‹ Antoine de Bourbon et Jeanne d'AlbretChapitre 25 sur 133 · Davila, Histoire des guerres civiles, t. I, p · texte numérisé non relu

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faiblesse et de son abaissement, était venue à la Flèche avec son fils. Le 15 octobre, il alla la rejoindre et lui confier ses espérances ^ Pendant son absence, la cour reçut d'Espagne un avis qui faisait espérer que Philippe II s'avancerait lui-même jusqu'à la frontière au moment de l'arrivée de la princesse. La reine mère en informa immédiatement le prince 2. Antoine touchait enfin à cette entrevue qu'il avait vainement sollicitée au cours de ses négociations précédentes. Il revint auprès du roi avec Jeanne d'AIbret, et la conduisit à Villers-Gotterets, puis à Valéry chez le maréchal de Saint-André^. Là, il donna procuration à François de Blécourt, sire de Bétheacourt, pour recevoir des Espagnols une ville de son apanage, la ville de Ham, restituée en vertu du traité de Gateau-Cambrésis^* La certitude de sa retraite ranima un peu sa faveur éteinte. Il obtint successivement, au mois de novembre, la confirmation des privilèges de Henri d'AIbret sur le comté de Périgord^, l'autorisation d'accepter les présents qui lui seraient proposés dans le gouvernement de

{. Lettre de Jean Michieli à la république de Venise, du 16 octobre 1559 (Dépêches des ambass. vénitiens, Bibl. nat., Mss., filza 3, f. 245).

2. Lettre de Tambass. vénitien Jean Michieli, du 26 octobre 1559 (Ibid., filza 3, f. 247).

3. Lettre de Throckmorton à la reine Elisabeth, du 25 octobre {Galendars of state papers, foreign séries, 1558-1559, p. 54). — Lettre de Michieli à la république de Venise (Dépêches des ambass. vénitiens; Mss., filza 3, f. 247).

4. Lettres patentes du roi de Navarre, du 26 octobre 1559 {BtUletin des Cmnités historiques, t. I, p. 49, 1849).

5. Lettres d'Antoine de Bourbon et de Jehanne d'AIbret, p. 381.

Guyenne ^ et, quelque temps après, la coniSmiatioD du droit de nommer tous les officiers royaux du duché de Vendomois*.

L'Espagne avait perdu cette paix religieuse qui lui avait mérité le nom de Royaume Catholique. Les absences prolongées de Charles-Quint et de Philippe II avaient laissé une libre carrière aux novateurs d'Allemagne et de Béarn. Déjà, à la fin de juillet 1559, les sombres nouvelles de Madrid et la cause des préoccupations du roi n'étaient plus un secret pour son entourage. Sébastien de L'Aubespine, évéque de Limoges, ambassadeur de France, écrit, le i août, que les dernières dépêches d'Espagne < chantent que la relic gion s'y trouble de plus en plus et même à l'endroit < des plus grands^. » Ces nouvelles avaient décidé Philippe II à précipiter son départ. Il mit à la voile à Flessingue le 25 août. Il emportait des Pays-Bas un vif ressentiment contre une doctrine religieuse qui troublait déjà son royaume^. La traversée se fit heu-

1. Lettres patentes du 23 novembre 1559 ; orig. sur parchemin (Arch. des Basses-Pyrénées, E. 580).

2. Ge^ lettres patentes furent communiquées au Parlement le 27 janvier 1559 (1560) (Bibl. nat., coll. du Parlement, vol. 81, f. 131).

3. Lettre de L'Aubespinc au roi, du 4 août 1559 (Négociations sous François II, p. 66).

4. La haine de Philippe II pour les Luthériens le poussa à ordonner un autodafé qui est resté célèbre. Cette épouvantable cérémonie a été souvent racontée et nous n'avons rien à ajouter au récit qui en a été donné. Voici cependant un extrait d'une lettre inédite de Ghantonay qui présente quelques faits nouveaux : « Ledit Courier (un courrier venu d'Espagne) a compté comme < Tact de l'inquisition s'est faict à Valladolid, présent le roy, avec « bien grande cérémonie, et (lacune dans la copie) ont esté

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reusement. Le roi de France avait donné l'ordre aux gouverneurs des villes maritimes de surveiller le passage de la flotte espagnole et d'honorer le roi suivant SCO rang, si quelque accident l'obligeait à prendre lerre*. Charles de Burie, lieutenant en Guyenne, avait posté des vedettes dans tous les phares de la côte^. Le vendredi, 8 septembre, Philippe aborda à Laredo en Gastille. Il était à peine débarqué qu'une tempête épouvantable dispersa sa flotte. Plusieurs navires sombrèrent en vue du port^. Plus de mille per-

i bnilés 14 ou 15 pereoimes, dont frere Domingo de Roxas, frère t da marquis de Poza, étoit Tun. Et fut étranglé pour ce qu'il se t reconut {fit amende honorable) ; et semblablement quatre reli- I gieases du monastère de Bethlehem ; un autre dit don Carlo de • Geso, qui fut brûlé tout vif, obstiné jusqu'au bougt. L'arche- I YÔque de Tolède est encore prisonier, qui dit n'être juridique à c rinquisition. L'on dit qu'il allègue cela pour être le pape mort, fl par qui fut concédé le bref autorisant icelle. i (Lettre de Ghantonay à la duchesse de Parme, du 22 octobre 1559 et de Vauluilan ; recueil conservé aux arch. de Bruxelles, f. 14.) Cet autodafé, qui eut tant de retentissement en Espagne et qui anéantit la réforme de l'autre côté des Pyrénées en frappant de terreur les réformés, eut lieu le 8 octobre 1559.

1. Lettre de d'Ëstissac, gouverneur de la Rochelle, au duc de Guise (Lettre orig. du 31 juillet 1559; f. fr., vol. 15872, f. 133).

2. Lettre de Burie au roi, du 22 août 1559 (f. fr., vol. 15871, f.282).

3. Tous les historiens, Gregorio Leti, Ferreras, Prescott, ont fixé an 29 août l'arrivée du roi d'Espagne au port de Laredo. Ils racontent que Philippe était en pleine mer lorsque la tempête 8'éleva et qu'il se sauva à grand'peine dans une barque. La rapidité d'une telle traversée (du 20 au 29 août) et le sauvetage du roi catholique parait^seat également invraisemblables. Un document inédit a tranché nos doutes. Nous avons suivi le récit officiel que d'Aspremont, vicomte d'Ortes, gouverneur de Bayonne, fit de cette catastrophe au cardinal de Lorraine. Lettre du 12 sept. 1559, écrite de Bayonne (f. fr., vol., 15872, f. 159).

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sonnes perdirent la vie. Le vaisseau royal, chai^ de trésors, de tableaux, de riches tapisseries, des plus splendides productions de Fart flamand, s*abtnia avec son opulente cargaison. Un autre navire, conduit par le capitaine François Bolivar de Santander, perdit un de ses mâts et fut entraîné en pleine mer. Ce navire portait les bagages des principaux secrétaires du roi, Gonzalo Ferez, Diego de Vargas, Juan Sagasta, Gurteville et les papiers du cabinet du roi*. Philippe, témoin muet de ce désastre, s'agenouilla au bord de la mer pour remercier le Ciel d'avoir sauvé sa vie, et dit qu'il connaissait bien c que Dieu l'avoit réservé c à ceste seule fin d'exterminer les Luthériens, et, s'il < n'eust eu ceste résolution et entière fermeté, que c Dieu l'eust fait périr avec ses hardes. » Les réformés, au contraire, publièrent que cette tempête était un c advertissement pour se convertir à Dieu ' » . Ainsi les deux partis, avec une foi égale, mettaient la Providence au service de leur cause. La tempête étendit ses ravages sur toute la côte. A Bayonne, dit le vicomte d'Ortes, elle enleva la plupart des toitures de la ville'. Au retour du beau temps, les navires dispersés de la flotte espagnole reparurent; un seul, celui de Bolivar de Santander, ne put être retrouvé*.

Depuis le jour de son mariage par procuration.

i . Lettre de Ghantonay à Marguerite de Parme, du 1 3 octobre i 559 (Recueil conservé aux arch. de Bruxelles, f. 13). Voyez aussi la note 3 de la page 67.

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