1493, n^ 106).

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le jour mteie où commençait l'instrucUcHi judidaire.

Le 1 3 DOVNnbrc, le chancelier de L'IIospilal. assista de Ghristc^be de Thou, premier président du pariemeat de ParÎB, du procureur gêDéral Bourdin. des OHkseillas Birtbélemy Paye et Jacques Viole, inlerrogeale prince dans sa prison. Condé refusa de répondre et éleva uo appel devant le roi, séant en cour de Parlement, toutes chambres réunies. Le lendemain le ocMianI privé r^Kiussa l'opposition. Les commissaires M rq)réaeirtèrent devant lui, mais il en appela de la décinoD du Gonaetl privé. A chaque appel, le conseil répondait en le déboulant de son droit. Ënfîn, à la requMe du (wocureur j,'énéral, un an-^t enjoignit au prince de répondre aox juges-oomimanires aous pane de lèse-majesté*.

Dès ce niMncot la procédure ftit conduite avec une prédpitatioD menaçante. Sur une roqnète de la prmcesse de Condé', le roi désigna d'office, comme dtfeoseurs du prince, Pierre Robert et François de Marillac^, avocats au Pariement, et les appela immédiatement

t. Arrât du 30 novembre 1560 {Mémoiru de Condé, 1. 1, p. 619). — Les phases de la procédure goataiaBÎ expotées dans une pièce du temps [Mtmoirttde Condé, t. II, p. 379). — Voyei aussi De Thou (liv. XXVI, n40,t.U,p.830).— Gbantonay, dans sa letue du 28 novembre, confirme ces délails (Lettre orig. en espagnol 1 Philippe II ; Àrch. nat., K. 1493, n<> lOS).

3. Pièce officielle sur le procès de Condé {Mimoirtt ds CoruU, t. II, p. 360}. La Planche et les hisUirieDS protestants ont calom' nié le roi en disant qu'il avait refusé à Condé le droit de choisir ses défense urs.

3. François de Marillac, qu'on a quelquefois confondu avec le célèbre Michel de Harillac. Sur ces deux avocats voyei les passages du Dialogue det avocats de Loisel cités par le comte Delaborde {iUoTtore de Roye, p. 66, notes).

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à Orléans ^ . Les entrevues de Taccusé et de ses défenseurs furent limitées. Les conunissaires en précisaient Tobjet d'avance et décidaient qu'elles auraient lieu en présence du secrétaire d'État, Florimood Robertet, du greffier du parlement, de Paris, Jean du Tillet ^, et du s. de Brezé, capitaine des gardes^. Gondé demanda que le roi de Navarre, le cardinal de Bourbon et Léonor de Roye pussent assister aux conférences < en € telle compagnie et à telle distance qu'il plairoit à € Sa Majesté adviser. > Cette requête fut < refusée c tout à plat > , et la princesse de Gondé fut seulement autorisée à porter par écrit, dans une lettre à son mari, témoignage du dévouement des deux avocats.

Ces mesures avertissaient le prince qu'il ne devait attendre ni grâce ni merci. Robert et Marillac lui conseillèrent d'opposer déclinatoires sur déclinatoires afin de gagner du temps. Les avocats, en soutenant ces moyens, révélèrent au conseil privé que les ennemis du prince, préjugeant sa condamnation, avaient fait venir à Orléans quarante bourreaux c des plus experts € à couper têtes. > L'argument pouvait donner à réflé-

1. Mémoires de Condé, t. Il, p. 380. — Le roi en avait aussi désigné deux autres, Anne de Terrières, seigneur de Ghappes, et Claude Mangot, mais ces deux derniers se trouvèrent absents de Paris.

2. Mémoires de Condé, t. Il, p. 380. La Planche prétend que les deux avocats ne purent obtenir copie des procès- verbaux. La pièce officielle que nous avons citée ne dit rien de pareil. Nous réfutons ces erreurs parce qu'elles ont été reproduites par beaucoup d'historiens.

3. Pièce contenue dans les Mémoires de Condé, t. n, p. 381. M. le comte Delaborde, dans un article publié dans le Bulletin de la Société de VHist. du Prot. français (1873) et reproduit dans ÉUonore de Roye, a résumé les phases du procès de Gondé.

AlCTOmB DE BODRBON

chir à la reine mère. Le \ndaine de Qiartres. le cott- M-'iller de La Haye, Jean de La Borde. «irAtét Lyoo, dont les dépositions pouvaient être utilisées, furatt amenés du Paris*. Outre ces accusés, tous les aventuriers, qui avaient trempé dans les séditions, furent admis à porter un témoignage coulre le prince : La Sague, La Bigne. Gilles Trion, dit Le Gautier, Jean Landier, Florcot Boulr""" Jean du Pont (Mandrin, Jean Coden':, François & ert du Fay, s. de Chan^, surtout le receveur de es d'Agenaîs. GoJail, sur-

nommé Cuppolettc, et préire inti-'itlit, appelle

Boriaiie *. BicnttM les coa nissaires, abusant de la faiblesse de l'avocat Robert l'obligèrent à se charger tui-ménie des inlerrogatol s. Condé, victime de sa confiance, eoust-ntit à ré| idrc, entra dans la voie des justifications, et signa es procès- verbaux, dans lesquels s'entassaient des aveux et des provocations insidieuses '.

Cependant les chaînes péniblemcDi amassées cooiK lui justifiaient mal TaccusatioD de haute trahison. On se souvint fort à propos de la promesse qu'il avait faite à Geolis, en passant à Poitiers, de n'aller jamais

1. Lettre de Toro&buoDi, da t4 novembre {Iftgoe. dt ta Fnmu avec la Toscane, t. IQ, p. 425).

2. Ces témoinB sont énumèréB dans l'arrôt d'innocence du 13 juin 1561 {Mimmrei de Condé, t. II, p. 391. Voyei auto p. 377). — L'importance du témoignage de La Sagneest signalée par le duc d'Albuquerque (Lettre à Philippe U du mois de novembre; Cop. espag. Afcbivee de la secret. d'Ëlat d'Espagne, leg. 358, r. 52).

3. Mimoiret de Castelnau, (731, in-fol., t. I, p. 55. Casteloan observe que les réponses du prince n'étaient importantes qn'an point de vue de la procédure, en ce qu'elles lui faisaient perdra le bénéfice de son silence.

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à la messe. Un prêtre Ait envoyé dans sa prison et lui signifia, de par le roi, qu'il allait dire la messe devant lui. Le prince le chassa de sa présence, en lui ordonnant de déclarer au roi qu'il n'était pas venu à la cour pour participer c aux impiétés et pollutions de € TAnte-Ghrist romain >, mais seulement pour se défendre. On dressa acte de son refus ^. Les précédents ne manquaient pas pour envoyer un calviniste à l'échafaud.

Gondé montrait dans sa prison une violence qui épouvantait les Guises. Â chaque interrogatoire il se répandait en anathèmes contre eux , maudissait leur tyrannie, les menaçait de représailles. Les États approchaient et il jurait de dévoiler publiquement le tableau de leurs crimes. On essaya de le réduire par la ruse. Un gentilhonmie, qui l'avait servi et qui était passé au service de l'ennemi, conmie tant d'autres, lui proposa de l'accorder avec les Lorrains. Le prince répondit qu'entre Guise et lui, après tant d'injustices et d'outrages, il ne pouvait y avoir d'autre accord que celui de vider leurs querelles à la pointe de l'épée ; puis il éclata en menaces, en invectives passionnées. Le bruit courut que cette ardeur cachait un mystère, que le prince attendait tous les jours sa délivrance, qu'une nouvelle conjuration d'Âmboise, plus secrète et plus vaste, allait écraser les favoris du roi au sein même de leur triomphe, au moment de l'ouverture des États ^.

1. Mémoires de Castelnau, in-fol., t. I, p. 53. — La Planche, édit. Mennechet, p. 311.

2. La Planche, Estât de France sotu François II, édit. Mennechet, p. 311. — Mémoires de Castelnau, p. 54.

416 AHTOINR DE BOURBON

La conduite de rinstructlon criminelle excitait la désai^robation dt> tous les seigneurs qui voulaient garder l«ir indépendance. Le prince de La Roche-sur- Yon protesta contre les formes iniques de la procédure auprès des Guises. Ceux-ci lui répondirent froidement qu'ils n'en étaient pas responsables et que le roi en décidait ainsi sans les consulter*.

Léonor de Roye remplissait la cour de ses plaintes et multipliait les prières au roi. Elle s'adressa même aux souverains étrangers, £i l'électeur palatin, Frédéric III, et, par son entremise, à la reine d'Angleterre', A la cour elle s'efforçait d'intéresser à la destinée de l'accusé les capitaines qui lui devaient leur fortune. Mais la présence de cette princesse héroïque était importune aux courtisans. Le roi de Navarre luimême n'osait lui parler. Seule h la cour, Renée de France, duchesse de Ferrare, belle-mère du duc de Guise, arrivée le 7 à Orléans', lui prétait son appui. Renée désapprouvait la politique de son gendre, prévoyant < que ceste playe seigneroit longtemps après, « d'autant que jamais homme ne s'estoit attaché au « sang de France qu'il ne s'en fust trouvé mal*. > Un

1. Lettres de GhaDtODay, des 29 et 23 nov. 1&60, k Philippe II (Orig. espagnol; K. 1493, n* 107). — LeUre de Michieli et de Snriano, du 10 novembre (Mes., Dépêches vénit., 61u 4, f. 187).

2. Documents cités par le comte Delaborde, Éléonore de Royt, p. 63.

3. Lettre de Throckinorton, du 17 novembre (CaUf^dars, 1560, p. 391).

4. I^ Place, Ettat de religion et ripvbligue, édit. du Pantk. litt.. p. 74. — La Planche, Estât de France sous François //, édit Mennechet, p. 283 et 315. — Ces faits sont confirmés par de Thou |liv. XXVI, 1740, t. n, p. 830) et par Brantûme (t. VUI,

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jour Léonor de Roye se jeta aux genoux du roi en lui demandant la faveur de voir c une seule fois son sei- € gneur et mary. > Le roi, contre sa nature, se montra dur. c Tant s'en faut que, pour ses gémissements € et pleurs, ledit seigneur fust esmeu à pitié, que cela € l'aigrit et anima davantage, voire jusques à luy c reprocher que le prince estoit son plus grand et c mortel ennemy, et que, luy ayant voulu oster la vie c avec le royaume, il ne pouvoit de moins que de s'en € venger. > Le cardinal de Lorraine, présent à Tentretien, c chassa ceste princesse fort rudement, l'ap- € pelant importune et fascheuse^. > Les Guises s'armèrent de précautions contre une nouvelle rencontre, c Mais la princesse leur estoit une espine au € pied, car eUe n'avoit faute d'esprit, de langue ni de c courage. > La Planche dit même qu'ils résolurent de se débarrasser, par un assassinat, des entraves qu'elle apportait à la réalisation de leurs sanglants projets ^.

Depuis le conunencement du procès le roi de Navarre prenait la défense de son frère avec courage, conune s'il n'eût pas été visé par les mêmes ennemis. Un jour, au conseil privé, il céda à un accès d'indignation généreuse. Il rappela au roi et à la reine mère que deux de ses frères étaient morts au service de la couronne, dont l'un, François de Bourbon, incarnait le souvenir d'une des plus brillantes victoires du règne de François I*' ; il se plaignit que, au mépris de cette glorieuse mémoire, le petit-fils de Fran-

1. La Planche, édit. Mennechet, p. 315. — Mémoires de CcuUl' nau, 4731, t. 1, p. 56 et 57.

i. La Planche. — Le fait nous parait douteux.

Qcns r songoiit encore à faire mourir uo troisit-me prince de la in^me maison, et s'écria que si le roi

avait tant de soif Ju sang des Bourbons A ce mut

la mue mère l'ioterrompit et lui promit que la \\iSr tice seule trioinplicrait (les tiL^sîtalions du roi. Antoine se tut et fondit en larmes, et, quand son exaspération fut calmée, demanda pardon au couseil de son ea>portemeDt*.

Le roi de Navarre luttait avec l'appui de la reine mèrt, qui craignait autant les Lorrains que les Bourbons d qui ffMidait ses prc^res eq>éranoes aor la durée de leur rivalité *, et avec l'aide de qodques députés anz Etats, dévoués à la cause calviniste, mais peu initiéa aox intrigues de la cour. Malgré son iM^emoit il eaabu^ rassait beaucoup ses «memis. Ceuz-a ponvnent remprisonner, mais il était difficile de le oondamoer sans preuves, à la &ce des Etats généraux. D'autre part ils n'attendaient de bi ni grftœ, ni mena. Us outrages, le sang versé et surtout la condamnatic»! prochaine de Condé creusaient un abîme entre les deux partis. Les Guises agitèrent dans l'ombre le dessein d'assassiner leur rival.

L'historien voudrait douter deces trames criminelles, qui couvrent d'une tache inefiaçable l'honneur du conquérant de Calais. Si le témoignage des protestants, comme Bordenave, l^a Planche, Serres, d'Au-

1. Licttre de Michieli, du 22 novembre, k la répubtiqae de Veaise |Mss., Dépêches véoit., filza 4, Supplément). — Lettre de Tornabuoni, du 21 novembre (Ifigoe. de la Prarux avec la Toscane, p. 425).

2. LeUre de Toraobuoni, du 21 novembre {Xigoe. de la Frawx avec la Tosoane, t. III, p. 125).

ET JEANNE d'aLBRET. 419

bigné, Olhagaray, La Popelinière, de Bèze (nous ne parlons pas des pamphlétaires) ne peut être reçu qu'avec précaution ; si celui de Paima Gayet, sousprécepteur de Henri de Béarn, peut être entaché de partialité, les déclarations de Jeanne d'Albret présentent une autorité contre laquelle on ne saurait invoquer que des preuves négatives. La reine de Navarre publia en effet, en 1568, un manifeste, sous forme d'autobiographie \ où tous les historiens protestants ont puisé les éléments de leur récit. Le sage et prudent Gastelnau rapporte que les projets sanglants

1. Le 16 septembre 1568, Jeanne d'Albret écrivit au roi, à la reine mère, au duc d'Anjou, au cardinal de Bourbon et un peu plus tard à la reine d'Angleterre, cinq lettres pour justifier sa retraite à la Rochelle et se plaindre des tentatives que les chefs du parti catholique ne se lassaient pas de diriger contre elle et contre ses enfants. CSes lettres furent suivies d'une Ample déclara' tion, dans laquelle la reine de Navarre retraçait les principaux événements de sa vie et de celle de son mari depuis l'année

Cette pièce nous parait d'une authenticité qui défie toute critique. Il est probable qu'elle fut d'abord publiée à part sous forme de pasquil. Quoi qu'il en soit, elle fut publiée dans un livre fort rare, L'histoire de nostre temps contenant un recueil des choses mémorables passées et publiées pour le faict de la religion et estât de la France depuis Védict de pacification du 23 jour de mars 1568 jusques au jour présent. Imprimé nouvellement (probablement à La Rochelle) mdlxx, gros petit in-12 de 28 ff. non chiffrés, de 808 p. et de trois feuillets pour la table.

Nous croyons que V Ample déclaration n'est autre chose que les mémoires de la reine de Navarre, que Bordenave et Palma Cayet disent avoir consultés. Nous reproduirons cette importante pièce à la fin de l'histoire de Jeanne d'Albret.

Les projets des Guises contre Antoine de Bourbon y sont exposés avec une précision formelle. Bordenave, La Planche et les autres historiens protestants ont connu ce récit puisqu'ils en ont reproduit textuellement les parties principales. Ils y ajoutent

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des Guises n'étaient paa un secret à la cour^ Les lettres de témoins oculaires se taisent, il est vrai, sur ces tentatives coupables. Mais que peut-on induire de leur silence ? Les desseins que nous allons exposer ne sont pas de ceux que Von traite par correspondance.

Les Guises ne s'ouvrirenl complètement, d'après La Plandie, qu'au maréchal de Saint-André, politique sans 8(atipule et ambitieux sans conscience. [|s résolurent d'empoisonner leur rivai dans un repas. ■nais il refusa de s'y rendre, prétextant la douleur que hii causait le procès de son firère. Os tenterait de le surprendre. Le duc de Nemours avût séduit une des demoiselles d'honneur de la reine, FrançMse de Rohan, cousine germaine de Jeanne d'Albret, ei de vives paroles avaient été échangées oitre les deux princes. A la suite d'une quo^le, des assassins furent apostés sur le passage du roi de Navarre ; nuis il parut si bien accompagné qu'ils n'osèrent t'attaqua*.

Le duc de Guise, depuis Tavènement de François II, usait son génie à porter aux Bourbons des coups assurés, mais il aurait craint de prêter les mains à une exécution sanglante. Il alluma la colère du roi en l'efirayant

sealement plus ou moins de détails suivant le dèTeloppemenl de leur récit. (Buidenave, HiiMre de Btarn et Navarre, p. 105 et 106) (La Planche, Estai ds France loua Pranfoit II, édit. Mennechet, p. 320) lOlhagaray, Hisl. des comtés de Poix, 1629, p. bTl) (Palroa Cayet, Chronologie Ifovenaire, édit. du Panth. litt., p. 177).

Le seul historien qui ait utilisé cette importante pièce est lo P. GrifTet dans ses notes sur l'Histoire de France de Daniel, mais il la discute au moyen d'arguments sur lesquels nous aurons a de revenir.

. Mémoires de Castelnau, 1731, 1. 1, p. 57.

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de Tambition d'Antoine et lui conseilla de le frapper lui-même de sa main débile. Ce parti n'offrait que des avantages aux ambitieux Lorrains : il supprimait le roi de Navarre, il déshonorait le roi de France, avec lequel un jour les prétendus successeurs de Gharlemagne auraient à compter. Le roi, sous prétexte de maladie, devait appeler Antoine dans sa chambre et paraître, pour éloigner tout soupçon, vêtu de sa robe de nuit. Il lui adresserait les plus injustes et les plus violents reproches. Si le prince répondait avec hardiesse, le roi le menacerait de sa dague ; s'il faisait mine de se défendre, le roi crierait à l'aide. Guise, le maréchal Saint-André et quelques capitaines résolus se chai^eaient de porter les coups. Le prince mort, on publierait qu'il avait essayé d'attenter à la vie du roi. François II n'était pas né pour le crime. Sa faiblesse le rendait l'instrument de ses favoris. Passionnément épris de Marie Stuart, princesse futile, il ne voyait la politique que par ses yeux. La jeune reine livrait le gouvernement à ses oncles et les deux époux bénissaient tous les jours le grand duc de Guise qui leur épai^nait les soucis du pouvoir. Aussi le roi ratifiaitil docilement les décisions du vrai souverain de la France. Le pauvre prince eût signé d'un cœur joyeux l'acte de sa propre abdication. Gependant il s'épouvanta de l'atrocité du forfait que lui conseillait son oncle. Dans son trouble il consulta la reine mère. Catherine savait que chacun de ses conseils était révélé par son fils à Marie Stuart et par Marie Stuart aux Guises et se tenait habituellement sur la réserve ; mais devant un guet-apens, qui pouvait avoir de si terribles conséquences pour la dynastie des Valois,

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eOe osa montrer son horreur sans obtenir d'antre résultat que d'accroître les perplexités du roi. Sur-le-champ elle prit des mesures plus efltoices éL envoya la duchesse de Montpensier au roi de Navarre*.

À l'heure dite, le duc de Guise et quelques «icaires armés se cadient dans la diambre du roi et r<»*dre est envoyé au prince de se rendre seul auprès de lui. Il trouve un prétexte et s'excuse de manquer au rendez-vous. Quelques instants après, arrive un nouvel ordre plus formel. Il fallait obéir. Antoine se fait accompagner par le capitaine Ranty, lieutenant de sa compagnie, et par son valet de chambre, Gotin, ancien serviteur de Henri d'Âlbret, celui même qui avait annoncé le premier la naissance du fils de Jeanne d'Albret. En montant l'escalier de la chambre du roi, il rencontre un gentilhonmie, qui s'efiForce de l'arrêter :

< Sire, où allez-vous vous perdre? > Le prince se tourne vers Ranty et Cotin : c Je m'en vais au lieu où c Ton a conjuré ma mort ; mais jamais peau ne fut € vendue si chère que je leur vendray la mienne. S'il c plaist à Dieu, il me sauvera. Mais, je vous prie, par € la fidélité que j'ai toujours cognue en vous et vostre

< bonne nourriture, ensemble et l'amitié que je vous

< ay portée, de me faire ce dernier service que, si j'y € meurs, que vous recouvriez la chemise que j'ay c sur moy et la portez toute sanglante à ma femme et c à mon fils, et conjurez madicte femme, pour la

1. Sur l'influence de la dame de Montpensier dans ces événements, \oyez les sources citées par M. le comte Delaborde, Éléonore de Raye, p. 80, note.

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grande amour qu'elle m'a toujours portée, et par son devoir, puisque mon fils n'est encore eu aage de pouvoir venger ma mort, qu'elle envoyé ma dicte chemise, percée et sanglante, comme, si je meurs, elle fera, aux princes estrangers et chresliens pour venger ma mort si cruelle et traistresse ■ » Puis il entre courageusement dans la chambre du roi. Le cardinal de Lorraine ferme immédiatement la porte et François Il l'accueille par des accusations injurieuses. Il lui reproche ses négociations avec l'Espagne, ses intrigues à Amboise, à Paris, à Lyon, en Guyenne, l'appui qu'il prêtait à la réforme dans ses états de Béarn. Antoine répond avec modération. Plus le roi, répétant sa leçon, élève le ton de ses reproches, plus le prince garde de mesure dans sa défense. L'entretien finit ainsi, soit que François 11 ait manqué de résolution, soit que la prudencede son cousin ait désarmé sa colère. Le duc de Guise et le cardinal de Lorraine, retirés dans l'embrasure d'une fenêtre, cachaient mal leur dépit. En se retirant, ils prononcèrent tout haut ces paroles, qui s'adressaient au roi : * Voilà le plus poltron cueur < qui fut jamais ' . > Le lendemain, le roi de Navarre se plaignit à la reine re des tentatives criminelles dont il était l'objet depuis son arrivée à la cour. Catherine feignit d'ignorer les desseins des Guises et leur adressa secrètement des réprimandes. Le blâme touchait peu des ambitieux décidés à jouer une dernière partie ; mais Antoine se tenait sur ses gardes. Quelques serviteurs incorruptibles veillaient jour et nuit autour de lui. Pour se dis-

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