‹ Antoine de Bourbon et Jeanne d'AlbretChapitre 40 sur 133 · De Thou, édit. de 1740, t. II, p · texte numérisé non relu

De Thou, édit. de 1740, t. II, p

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Les trois classes, généralement mécontentes, regrettaient la proposition de consulter les États généraux, colportée dans Paris par le roi de Navarre. La dernière assemblée, réunie le 5 janvier 1558, dans une des salles du parlement, ne méritait que le nom d^assemblée de notables. Convoquée dans un but circonscrit, celui de donner au roi les moyens de repousser les Espagnols triomphants, elle s'était séparée après avoir voté des subsides. En 1559, se posait une question bien autrement redoutable, celle des deux cultes. Les esprits modérés, par on ne sait quelle illusion, rêvaient de faire sortir la paix religieuse des délibérations des trois ordres. Les habiles, qui savaient lire dans la politique obscure des cadets de Lorraine, observaient qu'ils s'approchaient pas à pas du trône, à l'instar des maires du palais. Personne n'avait été surpris de voir le roi déléguer son autorité, mais, dans ce siècle de religion monarchique et féodale, le c boute-hors » de tous les princes du sang par des étrangers heurtait l'attente générale. Les ^ens du tiers, les corps de bourgeoisie, sur lesquels pesaient toutes les charges, espéraient rétablir l'ordre dans les finances et dans le gouvernement. Les Réformés, chaque jour décimés par les supplices et chaque jour plus nombreux, à qui la mort de Henri II avait ouvert tant d'espérances, étaient impatients de se oompter. Les princes se flattaient de se faire investir ciu pouvoir. Le parti des Bourbons, le connétable, les seigneurs disgraciés depuis le conunencement du nouveau règne, appelaient de tous leurs vœux des complications qui pouvaient renverser les favoris du roi. £nfîn, la France entière, tourmentée par un invincible n 9

besoin de changement, attendait vaguement un grand progrès politique.

Les Guises luttaient avec énei^e contre ces tendances et traitaient d'ennemis du roi les adversaires de leur omnipotence. Mais les idées nouvelles, propagées par les Calvinistes, pénétraient peu à peu dans toutes les classes; on parlait de rendre les Ëtats périodiques, de leur confier le vote de Timpôt et la surveillance des affaires ^ Le roi , qui ne voyait que par les yeux de ses oncles, redoutait ces réformes; les Guises exagéraient la portée des entraves qui pouvaient être mises à Tautorité royale; ils faisaient trembler le faible monarque en lui représentant que les États le mettraient en tutelle, c qu'on le tioic droit à jamais comme sous la verge, tellement qu'il c ne luy resteroit rien d'ung roy, sinon le tiltre seo- € lement^. >

Comme dans toutes les époques de crise, la guerre de pamphlets précéda la prise des armes. A la fin d'octobre 1 559 parut un écrit où la nécessité de convoquer les États généraux était démontrée par de vigoureux raisonnements. L'auteur de ce plaidoyer est resté inconnu. Il établissait, par des citations historiques, qu'il était de tradition dans la monarchie, lorsque le roi se trouvait incapable de gouverner, d'appeler le premier prince du sang à la régence et de rassembler les États pour fortifier l'autorité royale de

1. Ces idées nouvelles, qui devaient être développées avec tant de force par Bodin, avaient été émises par Calvin dans son livre de V Institution chrétienne.

2. La Planche, Estât de France sous François If, édit. du Panth. litt., p. 218.

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rassentiment et du conseil de tous. Il s'élevait contre le gouvernement du clergé et des étrangers et prédisait, au moyen d'analogies historiques, que la toutepuissance d'un prince lorrain, le duc de Guise, et d'un prélat, le cardinal de Lorraine, sans autre garantie que le contrôle d'une Italienne, Catherine de Médicis, serait fatale à la France^. Les Guises chargèrent Jean du Tillet, greffier du parlement de Paris, de répondre. L'ouvrage parut bientôt^. L'auteur, opposant des faits aux faits cités par le pamphlétaire ennemi des Guises, soutenait que la majorité des rois était fixée de temps immémorial en France à la quatorzième année, que, à dater de cet âge, les jeunes souverains avaient toujours désigné leur conseil, que la régence, en cas de minorité, n'appartenait pas de plein droit au premier prince du sang et que souvent elle avait été dévolue soit à la reine mère, soit à un prince éloigné du trône, soit même à un seigneur ou à un prélat étranger à la famille

1. De Thou, liv. XXII, 1740, t. II, p. 693. Il parut alors plu- «ieors pamphlets protestants qui soutinrent cette thèse (Mémoires de Condé, 1. 1, p. 433). Celui dont nous parlons est analysé dans le plus grand détail, peut-être reproduit par le président La Place. £$tat de religion et république^ édit. du Panth, litt,, p. 28 et suiTantes.

2. Discours pour la majorité du roy très chrétien contre les écrits des rebelles^ par Jean du Tillet, évéque de Saint-Brieuc. Paris, 1560, in-4*. L'édition originale de ce curieux écrit est fort rare. Cependant il y en a un exemplaire dans la collection des Pièces fugitives de Fontanieu à la Bibliothèque nationale (vol. 168, Béserve, L. 80). Il est réimprimé dans le Traité de la majorité des rois de Dupuy, p. 317. Bien que ce discours porte le nom de Vévôque de Saint-Brieuc, il est de son frère, le greffier, ainsi que l'a prouvé Secousse (Mémoires de Condé ^ t. I, p. 433).

royale. Ce traité, rédigé avec une érudition rare pour Tépoque, provoqua diverses répliques ^ Les circonstances lui donnèrent un nouveau crédit sous le règne du successeur de François II. Le chancelier de L*Ho6pital le fît insérer dans le recueil des ordonnances du roi et s'appuya sur les recherches du savant du Tillet pour proclamer la majorité de Charles IX.

Le royaume était dans un de ces moments d'anxiété, si fréquents en France, et si favorables aux coups de main des ambitieux. Le procès d'Anne du Bourg, conseiller au parlement, poursuivi pour un crime d'hérésie mal défini, agitait Paris. Le jour même de la condamnation à mort, le 12 décembre, à l'issue de l'audience, Antoine Mynard, vice-président de la Grand'Chambre, l'un des juges, retournait vors sa maison, rue Vieille-du-Temple, monté sur sa muk et suivi de ses serviteurs, munis de torches, quand un cavalier armé fondit sur lui sans mot dire et lui tira un coup de pistolet à bout portant. Mynard tomba mort et le meurtrier prit la faite*. Le même soir, plusieurs magistrats reçurent des menaces ; d'autres furent c bien frottés à coups de bâton ; et fut écrit sur c la porte la cause estre pour ce qu'ils persécutoient € l'évangile^. >

L'assassinat de Mynard fut suivi de troubles à la

1. Voyez la note de Secousse {Mémoires de Condé^ t. I, p. 433), et la Bibliothèque historique de la France^ n<>* 72372 et suivants. Les deux répliques des ennemis des Guises sont imprimées dans les Mémoires de Condé^ t. I, p. 437.

2. Lettre originale de de Groiseltes au cardinal de Lorraine, du 13 décembre 1559 (f. fr., vol. 6626, f. 19).

3. Lettre de Chantonay à Marguerite de Parme, du 20 décembre 1559 (Recueil conservé aux arch. de Bruxelles).

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place Maubert, à Paris, et dans plusieurs villes ^ A la fin de l'Âvent, pendant un sermon, deux auditeurs, pour avoir protesté contre les propositions du prédicateur, furent égorgés sur place par le peuple. Les réformés se vengèrent la nuit de Noël. Au milieu de la messe de minuit, quelques hommes armés pénètrent dans une église du faubourg Saint-Marceau et tuent le prêtre sur les marches de l'autel. Les assistants, d'abord stupéfiés, ferment la retraite aux assassins et un combat s'engage dans le sanctuaire. Le bruit de la lutte attire les gens du guet. Mais la porte est barrée à rintérieur et les catholiques, se croyant assaillis par les complices du crime, refusent de Tentr'ouvrir. Enfin les archers forcent les portes et aident le peuple à c despêcher > les assassins. L'agitation générale était si menaçante que François de Montmorency, gouverneur de Paris, faisait la garde chaque nuit avec une partie de sa compagnie d'hommes d'armes et 800 honunes de pied, et que les portes étaient surveillées comme dans une ville assiégée^.

La paix n'était même pas assurée dans le voisinage de la cour. Quelques jours après l'arrivée du roi à Blois, les prévôts arrêtèrent dix-sept accusés d'hérésie. Le lieutenant criminel ordonna de les conduire à Orléans. Le 10 novembre, les prisonniers s'entassent sur trois charrettes conduites par des sergents de justice. A Cléry, le cortège s'arrête; prisonniers et

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