La Planche, édit. Mennechet, p
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se voua à Dieu, aux saints et aux saintes, spécadement à Notre-Dame de Gléry, diapdle de rOriéanais, célèbre par la dévotion de Louis XI. Sa voix, déjà gboée par rapproche de la mort, munnonit des menaces contre ses sujets calvinistes. Il ne demandait la vie qu*afin de c pui^ger a son royaume de rhérésie c et vouloit que Dieu le feist prompc tement mourir, si seulemeiA il espaignoit femme, c mère, frères, soeurs, parens, amis, qui en seraient c tant fust peu soupçonnés^. »
La situation désespérée du roi d^ouait toutes les combinaisons de la cour, toutes les alliances que les partis avaient formées et jetait les ambitieux dans rincertitude la plus cruelle, Fincertitude de Taveoir. Le roi de Navarre, bafoué la veille, apparaissait aux courtisans conune le soleil levant d*un nouveau r^ne. Les plus avisés cherdiaient à s*assurer sa fiiveur. Les transfuges des Bourbons regrettaient leur précipitation à s'attacher aux Guises. Les amis des Guises méditaient une c volte » opportune. Au milieu du désordre, Catherine démasqua son ambition. Les États allaient se réunir et pouvaient lui fournir un point d'appui. Mais, depuis Tavènement de la réforme, des idées, hostiles au pouvoir absolu, fermentaient dans toutes les classes, surtout dans le tiers état. Elle se croyait sûre d'obtenir la régence, mais avec quelles restrictions ? Elle entrevoyait vague-* ment un conseil, composé de c petits compagnons >,
i. La Planche, wlit. Mennechet, p. 334. — Les prières et les processions sont rappelées dans les lettres des ambassadeurs, et les derniers vœux du roi dans un extrait des registres du Parlement (f. fr., vol. 18534, f. 387).
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aux allures iDdépendantes, sévères sur l'emploi des deniers publics, toujours prêts à contrôler et à disputer sur la direction des affaires. Ce rôle de souveraine, réduite à la garde de ses enfants, ne convenait pas au génie de Catherine, génie patient mais impératif, ami de l'ombre et propre aux mystérieuses intrigues. Les Guises ^ connaissaient les dispositions des États et les firent valoir, pour donner du prix à leur alliance, auprès de la reine, devenue l'arbitre de leurs destinées. Même après la mort du roi, les Guises étaient les plus forts ; ils avaient une armée et le roi de Navarre n'avait que ses droits. Catherine jugea cependant qu'il était aussi périlleux de s'attacher aux Guises que de relever les Bourbons ; elle venait d'en faire l'épreuve *. Elle résolut donc de neutraliser les deux partis en les opposant l'un à l'autre. Catherine se flattait de dominer le prince, encore ému des dangers qu'il avait courus, mais elle n'était pas sans inquiétudes sur les retours de son ambition^.
1. De Thou raconte que les Guises, décidés à jouer le tout pour le tout, mais îi'osant agir sans Tavis de la reine mère, lui proposèrent de faire exécuter l'arrôt rendu contre Gondé et d'envoyer le roi de Navarre au supplice avec son frère. Catherine, fondant en larmes au milieu de ses femmes, consulta L'Hospital qui la dissuada de ce crime au nom de ses enfants (De Thou, liv. XXVI, 1740, t. II, p. 833). Nous n'osons nous porter garant de ce fait, dont il n'existe pas d'autre témoignage que celui de De Thou et peut-être de qpielques historiens protestants, bien que le secret dût être connu par tout le monde à la cour.
2. Ghantonay écrit, le 3 décembre, à Philippe n, que la reine mère voudrait réduire la puissance des Guises (Orig. espagnol ; Arch. nat., K. 1493, n* 113).
3. Voyez notamment sa lettre de fin novembre à la duchesse de Savoie (Lettres de Catherine de Médicis, t. I, p. 514).
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Pour l'épouvanter davantage, elle prit une altitude résulue et rt-péta en tant de lieux qu'elle était bien décidée ik prendre le pouvoir, même au prix de la vie de tous les siens, que le roi de Navarre en lut informé ' . Cette déclaration aggravait les dangers de M position ; la reine se prononçait contre lui. Il était seul au milieu d'une cour hostile, à ta veille de la réuiiioD d'une assemblée que l'ou ameutait contre IfS calvinistes. .' onné par la Ibrluoe,
dît La Planciie, il eût donné toutes les dignités du royaume pour être assuré di sauver sa tite. Sod découragement ne resta pas loi ijlemps secret. Lorsque Catherine le jugea assez aba lu, elle le tit appeler dans son cabinet, le 'i déceribre', par te dauphin d'Auvergne, fils aine de la duchesse de Montpensier. Il s'y rendit humblement, en accusé qui va entendre son dernier arrêt. Au moment d'entrer, une dame apostée à sa rencontre lui conseilla tout bas de ne rien refuser à la reine ; autrement il était mort^.
Le cardinal de Lorraine, le duc de Guise et quelques membres du conseil privé assistaient à l'entretien. Un secrétaire donna lecture d'anciennes ordonnances et cita des précédents historiques, qui attribuaient la régence à la reine mère^. Catherine
1. La reine mère avait chargé le c&rdinsl de Lorraine de communiquer ses prétentiong à l'ambassadeur d'Espagne (Lettre de Chantonay, du 3 décembre).
2. La dat« de cetl« conférence est précisée par Chantonay (Lettra k Philippe II, du 3 décembre; orig. espagnol, K. 1493, n" 113).
3. Cette dame devait être la duchesse de Montpensier. De Thon signale son activité négociatrice dans ces circonstances (Uv. XXVI, 1740, t. II, p. 832 et 634).
4. Chantonay dit qu'on donna lecture ite tat cotutitutionei tk
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prit ]a parole et reprocha au roi de Navarre les complots que les Bourbons avaient dirigés contre Tautorité royale. Les preuves, dit-elle, abondaient et les dénégations ne pouvaient prévaloir contre l'évidence. Elle avait désarmé la colère du roi par ses prières. Les Guises n'avaient point conseillé le procès de Gondé et étaient innocents des crimes que les courtisans leur imputaient. A ce début menaçant Catherine ajouta qu'elle ne voulait point user de rigueur, mais que Antoine était déchu de ses droits de premier prince du sang, qu'il devait renoncer à la régence, en cas de mort du roi, et s'engager à refuser toute délégation des États. Puis elle compara son fils, le duc d'Orléans, depuis Charles IX, à saint Louis, et elle-même à Blanche de Castille. Le roi de Navarre, rendu plus conciliant par la confidence qu'il avait reçue à la porte, répondit qu'il n'avait jamais conspiré, qu'il demandait un procès et des juges pour faire ressortir son innocence, qu'il était dégoûté des honneurs, qu'il renonçait volontiers à la régence, non par impuissance de l'exercer dignement, mais par goût de la retraite. Quant aux Guises, il leur pardonnait volontiers en faveur de leur innocence attestée par la reine. Catherine, satisfaite de le trouver d'aussi bonne composition, lui promit d'amples dédommagements ^
Francia (Lettre orig. du 3 décembre 1560 ; Arch. nat., K. 1493, n« 113).
• 1. Il fat notamment question du mariage de Marguerite de Valois avec Henri de Navarre et de introduction au conseil privé du duc de Nevers ou du duc de Montpensier (Lettre de Ghantonay, du 5 décembre 1560 ; Orig. espagnol ; K. 1493, n* 114). Voyez aussi la note suivante.
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n embrsKsa les Guises en signe de rL-concitlalioD, et dès œ jour \vs dieh Jos <icux maisons rivales se fireit nte comme d'anciens amis * .
Telle fut cette comédie, d'après le récit du rm de Navarre rapporté par La Planche. La reîne y moutra sa fltte&se italienne, Antoine sa simplicité. Dans cette scène s' tétaient joiit^B les destinées reli^eiises de U France. Le faux désintéressement du prince ruinait les espérances du parti calviniste et le condamnait à la révolte. Catherine .s'applaudit d'avoir achevé la négociation avant l'arrivée du connétable, dont la fermeté intraitahte eût pu inspirer plus de résolution au roi de Navarre-.
Cependant le connétable s'avançait à pas comptés. I>'Ëtnni[><'s il envoya en avant de lui un certain nombre de gens d'armes chargés d'occuper secrètement la ville et se remit en i-oute sans presser la marche. A clia<)ut> étape une foule de (^i.'iililsl;oinmos se joi^Tinit'iil à son cortège ou venaient prendre ses ordres. Bien- Ut la ville d'Orléans et les fauboui^ se remplirent de soldats conduits par des capitaines de son parti. Le bruit se répandit que le roi de Navarre, jetant bas le masque, n'attendait que les Montmorency pour tenter une révolution de palais. La reine mère prit l'alarroe,
1. Mlchieli, confirmant le récit de La Planche, cerliGe l'accord du roi de Navarre el den GuiacB à la date du 3 décembre (Lettre du 3 décembre ; Mbs., Dépêches vénit., filia 4, f. 203).
2. La Planche, édit. Mennechet, p. 335. — L'ambassadeur d'Espagne, dans sa lettre du 3 décembre, n'entre pas dane autant de détails, mais il confirme absolument tes points prÎDcipaui de notre récit (Orig. espagnol ; Arch. nat., K. H93, n* 1 13)- - Même récit dans sa lettre du 8 décembre & Philippe n (Orig. espagnol, ibid., n" 115).
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fit fermer les portes de la ville, doubla la garde du roi et fit resserrer la prison de Gondé * .
Le lundi SI décembre, seizième jour de la maladie, le roi passa plusieurs heures de la matinée en syncope. Vers le milieu de la journée il recouvra la parole, fut soulagé par une abondante évacuation des narines et de ta bouche, et prit un peu de nourriture sans avoir de nouveaux vomissements. Cette amélioration fut aussitôt connue à la cour et de nouvelles espérances, les dernières de toutes, agitèrent l'ambition des partisans des Guises^. Le lendemain, la reine ordonna de nouvelles prières ; les églises de la ville formèrent des processions, auxquelles prirent part c avec beaucoup de dévotion » les frères et la sœur du roi, ainsi que le roi de Navarre ^. L'ambassadeur d'Espagne demanda, par l'intermédiaire du cardinal de Tournon, à adresser ses félicitations à la reine mère, et se rendit au logis de Groslot. Il y trouva le cardinal de Lorraine, les larmes aux yeux, et apprit que l'état du roi s'était aggravé pendant la nuit et ne laissait plus aucune espérance. François II présentait déjà les signes de l'approche de la mort et le cardinal redoutait une issue fatale avant la fin du jour, c Sa c Majesté, écrivent les ambassadeurs vénitiens, labo-
1. Lettre de Ghantonay, du 3 décembre, à Philippe II (Arch. nat, K. 1493, n« 113).
2. Lettre de Ghantonay à Philippe II, du 3 décembre 1560 (Orig. espagnol; Arch. nat., K. 1493, n* 113). — Lettre de Michieli à la république de Venise, du 2 décembre (Mss., Dépêches vénit., ûlza 4, f. 202). — Lettre de Throckmorton, du 6 décembre (Calendars, 1560, p. 421).
3. Lettre de l'ambassadeur Michieli à la république de Venise, 3 décembre 1560 (Mss., Dépêches vénit. , filza 4, f. 202).
c rai in extremis et n'a de vie que pour peu c d'heures*. »
Le 4 décembre au soir, le roi prononça quelques piroles, pril un peu de nourriture et s'endormit'. Le prt'rsidenl La l'iace, peu suspect de partialité en faveur des (luises, pr^te au souverain agonisant cette dernière prière : * Seigneur, pardonne-nioy mes fautes € et ne m'impute point cellps que mes ministres ont € commises sous mon nom t autorité '. » Le jeudi, S décembre, dans ta matinée, il tomba dans un tel aSIaissemcnt qu'on U- mit mort. Cependant ît n'expira qu'à dix heures du soir'.
La reine mère et les Guises se réunirent en conseil au dievet de son lit. Les Loirains proposaient de tenir sa mort secrète pour leur donner le temps de se mettre ea sûreté, mais la reine obser\'a que trop de gens épiaient la dernière heure du roi ^ pour que le secret fatal pût être dissimulé.
1. Lettre de Michieli et de Suriano, du 3 décembre 1560 (M»., Dépêches véoit., fîlu 4, f. 202). — Dans une autre lettre du 6 décemhre, ils disent que la mort du rai était jugée certaioe depuis le 30 novembre (Ibid., f. 205).
2. Lettre de Cbantonay à Philippe II, du S décembre (Orig. espagnol : Arch. nat., K. 1493, n- 114).
3. La Place, Kstat de religion et république, édil. du Panth. lilt., p. 76. — Ce fait est confirmé par de Thon (liv. xivi, 1740, t II, p. 835).
4. La Planche dit que le roi expira à cinq tiearea du Boir, mais Chantonay fixe l'heure de sa mort a dix heures (Lettre du 8 décemhrd). II est confirmé par un eitraît des registres du Parlement (f. fr., vol. 18534, f. 387). — Throckmorton à onie heures (Calentian, 1560, p. 421 et 423). — Michieli dit un peu aninf minuit (Lettre du 6 déc. ; Mss., Dépêches vénit., Glza 4, f. 205).