‹ Antoine de Bourbon et Jeanne d'AlbretChapitre 127 sur 133 · La Planche, édit. Mennechet, p · texte numérisé non relu

La Planche, édit. Mennechet, p

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La chambre où reposait le corps du roi défunt resta bientôt déserte. La reine mère se tenait en permanence au sein du conseil privé, expédiait des messages et recevait des condoléances. Les Guises, suivant La Planche, s'étaient barricadés dans leur logis avec leurs partisans les plus compromis. D'après De Thou, au contraire, ils se mêlaient à la foule des courtisans autour du roi de Navarre. Une seule personne, bien adulée la veille et déjà importune, Marie Stuart, gardait la chambre mortuaire S sondant peut-être du regard les difficultés qui l'attendaient dans cet autre royaume dont elle était la reine et regrettant la France, son ciel si doux, la cour galante et lettrée des Valois, qu'elle allait échanger pour l'Ecosse, un climat brumeux, et le commerce plein d'aigreur des lairds presbytériens^.

Le 8 décembre, le cœur du roi, enseveli dans un vase de plomb, recouvert d'un drap noir, fut porté à la cathédrale Sainte-Croix par le prince de La Rochesur^ Yon. La cérémonie fut célébrée aux flambeaux avec une grande pompe. La Roche-sur-Yon marchait sous un dais de brocart tenu par les quatre maréchaux, Saint-André, Brissac, François de Montmorency et par un seigneur qui remplaçait de Thermes . Il était escorté des chevaliers présents à Orléans, ornés du collier de l'ordre, et de tous les officiers de la

1. Sur rétat de Marie Stuart, voyez la lettre de Throckmorton, du 6 décembre (Calendars, 1560, p. 321).

2. Michieli, dans sa lettre du 8 décembre, fait valoir ces considérations en faveur de la reginetta (Mss., Dépêches vénit., filza 4, f. 207).

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maison royale ^ Les fiiDéraOles finrent igonote par mesure d'économie*. La reiiie mère avait déàài que les restes du priiioe seraieiit déposés dans les caveaux de T^^lise de Notre-Dame-des-Chanqis p» le marédial Saint-André, mais, le SS déœmbie, 3s furent apportés à Saint-Drais en attendant le jour des obsèques. La conduite du corps, qui aurait ibroé les seigneurs à quitter le théâtre de lean intrigues, fiit abandonnée à des subalternes : Louis Guillart, évéqne de Senlis, prélat aveugle, accompagné seulement de quarante cavaliers, de six gentilshommes de la diambre et de trois dievaliers, dont Jean Prévôt de Sansac et Jacques de la Brosse, andens gouverneurs du jeune roi. L'ingratitude des courtisans cBre un spectacle qui se renouvelle à diaque changement de règne, mais qui ne parut jamftis aussi dégradant pour Tesprit des cours. Aucun seigneur ne se joignit au cortège, pas même les princes de Lorraine, que François n avait aimésjusqu'à compromettre sa couronne. On remarqua surtout Tabsence du duc de Guise, à qui ses fonctions de grand maître imposaient la présidence de la cérémonie funèbre. A Saint-Denis, les funérailles furent

i. Lettre de Chaatonay à Philippe II, du 9 décembre 1560 (Orig. cs()agnol; Arch. nat., K. 1493, n* 116). Tous les histoiiens du temps ont dit, à tort, que la cérémonie avait été célébrée sans pompe. Throckmorton confirme Ghantonay (Calendars, 1560,

2. Les funérailles de Henri II, jointes à quelques autres dépenses, avaient coûté onze millions de francs (Lettre orig. de Ghanu>nay, du 31 août 1560; Arch. nat., K. 1493, n* 76). — — Michieli nous apprend que la reine mère voulut économiser sur les frais (Lettre du 8 décembre 1560 ; Mss., Dépèches vénit., (ilza 4, f. 207).

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célébrées avec une simplicité parcimonieuse. La reine mère avait supprimé les donations d'habits de deuil et le service de vivres, qui étaient de tradition à la cour ^ • Le bruit se répandit même en Espagne que François II avait été enterré à la lueur c d'une petite € bougie*. > Un simple drap noir couvrait le cercueil. Cependant tes favoris, enrichis par le roi défunt, étalaient des richesses qui avaient appauvri le trésor royal. Le lendemain des obsèques, on trouva sur le drap noir un pasquil qui portait ces mots : c Où est c messire Tanneguy Duchatel? Mais il estoit franc çois. > Allusion aux immenses trésors que Tanneguy Duchatel, favori de Charles YII, avait dépensés aux ftmérailles de son maître et à l'origine étrangère de la maison de Guise ^.

Un an aprés, la reine mère reconnut combien cet oubli de l'étiquette royale, injure gratuite, appliquée au plus inofifensif des souverains, nuisait au prestige de la monarchie. Le 29 novembre 1561, Charles IX, par une circulaire adressée aux cours souveraines, fixa les obsèques de François II au bout de l'an, au 5 décembre 1 561 , c pour ce que, lorsqu'il a pieu à

1. Lettre de Ghantonay à Philippe U, du 24 décembre 1560 (Orig. espagnol; Arch. nat., K. 1494, n» 11). — Cependant Michieli dit que le service des vivres se lit régulièrement, mais avec moins de profusion qu'après la mort de Henri II (Lettre du 8 décembre; Mss., Dépêches vénit., fiiza 4, f. 207). — Sur les cérémonies des obsèques des rois, voyez le Mariage de Jeanne d^Albret, p. 235.

2. Lettre de la dame de Glermont (Négociations sous François II,

3. Lettre de Ghantonay à Philippe II, du 24 décembre 1560 (Orig. espagnol ; Arch. nat., K. 1494, n* 11). — De Thou, liv. XXVI, 1740, t. II, p. 837.

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• Dieu appeler à sa part le (eu Roy François, QostR

< très dier seigneur et trère, que Dieu absolve, nous

< n'fiisnie* loisir, dit le roi, pour la multitude et « inipnrtant^ de» aflaires qui lors s'otTroient, comme

• cliacun sçait, de satisfaire aux choses qui ont accous*

< luimH--» d'<^trc observées en semblable cas'. »

ï>e 5 décenibi-e , le Parlement et la maison du roi assistèrent aux vêpres d*^ morts à Saint-Denis. Au milieu du cliœtir, sous une chapelle ardente tendue de velours noir frangé d'or, s'élevait un torabeau recouvert de drap d'or. Henri de Bourbon-Moalpensior, comte dauphin d'Auvergne, le prince de La Roche-su r-Yon, le connétable, six chevaliers de Tordre, les cardinaux d'Armagnac et de Cbaslillon, plusieurs évé<|ues et les ambassadeurs étrangers assistaient à la cérémonie. Jérôme de La Rovere, évéque de Toulon, qui s'était rendu célèbre à la cour par l'oraison funèbre de Henri 11, prononça celle de François IP. Le lendemain, l'évèque de Bayeux célébra une messe solennelle eu présence des mêmes seigneurs. Au dernier évangile un des hérauts de la cour cria à haute voix un éloge du roi défunt, dernier jugement de l'histoire sur ce prince, que le narrateur du Parlement commente en termes naïfs '.

i. Lettre du roi et recueil de pièces (Copies, t. fr., vol. 18534, f. 387 V).

2. L'or&ison funèbre de Henri II a été impriroèo par Henri Estienae et réimprimée dans le tome HJ des Arehivei curievm pour servir à l'histoire de France. L'oraison funèbre de François II n'a pas été publiée.

3. Extraie des registres du Parlement (f. fr., vol. 18534, f. 3S7 V). Copie du temps.

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Priés Dieu pour l'àme de très hault, très puissant et très magnanime prince, François second de ce nom, roy de France, espérance de vertu, qui est tiitre à luy très convenable. Car, lorsqu'il décéda ce jour et an, sur les dix heures du soir, en la ville d'Orléans, il n'avoit que seize ans, dix mois, seize jours et avoit régné seize mois, vingt-six jours, en peu de repos, pour les troubles que aucuns, soubz prétexte de nouvelle opinion, mesprisans sa jeunesse, avoient faict en plusieurs endroits de son royaume.

Estoit prince en ses jeunes ans autant bien conditionné qu'il en Alt oncques, de peu de paroles, plein de majesté, zélateur de la vraie religion. Tel se déclara toujours ; mesme, auparavant que rendre Pesprit à Dieu, prononça qu'il vouloit mourir fils de Tesglise et ennemy des hérétiques, lesquels vulgairement estoient appelés huguenots.

Le roi son père l'avoit marié à la royne d'Escosse, princesse remplie par dessus toutes celles de nos jours des beautés d'esprit et de corps, avec laquelle il n'avoit que une chambre pour le coucher, quand ils entroient au mesme lieu, contre la coustume des roys.

En luy estoit la vieillesse, dont parle la Sapience, chap. iv, n'estant comptée par nombre d'années mais par bonnes mœurs.

Nos péch4 le nous ont osté. Amandons-nous et supplions le créateur nous conserver le roy Charles neuviesme, son frère, à présent régnant, luy donner et à la royne sa mère la grâce qu'il fit au roy Philippe Auguste, n'ayant que quinze ans et la royne cinquante-neuf, sa mère, qui chassèrent les hérétiques nommés popelicains, le roy saint Louis, aagé de quatorze ans, et la royne Blanche, sa mère, qui du tout extirpèrent les Albigeois et restituèrent l'union de l'esglise.

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