‹ Antoine de Bourbon et Jeanne d'AlbretChapitre 14 sur 133 · Voyez le Mariage de Jeanne d'Albret, p · texte numérisé non relu

Voyez le Mariage de Jeanne d'Albret, p

3. Commentaires et lettres de Biaise de Monluc, édit. de la Société de THist. de France, t. IV, p. 107.

4. Les Mémoires du cardinal Prosper de Sainte-Croix sont inédits, au moins dans leur forme originale, dans la version française. Ils ont été publiés en latin dans le t. V de la Collectio veterum scriptorum et monumentorum, col. 1428 et suiv. On trouve une copie du xvn* siècle de la version française dans le vol. 3146 du fonds français (f. 37 et suiv.). C'est d'après cette copie que nous publions l'extrait suivant.

Antoine de Bourbon tenoit le premier rang en France 9pm le roy, d'aultant quMl estoit de la femille des Bourbons, et, le roy venant à mourir sans enfkns, la couronne luy appartenoit selon les anciennes coustumes de la France. U avoit deux frères, lesquels non plus que luy n'avoient pas suffisance de moyens pour soustenir Téclat de leurs fkmilles et foire paroistre leur noblesse. C'est pourquoy, voyant que les Montmorency et tes Guisars estoient si fovorisés du roy et quMls alloient croissans de jour en jour en honneur et richesses, et que, pour luy et tes siens, au lieu d'estre honnorés des charges sortables à leur naissance, ils demeuroient avec mépris sans aucun employ, U crevoitde despit. El, pour se venger d*un tel aCHront, tantost il aocusoit Montmorency comme un traistre et perfide, qui avoit autrefois conseillé à François P' de donner passage par son royaume à l'empereur Charles-Quint pour aller en Flandres, dans un temps où les querelles qui estoient entre luy et la France n'estoient pas entièrement assoupies; etac^oustoit que le roy s'estoit depuis fort mal trouvé de cette persuasion. Tàntost Q appeloit les Guisars des jeunes gens sans expérience et les mesprisoil comme estrangers, qui estoient venus de Lorraine en France; encore qu'il y eust une estroitte alliance entre loir fomillo et la sienne, veu qu'ilz estoient descendus de deux sœurs. Tant s'en fault toutesfois que ce lien de consanguinité appaisast la hayne qui couvoit dans son cœur, qu'au contraire il l'allumoit davantage, parce qu'en effet nous voyons communément que les inimitiés sont plus ordinaires dans les maisons qui sont alliées, et que le monde est de tel humeur qu'il soufiBre plus facilement qu'un estranger lui soit préféré que son proche parent. Et partant les Bourbons, voyans les Guisars eslevés audessus d'eux, se retyroient de la cour, et, par un esloignement presque continuel, tesmoignoient le ressentiment qu'ils avoient d'estre traités de la sorte. Tant le premier, lequel, comme j'ay dict, estoit le roy de Navarre, que le second, qui estoit cardinal, et le troisième, le prince de Condé, lequel s'appeloit l'home. Ds n'osoient rien remuer n'ayant pas les forces en main, ny choquer la puissance des aultres, qui estoient en la faveur du prince. Les plaintes, qui sont les fidèles compagnes des malheureux, soulageoient leurs peines, et l'espérance de quelque changement adoucissoit leurs disgrâces.

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La nouvelle du voyage du roi de Navarre à Paris, certifiée par Biaise de Monluc et par les autres correspondants des Guises, retentit à la cour comme un tocsin d'alarme. Le duc de Guise, cédant à l'affolement général, prit des mesures de défense comme à l'approche d'une invasion. Il mit la garde du roi sur le pied de guerre et fit cacher 2,000 corselets dans les salles de l'ancien hôtel de Bourbon, situé entre SaintrGermain-l'Âuxerrois et la tour du Louvre ^ Mais le roi ne se sentit pas en sûreté dans sa capitale ; il se réfiigia précipitamment à Saint-Germain, château fort et bien fermé ^.

L'arrivée d'Antoine à la cour pouvant devenir l'occasion d'une prise d'armes générale, François II avait signé , le 23 juillet, un édit qui défendait le port des armes à feu et révoquait toutes les autorisations du feu roi. Ces prohibitions, souvent renouvelées par François V et par Henri II, n'avaient jamais été obéies. L'ordonnance du 23 juillet 1 559, qui ne devait pas l'être davantage, se distinguait des précédentes par une sévérité excessive. La défense s'appliquait à toutes personnes, < encore € qu'ils soient gentilshommes de nostre maison , dit

1. Lettre de Throckmorton à la reine Elisabeth, du 8 août {Calendars, 1558, p. 456).

2. Suivant une médisance de La Planche, la retraite de la cour à Saint-Germain aurait été motivée par une autre raison que rintérét du roi. Le cardinal de Lorraine, sortant de grand matin de la maison d'une courtisane célèbre, appelée la belle Romaine, fut f maltraité par certains ruffians qui cherchent volontiers les c chappes cheutes à Tentour de telles proyes. De quoy estonnée,

< Sa Sainteté, se persuadant et donnant à entendre que les héré-

< tiques luy dressoient des embûches, trayna la cour à Saintf Germain > (La Planche, Estât de France sous François II, p. 209).

€ l'édit» gens de nos ordonnances, clievau4égers, nos € officiers domestiques, archers de nos gardes. > Tout porteur de pistolet ou d'arquebuses était condamné, pour la première fois, à la confiscation de ses armes et à une amende de 500 écus d'or, ou, en cas de non paiement de Tamende, aux galères, et, pour la seconde fois, à € estre pendus et estranglés^. > On parla même d'interdire l'usage des manteaux longs et des chausses larges, sous lesquelles les conspirateurs pouvaient cacher < dagues, pistoles et poignards. > Le génie italien de la reine mère lui suggéra d'autres moyens de défense. < Elle avoit praticqué tellement

< ses plus favoris (du roi de Navarre), surtout d'Escars € et Tévêque de Mende, que rien ne se pouvoit bastir € en son conseil dont elle ne fust advertie mieux et

< devant que luy-mesme^. > De concert avec la reine, les Guises chargèrent les deux traîtres de retarder leur maître en Béarn et leur promirent en récompense, au prélat, la charge de conseiller du roi, à d'Escars, le collier de l'ordre de Saint-Michel et une compagnie de cinquante honmies d'armes ; faveurs qu'ils pouvaient accepter, conune serviteurs d'un prince français, sans exciter de soupçons^.

Le roi de Navarre était décidé à tenter la fortune. Il partit vers le 22 juillet avec une suite de gentils-

!. Cet édit est publié dans le recueil de lois dlsambert (t. XXV,

2. La Planche, Estât de France sous François II, coll. du Panih, litt., p. 204, 212 et suiv. — Bordenave {Histoire de Béarn et Navarre, p. 74) confirme le fait.

3. Vers cette époque, le protonotaire Charles d'Escars, frère du s. d'Ëscars, reçut la survivance de Févôché de Poitiers (Nouvelles de la cour, f. fr., vol. 20624, f. 54).

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hommes. Ses deux conseillers raccompagnaient. Peu à peu, pendant le voyage, ils parlèrent de précautions à prendre, de ménagements à garder, rappelèrent l'exemple du connétable de Bourbon et la réputation suspecte qu'il avait laissée à ses neveux ; ils représentèrent au prince le redoutable Philippe II prêt à fondre sur la Navarre au premier signal des Guises ; ils lui conseillèrent de temporiser, d'entretenir la confiance des religionnaires sans s'engager avec eux, de renoncer à son cortège armé et de ne rien tenter contre les favoris du roi^ Ces conseils, quoique intéressés, ne manquaient pas de justesse. En ce moment, Philippe II exhortait la reine mère à introduire l'inquisition en France^ ; il ne dissimulait pas son éloignement pour la religion nouvelle et se préparait à passer de Flandre en Espagne^.

Antoine indécis, prêtant tour à tour l'oreille aux bruits de la cour, aux conseils de ses favoris infidèles, aux exhortations des réformés, s'acheminait lentement vers SaintrGermain. A Poitiers, plusieurs seigneurs se joignirent à lui, entre autres le prince de la Roche-sur- Yon. Les prêcheurs des villes de Paris, d'Orléans et de Tours accoururent à sa rencontre. Ils ne lui demandaient pas moins que de faire quitter < l'idolâtrie » au roi et à toute la cour. Les mécontents, le prince de

1. Bordenave, Histoire de Béam et Navarre, p. 74. — Recueil des choses mémorables avenues en France... de 1547 à 1589, in-8', 1595, p. 33.

2. Lettre de Ghantonay à Philippe II, du 16 août 1559 (Orig. wp., Arch. nat., K. 1492, n* 66). — Lettre du même au môme, du 2 décembre (Orig. esp., Arch. nat., K. 1492, n« 82).

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