Ibid
3. Lettre du duc d'Albuquerque à Philippe II du 30 avril i560 (Copie espagnole; Arch. de la secret. d'État d'Espagne, leg. 358, f. 52).
BT JEANNB D*ALBRET. 109
Pedro Feraandez de Gamboa, le promoteur de l'expéditioD de Fontarabie^, figure au premier rang de ses aflBdés. Depuis Tannée précédente, ce traître tenait prêt un nouveau piège pour attirer Antoine au delà de la frontière, sous prétexte de lui livrer une ville, et espérait se saisir de Bayonne à la faveur du désordre que la capture du prince ne manquerait pas de produire '. Mais le roi de Navarre ne lui avait pas rendu sa confiance; ses négociations avec Gamboa n'étaient qu'apparentes et n'avaient pour objet que de dissimuler aux Espagnols des intrigues plus sérieuses^.
Bient6t un gentilhomme du pays, qui appartenait ^ux deux partis, le seigneur de Gongora, et un moine nnendiant, important par son influence sur le populaire, signalèrent au duc d'Albuquerque six notables, C|ui, à différents degrés, étaient entrés dans la conspi- T^tion, et surtout un s. Ësparça, neveu du capitaine Artieda, aventurier hardi et habile, l'artisan principal des projets du prince français. Il n'était pas possible d'arrêter sans preuves les six notables suspects. Lies privilèges des fueros de la Navarre n'autorisaient la détention préventive, et, dans des circonstances
t. Voyez Antoine de Bourbon et Jeanne d'Âlbret, t. I, p. 295. Do nooveaax docamenU nous permettront de présenter avec plus de détails la fin de ce personnage que nous avions racontée par anticipation dans le tome premier.
2. Lettre de Gamboa au roi d'Espagne du 3 février 1560 publiée dans les Pièces justificatives du tome premier, p. 436.
3. Telle est l'appréciation qu'une étude attentive nous inspire. Les docoments originaux, toujours incomplets, toujours rédigés à mots couverts, n'aident que faiblement à distinguer le vrai du
aussi menaçantes pour la domination espagnole, il était aussi périlleux d'arrêter à tort un bourgeois que de laisser cheminer la conspiration. Gamboa, simulant un grand dévouement au roi de Navarre, essaya de se faire livrer par Esparça les lettres et les engar gements des six notables. Mais Esparça se tint sur ses gardes et Gamboa ne put rien obtenir ^ .
Philippe II, informé du complot à la fin d'avril, prescrivit l'arrestation d'Esparça. Gamboa fut diargé d'exécuter l'ordre avec le plus profond mystère, afin de ne pas donner l'éveil aux nombreux conjurés que l'on supposait cachés dans les villes. Le duc lui confia trois cavaliers bien montés et six hommes de pied, capables du coup de main le phis audacieux. Les dix alguazils devaient s'avancer avec prudence, tantôt sous un déguisement, tantôt sous un autre, et s'emparer de la personne d'Esparça, comme s'ils conmiettaient un acte de brigandage, par une pointe hardie dans la Navarre française^, liais la gloire de cette arrestation ne suffisait pas à l'ambition de Gamboa. Convaincu qu'il avait reconquis la faveur du roi de Navarre, il prétendait attirer le prince à Fontarabie et le livrer avec sa suite au roi d'Espagne. Toute autre mission lui paraissait indigne de son importance, vanité dans laquelle il était soutenu par don Diego de Garvajal, par don Prudencio et par don
i . Lettre du duc d' Albuquerque au roi d'Espagne du 30 avril iS60 (Copie espagnole ; Arch. de la secret. d'État d'Espagne, leg. 358, f. 52).
2. Lettre en espagnol du duc d'Albuqucrque au roi d'Espagne, du 14 mai 1560 (Arch. de la secret. d'État d'Espagne, leg. 352, f. 52, copie).
AntoDio de UbQla, officiers espagnols, jaloux de TautcNrité du jeune duc d'Âlbuquerque ^
Gamboa partit cependant avec sa bande. Arrivé à Véra, le dernier village de la frontière, il se mit en conumuication avec un messager d'Esparça, que Ton disait caché à peu de distance, et franchit seul la frontière, laissant à ses compagnons Tordre de l'attendre. Les heures se passèrent, puis les jours ; le traître Gamboa ne revint pas. Il était tombé à son tour dans un piège. Saisi par des soldats béarnais, qui Tattendaient en embuscade, il avait été garrotté, jeté sur un char et conduit au galop dans les prisons de Pau '.
La capture de Gamboa désorganisa un moment les j>Iaii8 du vice-roi de la Navarre. Le duc demanda à Philippe II Fautorisation soit d'arrêter un grand peraonnage béarnais, soit de prendre une ville ou une "Vallée, en forme de représailles^. Mais bientôt il se prit à douter du fait de l'arrestation. Habitué à être tjpompé par les apparences, il pensa que Temprisonnenieiit était simulé et que Gamboa, réfugié à Pau, préparait de nouvelles trahisons au profit du roi de Navarre. En vain ses espions lui rapportèrent que l'infortuné avait été pendu. Le duc restait incrédule et n'était pas loin de supposer que le supplice même était un tour de ce traître ^ Dans son incertitude, il
i. Lettre da duc d'Âlbuquerque à Philippe II du 30 avril 1560 (Gop. esp. ; Arch. de la secret. d'État d'Espagne, leg. 358, f. 52).
2. Lettre du duc d'Albuquerque à Philippe II du 14 mai 1560 {Ccfp. esp.; Arch. de la secret. d'État d'Espagne, leg. 358, f. 52).
3. Lettre du duc d'Albuquerque à Philippe II du 26 mai 1560 (Gop. espag.; Arch. de la secret. d'Etat d'Espagne, leg. 358, f. 52).
4. Lettre du duc d'Albuquerque au roi du 9 juin 1560 (Gop. esp.; Arch. de la secret. d'Etat d'Espagne, leg. 358, f. 52).
envoya un de ses lieutenants, Antonio Gomez de la Pena, en mission officielle auprès du roi de Navarre ^ Antonio arriva à Pau le i juin 1 560 et y subit un interrogatoire. Le lendemain, après avoir été fouillé, de crainte qu'il ne cachât des armes, il fîit introduit auprès du prince et auprès de Jeanne d'Âlbret et leur remit une lettre de salutation du duc d'Âlbuquerque. Au sortir de l'audience, il s'enquit du sort de Gamboa. L'agent espagnol, après avoir avoué par écrit le rôle qu'il avait joué dans la guerre mouillée', avait été pendu sur la grande place de Pau, le 20 mai, avec un éoriteau portant les causes de son supplice, et attaché, deux jours après sa mort, à une potence élevée à une demilieue de la ville. Son corps y était encore le 5 juin. Antonio s'assura de l'identité du supplicié, conformé^ ment aux ordres du vice-roi, et le reconnut, non à son visage défiguré par la mort, mais à d'autres signes. Après avoir été retenu quelques jours à Pau, Antonio fut reçu en audience de congé par le roi de Navarre et par Jeanne d'Albret, qui lui firent de superbes présents^. Le prince lui donna la mission de raconter au duc d'Albuquerque les circonstances de la mort de Gamboa et de l'inviter à punir du même suppUce les traîtres qu'il pourrait saisir ^.
1. Lettre du duc d^Albuquerque au roi du 12 juin 1560 (Gop. esp.; Arch. de la secret. d'Etat d'Espagne, leg. 358, f. 52).