Bordenave, Histoire de Béarn et Navarre, p
2. lettre de Chantonay à Philippe II, du 22 août 1559 (Orig. «p.; Arch. nat., K. 1492, n* 67).
3. Tel est le jugement de tous les historiens. Voyez particulièrement Bordenave, p. 72 et suiv. M. le comte Delaborde a
jour de sa marche \ se divisèrent les soins de la défense. Le duc, à Tapproche de Fennemi, c commença à caresc ser et appeler les gens de service et leur promettre < de grands biens pour tenir son parti. > Il se multipliait auprès des capitaines et satisfidsait avec des promesses ceux auxquels il refusait de Temploi. Le cardinal circonvenait le roi au moyen de ses créatures. Favoris et ministres épouvantaient le faible monarque de Tambition prétendue d'Antoine et de Condé, et comparaient les Bourbons aux maires du palais. Le roi étant c de petite complexion, sans aucuns en&ns € et ses frères pupils > , ils accusaient les conjurés de chercher par c meschancetez, comme poison, emb<^ c ches, à s'abréger un chemin à la couronne. >
En touchant au but de son voyage, Antoine sentait redoubler ses perplexités. Dans son empressement, il était parti sans informer le roi de sa visite, grave manquement à l'étiquette. Les seigneurs, qui venaient au-devant de lui, parlaient des mauvaises dispositions du roi. Le prince étalait devant les nouveaux venus des protestations de fidélité qui ne trompaient personne, et faisait publier dans les villes de son passage € qu'il venoit faire la révérence au roy et € assister au sacre et couronnement de S. M., comme
reproduit dans la Vie de Coligny, t. I, p. 393, une importante lettre de Morel, ministre protestant, envoyé de Paris à Vendôme pour assister à la conférence des princes.
i . Nous suivons, dans le récit du voyage du roi de Navarre à Saint-Germain, V Estât de France sous François II de Régnier de la Planche (édit. du Panth, litt., p. 212 et suiv.). Cet historien, organe en titre de la maison de Montmorency, donne plus de détails qu'aucun autre et n'est jamais en désaccord avec les documents originaux, sauf sur un point que nous signalerons plus loin.
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c il y estoit obligé par toute sorte de devoir. > Son maréchal-des-logis, en arrivant à Saint-Germain, ne trouva que des logements insuffisants pour le prince et sa suite. Ses fourriers se montrèrent assez € fâcheux » et le maréchal-des-logis fît des remontrances au duc de Guise. Un seul appartement lui paraissait digne du rang de son maître; c'était celui du favori. Guise renvoya avec hauteur Tindiscret officier, et dit < qu'il luy c cousteroitla vie et de 10,000 hommes avec, avant < qu'on luy ostat le lieu et le logis que le roy luy c avoit baillé près de sa personne. > Les serviteurs éconduits retournèrent au-devant d'Antoine. Il montra c quelque mécontentement », mais poursuivit sa route. Il était d'usage, lorsque le roi voulait fêter la bienvenue d'un personnage considérable, que la cour allât à sa rencontre. Souvent les dames, le souverain luimême se joignaient au cortège. Telle courtoisie ne se refusait jamais aux princes du sang. Rien de pareil n'attendait le roi de Navarre ^ Il entra à Saint-Germain en petit équipage', comme un simple gentilhomme,
1. Ici Régnier de la Planche est en désaccord avec les ambassadeurs vénitiens, Gapello et Michieli (Bibl. nat., Mss., Lettres des ambassadeurs vénitiens à la république de Venise, filza 3, f. 222). Ils disent que la cour et le roi en personne allèrent audevant du roi de Navarre, que les Guises l'accueillirent avec beaucoup de respect, etc. Malgré cette divergence, nous adoptons le récit de Régnier de la Planche parce qu'il est confirmé par tous les chroniqueurs du temps et par toutes les correspondances, unanimes à signaler, avec plus ou moins de détails, la froideur de Taccueil qui fut réservé au roi de Navarre ; eniin parce que les ambassadeurs vénitiens écrivaient de Paris et probablement d'après des on-dit.
2. Lettre de Tomabuoni, Négoc. diplom, avec la Toscane, t. III, p. 404.
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le 18 août, un vendredi S jour de funeste présage. Le roi était parti le matin pour la chasse et avait dioîsi un quartier de la forêt éloigné de la route du roi de Navarre. Les coffres du prince, apportés la veille et déposés à terre, encombraient encore la porte du château. Aucun serviteur n'avait reçu Tordre de disposer son logis.
À peine descendu de dieval, Antoine, surmontanl son émotion, se rendit dans la chambre de la reine mère. Il y trouva le cardinal de Lorraine, € lequel ne
< s'esmeut ni avança d'un seul pas pour luy aller au € devant. > L'orgueilleux prélat souffrit les avances du prince; € encores le reçeut-il assez estrangec ment. > Cependant le bruit des fanfares annonça la rentrée du roi. Antoine se présenta pour faire la révérence ; les Guises € tindrent bonne mine. > Aucun d'eux ne s'approcha de lui. Antoine, sans se déconcerter, les alla € embrasser. >
Cet accueil glacial des Guises, cette ostentation de courtoisie du prince surprirent les courtisans. Les gentilshommes de sa suite l'imputèrent < à faute de
< cueur. > Plusieurs, indignés de sa faiblesse, se retirèrent à Paris. D'ailleurs aucun logis ne leur avait ét^ réservé à Saint-Germain. D'autres soupçonnaient Antoine de déguiser ses dispositions c selon la coustumc
< des courtisans qui reculent pour mieux sauter, i Cependant le premier prince du sang n'avait pas
: 1. Lettre des ambassadeurs vénitiens Gapello et Michieli à 11
< république de Venise (Bibl. nat., Mss., Dépêches des ambassadeun
• vénitiens, fiiza 3, f. 222). — La lettre de Ghantonay à Philippe n<
du 22 août 1559, porte que Vendôme est arrivé depuis trois joun à Saint-Germain (Arch. nat., K. 1492, n* 67).
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encore de chambre. Ses officiers le lui observèrent en présence du roi. François II garda le silence. Le maréchal de Saini-Ândré, dans un premier mouvement, offrit la sienne, et le prince l'accepta, au grand dépit du maréchal et des Guises.
Le lendemain, à Theure du conseil, il attendit en vain la convocation du roi. Tandis que la journée s'écoulait en futiles projets, Jarnac et les gentilshommes béarnais s'efforçaient < d'esguillonner > Famour-propre de leur souverain. Ils lui représen* taient l'objet de son voyage, les mâles encouragements de Jeanne, les serments échangés à Vendôme, la puissance de ses rivaux accrue par sa longanimité, le dédain que sa faiblesse inspirerait aux ambassadeurs étrangers. Il eût mieux valu demeurer en Béarn où son éloignement le rendait toujours redoutable. Antoine paraissait aussi insensible aux outrages des Guises qu'aux reproches de ses compagnons d'armes. Il promettait d'agir, de voir le roi, de parler à la reine ; mais, au moment de sortir de sa chambre, d'Escars et l'évéque de Mende, vendus aux Guises, l'arrêtaient < tout court > par des représentations nouvelles; de sorte qu'il se montrait d'autant plus timide qu'on l'humiliait davantage. Après deux jours d'attente, le roi daigna lui parler en particulier ; il lui dit qu'il avait confié le gouvernement du royaume à ses oncles et qu'il demandait à chacun de ses sujets de leur obéir comme à Iui«même. Antoine perdit cette occasion d'exposer ses droits et répondit seulement qu'il se féliciterait de voir les affaires de France bien conduites. Le roi parla de la nouvelle religion conmie de son plus grand souci et le prince protesta de son
orthodoxie. Le roi accueillit ce désaveu avec un commentaire menaçant : c Qu'il avoit à plaisir d*eD-
< tendre le bon vouloir qu'il (le roi de Navarre) avoit c et notamment en ce qui touchoit la religion ; car
< quant, à l'un ou en l'autre, il vouldroit tenir autre c chemin, S. M. ne le souffriroit pas ^ >
Antoine ne réussit pas mieux auprès de la reine mère. Elle combla le prince de démonstrations d'amitié, mais lui conseilla de renoncer à ses desseins, de crainte t d'aigrir l'esprit du roy*. » L'habile princesse connaissait trop bien les intrigues de la cour pour hésiter entre les Bourbons et les Guises et redoutait une guerre civile qui pouvait précipiter du trône la dynastie des Valois.
Le récit de cette double conférence se répandit à la cour. Chacun jugea dès lors que le roi de Navarre n'oserait rien entreprendre. Parmi les gentilshoDunes compromis à Vendôme, les uns, songeant à leur sûreté, se retirèrent à Paris. D'autres, Jarnac en tête, passèrent à l'ennemi. La cour vit avec surprise, dans les rangs des courtisans des Guises, ce transfuge, que des liens de parenté et une longue suite de services liaient à la maison d'Albret. Jarnac, < homme fort advisé, > s'excusait sur la faiblesse de son maître qui n'offrait aucune garantie à ses serviteurs. L'infortuné Bourbon cherchait à prévenir ces défections en assurant à ses amis qu'il attendait le connétable et l'amiral. Les jours s'écoulèrent. L'amiral et le connétable, informés de la
1. Lettre de Ghaatonay à Philippe U, du 22 août 1559 (Orig. espagnol ; Arch. nat., K. 1492, n* 67).
2. Davila, Histoire des guerres civiles, in-fol., t. I, p. 31.
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mollesse d'Antoine et des humiliations qu'il avait dévorées en silence, n'osèrent affronter le ressentiment des Guises avec un tel allié. Le dépit des églises calvinistes s'accnit de leurs illusions perdues. François Hotman, indigné, écrit le % septembre à BuUinger :
< Le Navarrais a misérablement trompé toutes nos € espérances. Si tu savais avec quelles instances il a
< été pressé, quelles conditions on lui a offertes, quels
< subsides on lui a promis, avec quelle inertie il a € tout méprisé, tu t'en étonnerois beaucoup ^ . »
L'inaction du roi de Navarre était plus excusable que ne le pensaient les ardents du parti. Les Guises formaient avec Marie Stuart, leur nièce, et avec Catherine de Médicis, leur protectrice de la dernière heure, un faisceau inattaquable. Antoine lui-même n'ignorait pas l'insuffisance de ses efforts contre cette coalition. Aussi son ambition s'attachait bien plus au recouvrement de la Navarre qu'aux charges du gouvernement. Son plus ardent désir était d'être reçu à la cour, aux yeux des représentants du roi d'Espagne, comme un puissant prince, arbitre de la politique de la France. Au moment de son départ de Nérac, il avait laissé transpirer son secret^. Les Guises avaient d'abord résolu de le satisfaire en lui rendant de grands honneurs. Le duc de Guise et le cardinal de Lorraine
1. c Omnium mortalium spem Navarrus miserrime fefellit. Si « scires quam acriter sit admonitus, quœ conditiones illi oblat» a sint, quanta subsidia delata, quanta tamen inertia omnia desc pexerit, vehementer mirareris. » (Hotman, Opéra, lettre datée du 2 sept. 1559 et adressée à HoUînger.)
2. Lettre de Biaise de Moniuc au duc de Guise, du 22 juillet 1559 (Commentaires et lettres de Biaise de Monltui, t. IV, p. 108).
devaient monter à cheval et se porter au-devant de lui avec toute la cour ^ . Mais le récit de la conférence de Vendôme avait changé leurs projets, et tout un plan d'humiliations de détail avait été substitué à Taccudl triomphant arrêté d'avance. Trois jours se passèrent sans que l'ambassadeur, Perrenot de Ghantonay, témoin de l'indifférence du roi et des Guises, demandât à saluer le prince. Le lundi, SI août, le cardinal de Lorraine dit à l'ambassadeur d'un ton de triomphe que < les choses estoient plus paisibles que beaucoup
< n'eussent pensé, car ceux qui prétendoient au gouc vemement s'estoient désisté. » Alors seulement Ghantonay demanda à être reçu par le roi de Navarre* Antoine se préparait à rendre ses devoirs au roi défunt. Ses équipages et sa maison l'attendaient à Saint-Denis depuis deux jours. Au moment où le cardinal le prévint de la visite de Ghantonay, il dînait avec le roi . L'ambassadeur s'excusa en entrant de ne pas avoir de letti*e de Philippe II à son adresse, le roi d'Espagne ignorant sa présence à la cour, mais il se porta garant < de la bonne volonté de son maître et de
< tous ceux de sa maison, telle qu'il avoit toujours
< entendu, etc. » Antoine répondit par des protestations non moins expressives. On parla de l'extinction de l'hérésie. Le prince < plaignit le trouble de la relî-
< gion tel que l'on le voit aujourd'hui. > Ghantonay « luy dit l'espoir qu'il y avoit du remède, ayant le
< roy d'Espagne et le roy de France ceste affaire fort
< à cœur. » Gc qu'il approuva '^. Telle fut la conclu-
i. Lettre de Throckmorton du 8 août (Calendars, 1559, p. 456). 2. Lettre de Ghantonay à Philippe II, du 22 août 1559 (Orig. espagnol ; Arch. nat., K. 1492, n» 67).
sion de l'entrevue, sur laquelle Antoine avait fondé des espérances; elle n'eut d'autre effet que de lui fiure renier pour la seconde fois la mission des églises protestantes.
Le roi de Navarre cherchait alors son point d'appui en Angleterre. Elisabeth avait non pas accepté, mais subi de force le traité de Gateau-Cambrésis. La reprise de Calais était son rêve, le mobile de sa politique, la raison d'être de toutes ses alliances. Antoine n'était pas moins avide de secours. Il pouvait servir la politique anglaise et l'Angleterre pouvait l'aider dans ses revendications. L'accord entre ces deux puissances naissait pour ainsi dire de leur situation. Le plus difficile était de cadier les pourparlers aux Guises. Le jour même de la visite de l'ambassadeur d'Espagne, Antoine partit pour Saint-Denis. Après avoir employé la journée du lendemain en prières, au pied du tombeau de Henri II, il écrivit à sa sœur, la duchesse de Nevers, une lettre empreinte d'un profond découragement^ et renvoya tous ses gens. A onze heures du soir, un secrétaire introduisit en secret le représentant de la reine d'Angleterre, Nicolas Throckmorton. L'entrevue fut très cordiale et Antoine s'y posa en défenseur de € la vraie religion ». Les deux négociateurs s'accordèrent sur les bases d'un traité d'alliance que Throckmorton résume en ces termes : « Puisque rien ne tend € plus à maintenir une bonne entente entre les princes c que leur union pour la préservation de la religion, c la reine, sa maîtresse, se joindra volontiers au roi € de Navarre dans un concert qui aurait cette cause
i. Lettre originale du 22 août 1559 ; f. fr., vol. 3136, f. 80.
c pour objets > Anloine pressa rambassadeur de passer le reste de la nuit à Saint-Denis ou d'accepter une escorte pour se retirera Paris, mais Throdunortou refusa, de crainte d'attirer Tattention des Guises. Le lendemain, le prince lui fit demander une seconde conférence au cloitre des Augustins, à huit heures. L*ambassadeur déguisé arriva avec un laquais et un page. Antoine l'interrogea sur le futur mariage de la reine éi lui demanda si elle était encore libre de tout engagement. Sur sa réponse affirmative, il lui conseilla de repousser les princes de la maison d'Autriche, papistes endurcis, et laissa entendre qu'il proposerait un candidat digne d'Elisabeth. Il fut décidé que la reine d'Angleterre et que le roi de Navarre ne s'écriraient jamais que de leur propre main et que l'envoi de leurs messages serait entouré du plus profond mystère. Antoine et Throckmorton se séparèrent en se prom^ tant de nouvelles entrevues^.
Antoine quitta Paris le Si août, peut-être pour ne pas se compromettre avec le synode du lendemain'. Le S5 , de Villers-Gotterets , il écrivit à la reine Elisabeth une lettre d'amitié qui confirmait ses déclarations à Throckmorton^. Au commencement de septembre, il visita ses terres du Soissonnais et revint à la cour un
1. CaUndars of state papers, foreign séries^ règne d'Elisabeth, t. I, p. 491.
2. Lettre de Throckmorton à la reine, du 25 août 1559 (Forbes, t. I, p. 212).
3. Une copie des actes de ce synode, en 4i articles, est conservée dans le f. fr., vol. 1926, f. 37.
4. Calendars of state papers, foreign séries, règne d'Elisabeth, t. I, p. 500.
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peu avant le sacre du roi^. Condé accompagnait son firère en attendant mieux . La Roche-sur- Yon , fatigué < des beaux jeux qui se jouoient à Viile-Gotterets, à € vue d'oiseau » (c'est ainsi qu'il qualifie les intrigues des Guises), se disposait à se retirer dans son gouvernement^. Le connétable se recueillait dans sa retraite de Chantilly^. La disgrâce des princes du sang et des Montmorency était complète, la victoire des Guises affermie. Mais leur triomphe n'apaisait pas les rancunes. François Le Roy de Gbavigny, gentilhomme étranger à la politique, écrit à mots couverts au maréchal de Brissac, en Italie, le 20 septembre : c Le capitaine Sigongne^, qui s'en va devers vous, c vous scaura fort bien rendre compte des nouvelles c de ceste court et comme beaucoup de choses s'y c passent. Depuis ce nouveau règne, il s'y trouve des c changements, dont les uns sont bien contans, les € autres non^. >
Il ne restait aux Guises qu'à faire sacrer le roi pour € rendre plus respectable et plus auguste la personne € d'un souverain soumis à leurs volontés^. > La cérémonie avait été fixée au milieu de septembre.
1. Négociations sous François II, p. 107 et 108. Une lettre de ThrockmortOD, du 10 septembre, constate la situation humiliée du roi de Navarre à la cour.