‹ Antoine de Bourbon et Jeanne d'AlbretChapitre 46 sur 133 · De Thou, t. II, p. 768 et · texte numérisé non relu

De Thou, t. II, p. 768 et

Jacques de Savoie, duc de Nemours, que rambHk» et surtout Famour liaient à la maison de Guise ^ •

Le 6 mars, la cour passa la journée dans les transes, c La terreur, dit Ghantonay, était aussi c grande que s'il y eût eu une armée aux pcnrtes du c château. > Craignant d'heure en heure l'attaque des conjures, le duc fit tenir les moindres serviteurs du roi en armes sur les remparts et les chevaliers de Tordre à la garde des portes. Le cardinal de Lorraine revêtit une cotte de mailles. Nul étranger n'était dans la ville. Les officiers du roi, qui demandaient passage à l'entrée ou à la sortie, étaient obligés de justifier de leur charge. Jamais ville menacée d'un assaut n'avait été gardée avec plus de sollicitude. A l'entrée de la nuit, les terreurs redoublèrent. Les princes, les chevaliers de l'ordre, les gentilshommes d'un dévouement éprouvé veillèrent, les uns dans la chambre de la reine, les autres dans les apparu tements des Guises*^. Le lendemain, les précautions continuèrent. Le duc de Nemours et le comte de La Mirandole hasardèrent une reconnaissance dans la forêt. Après deux jours de guet, ne voyant pas d'ennemis, les Guises passèrent à une extrême confiance. Les courtisans rougirent de leurs terreurs et se

1 . Le duc de Nemours était l'amant heureux de la duchesse de Guise et cherchait à se dégager des promesses de mariage qu'il avait faites à Françoise de Rohan, cousine germaine de Jeanne d'Albret. C'en était assez pour le rendre ennemi du roi de Navarre. Nous préparons une étude sur cet incident galant de la cour des Valois.

2. Lettre du cap. Mathieu à Antoine de Noailles, du 18 mars i559 (Cabinet historique, 1873, p. 235).

moquèrent des avertissements menaçants ^ Le roi sortit c à la volerie > du côté de Ghenonceaux, à peine escorté de quelques seigneurs, montés sur leurs grands chevaux, suivi de pages qui tenaient des chevaux d'Espagne ou turcs de réserve. Un seul honmie à la cour restait pénétré de crainte, c'était le cardinal de Lorraine. Quelque temps auparavant, à Rome^, il était allé, déguisé, consulter un juif sur son horoscope et l'astrologue lui avait prédit sa mort pour Tannée 1560^

Le duc de Guise, malgré son assurance apparente, n'était pas moins anxieux que le cardinal. Habitué à payer d'audace, il essayait d'intimider les conjurés qui pouvaient se dissimuler à la cour. 11 annonçait que tous les coupables, capitaines ou soldats, seraient punis de mort sans rémission. L'ambassadeur d'Espagne, quoique fort mal disposé pour eux, observe que cette férocité contrastait avec la modération que prêchaient les chefs du complot^. Le chancelier Olivier,

i. Lettre originale de Ghantonay à Philippe II, du 19 mars (Arch. nat., K. 1493, n* 42). — Lettre de Ghantonay à Granvelle, du 8 mars (Recueil conservé aux arch. de Bruxelles, f. 48 v«). — Lettre de Throckmorton à lord Gecil, du 7 mars (Forbes, t. I, p. 352).

2. Le texte porte Rouen, mais M. le comte de Laferrière, qui a vu l'original de cette lettre de Ghantonay aux archives de Vienne, constate qu'il faut lire Rome (Introduction aux Lettres de Catherine de Médicis, p. 70).

3. Lettre de Ghantonay, du 10 mars 1560 (Recueil conservé aux arch. de Bruxelles, f. 51). — Lettre de Throckmorton à lord Gecil, du 9 mars (Forbes, t. I, p. 356).

4. Lettre de Ghantonay, du 3 mars 1560, au cardinal Granvelle, copie (Recueil conservé aux archives de Bruxelles, f. 47 v).

troublé par les menaces de vengeanœ des Guises, iodinait à la clémence. (1 convertit la reine mère à sei desseins et fit ajourner les mesures de rigueur. Le ca^ dinal de Ghastillon et Tamiral GoUgny, aux premiers bruits de l'attentat S à la fin de février, avaient été mandés à la cour^. Catherine les consulta, d*abord en

1 . Le cardinal de Ghastillon et ramiral de GoUgny étaient lettéi étrangers à la conjuration d'Amboise (Lettres de Galvin à Gdîgiiy du 16 avril; Bonnt^, Lettres de Calvin, t. It, p. 382. — Sic Bran* tome, t. IV, p. 290). Depuis que le roi avait imposé à la cour le gouvernement des Guises, les Ghastillons s'étaient soamis et ne se montraient pas les moins empressés auprès des fovoris lorrains. « Tout est réduit, écrit Ghantonay dans une lettre nn pea f antérieure à la conspiration d'Amboise, sous les ailes de la f maison de Guise; voire sont ici le cardinal de Ghastillon « et Tamiral en leur suite, comme ils fussent esté après ledit con» c nétable. Je crois bien que chacun a sa pensée, mais U n'y a « nulle démonstration. Tant se confonne-t-on à suivre qui a le f crédit. » (Lettre de Ghantonay à la duchesse de Parme, du 17 janvier; Recueil conservé aux arch. de Bruxelles, f. 37 V). — Lettre du même à Philippe II, du Î7 janvier (Orig. espag., Arch. nat., K. 1493, n» 30).

D'Andelot arriva à la cour assez longtemps après ses frères, le 16 mars, le même jour que le prince de Gondé (Lettre de Ghmtonay à la duchesse de Parme, du 18 mars; Recueil conservé aux arch. de Bruxelles, f. 54). Il fut froidement accueilli (Lettre du môme au card. Granvelle, ibid., f. 56).

Los trois Ghastillons surent garder une indifférence apparente. Pendant leur séjour à Aml)oise, ils adressèrent plusieurs lettres an connétable de Montmorency, leur oncle. Ils n*y parlent de la conjuration que sur un ton de reproche à l'adresse des coupables et ne montrent pas de commisération aux suppliciés (Lettres publiées par le comte Delabordo dans Gaspard de Coligny, t. I, p. 426 et suiv.). Il est vrai que ces lettres tombèrent entre les mains dn duc do Guise (puisqu'elles sont imprimées dans les Mémo%rt$^ journaux du duc de Guise^ p. 460 ot suiv.) et que les Ghastillons avaient pout-étre prévu cet accident.

2. M. Delaborde a prouvé que Goligny fut appelé à Amboise le 20 ou le 21 février et qu'il y était arrivé le 24 (Gaspard de Coligny,

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secret, pais les appela publiquement au conseil. Goligny critiqua la mauvaise administration de TÉtat et proposa le libre exercice de la religion réformée ^ • Le cardinal de Lorraine se résigna, pour éloigner le danger, à obéir à ces remontrances. Le 8 mars, le roi promulgua, en attendant la réunion d'un concile général, un édit favorable à la liberté des cultes, sans excepter de Tamnistie que les ministres et les fauteurs de la rébellion^. La reine exigea que par exception tous les membres du conseil, qui avaient voté Tédit, y apposassent leur signature, afin de profiter de la popularité des Ghastillons'. La nouvelle mesure Ait enregistrée par le Parlement de Paris sur les réquisitions de l'avocat général Bourdin le 11 mars^. Aussitôt après la publicatipn de l'édit, les Ghastillons voulurent se retirer, mais ils furent retenus par mesure de pru-

1. 1, p. 425). M. Paillard, dans un mémoire que nous citons plus loin, exprime l'avis que le cardinal de Ghastillon y était arrivé avant son frère.

i.. La Planche a longuement analysé l'avis de Goligny (Estât de France sous François II, p. 237). De Thou a suivi, en l'abrégeant, Je récit de La Planche (t. n, p. 764).

2. Cet édit est publié par Isambert, Recueil des anciennes lois, i. XIV, p. 2, et dans les Mémoires de Condé, p. 9. Il excita le scandale de l'ambassadeur d'Espagne (Lettre de Ghantonay, du 10 mars 4560; Recueil conservé aux arch. de Bruxelles, f. 51). M. Pailla^rd fait observer combien, sous des apparences généreuses, il est au fond peu favorable aux réformés. L'édit fut publié à son de tMX)mpe dans Paris (Félibien, Histoire de Paris, t. III, p. 794).

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