La lettre est adressée à la duchesse de Panne
2. Lettre de Chantonay à la duchesse de Parme, du 18 mars 1560 (Recueil conservé aux arch. do Bruxelles, f. 54). — Lettre du même à Philippe II, du 19 mars (K. 1493, n* 42).
3. I^ettre de lambassadeur Michieli à la république de Venise
ET JEANNE d'aLBRET. 171
Cependant les conjurés pénètrent hardiment dans le faubourg et s'avancent jusqu'à un monastère, attenant à une chapelle, dite des Bonnes-Fenmies, située au pied du rodier que couronne le château. Les capitaines peuvent encore s'y abriter et y rallier leurs soldats, mais ils ont l'imprudence d'éparpiller leurs fcnrces et d'attaquer à la fois, avec SIOO hommes^, les corps de garde du faubourg et une des portes. Ce double mouvement les exposait au feu des arquebusades. Toute la cour était sous les armes, prête à combattre, les gentilshommes comme les soldats, plusieurs sans cuirasse et sans casque, armés seulement d'épées et de pistolets. Le roi restait seul avec les reines et les cardinaux de Bourbon, de Lorraine, de Ghastillon et de Guise. Le duc de Guise monte à cheval, fait ouvrir une des portes ^ et se précipite à la tête de ces troupes improvisées sur les ennemis. Au premier choc, deux ccMijurés sont abattus d'un coup de feu. Les autres, pris d'une terreur panique, s'enfuient précipitamment hors de la ville. Dans le désordre de la mêlée, une bande, perdue au milieu des défenseurs du roi, se
^Ms8., dépèches vénitiennes, filza 4, f. 16). — Sic, La Planche, p. 256. — Nous croyons que c'est la première fois que le parti protestant arbora les couleurs blanches, qui, après la victoire de ^enri lY, devinrent les couleurs de la monarchie.
i. Lettre de L'Âubespine au connétable, du 19 mars (f. fr., Tol. 3158, f. 54). — Ce chiffre de deux cents hommes sous les ordres des capitaines conjurés est confirmé dans la lettre de Michieli citée dans la note précédente.
2. Lettre de l'ambassadeur Michieli à la république de Venise, du 17 mars 1560 (Mss., dépêches vénit., filza 4, f. 16). La Planche a écrit que le duc de Guise n'avait pas osé donner Tordre d'ouvrir les portes (p. 256). Il est forroellemeut contredit par Jean Michieli.
sauve par son ardeur simulée contre les assaiUants^ Guise les poursuit jusques dans la campagne et ramène 60 prisonniers^.
Au retour de cette charge, le duc de Guise, averti que des bandes de cavaliers battent encore la campagne, jette de nouveaux coureurs en reconnaissance hors des murs. On prend iO prisonniers, parmi lesquels, au grand étonnement de la cour, se trouvent un receveur des rentes du cardinal de Lorraine et un geotilhonune attaché au service de la princesse Mai^;uerite^. Dans la soirée, le duc d'Âumale, de garde à une des portes, voit approcher une compagnie de 40 ou 50 hommes d'armes. 11 les laisse arriver à portée et blesse Tun d'eux d'une arquebusade. Tous prennent k fuite sans se défendre autrement que par trois coups de pistolet qui ne touchent que la muraille. Le duc lance à leur poursuite des cavaliers qui ramènent un gentilhomme de l'Angoumois, le sire de Yillemongis,
i. Ce fait est rapporté par d*Aubigné qui le tenait do son père {Hist. univ., 1628, col. i28).
2. Cette attaque est racontée par La Planche (p. 256) et par de Thou (p. 770) après les événements du 19 mars, ce qui donnerait à penser qu'elle leur est postérieure. Mais une lecture attentive du récit de La Planche, qui dit positivement que Pattaque avait été fixée à la nuit du samedi, prouve qu'elle leur est antérieure. Enfin L'Aubespine, dans une lettre au connétable, du 19 mars 1559 (1560) (f. fr., vol. 3158, f. 54), Chantonay, dans ses lettres du 18 et du 19, Michieli, dans sa lettre du 17 mars, sans nommer les capitaines assaillants, parlent d'une attaque Hur le faubourg des Bonshommes, qui se rapporte absolument à celle que nous venons de raconter, et la fixent au matin du 17 mars.
3. Lettres de l'ambassadeur Michieli à la république de Venise, du 17 et du 20 mars 1560 (Mss. ; dépêches vénitiennes, filza 4, f. 16 et 20).
frère de François de Beauvais, s' de Bricquemault ^ Le même jour le duc inaugure un système de défense plus rigoureux ; il divise la ville par quartiers et confie la garde de chaque quartier à un prince et à deux chevaliers de l'ordre ; il appelle des ouvriers à consolider les remparts et à recreuser les fossés. Toutes les portes sont bouchées, excepté la porte principale, et tous les ponts rompus, excepté celui qui traverse la Loire. L'entrée de la ville est armée d'un retranchement en forme de tambour muni d'embrasures, dans lesquelles il poste quelques arquebusiers et quatre petites pièces d'artillerie, retrouvées par hasard sur les murs d'un château du voisinage. Le duc met en réquisition toutes les farines et les fait emmagasiner en vue d'un siège ; il ordonne aux officiers de finances, installés dans la ville, de transporter leur caisse au château ; il organise des patrouilles commandées par un capitaine, qui devaient parcourir jour et nuit les rues, les remparts, les faubourgs, et maintenir en conmiunication les corps de garde des portes. Ces mesures sont exécutées avec la discipline que le duc de Guise sait imposer à ses gens aux heures de grand danger et poursuivies même plusieurs jours après la victoire^. Enfin, il crée une
1. Lettre de Ghantcnay à la duchesse de Parme, du 18 mars 1560 (Recueil conservé aux arch. de Bruxelles, f. 54). — Lettre du même à Philippe II, du 19 mars (Arch. nat., K. 1493, n» 42). — Throckmorton, dans sa lettre du 21 mars, raconte ces événements de la même façon (Forbes, t. I, p. 376).
2. Lettres de l'ambassadeur Michieli à la république de Venise, da 17 et du 20 mars 1560 (Mss. ; dépêches vénitiennes, filza 4, f. 16 et 20).
174 ANTOINB DB BOURBON
nouvelle compagnie d'arquebusiers, spédalement attachée à la garde de la personne du roi, et en donne le commandement à Antoine du Plessis - RidieUea , ancien moine, devenu capitaine, aventurier prêt à servir de séide aux Guises ^ •
La terreur des courtisans amplifiait le nombre des conjurés. Dans une lettre du 3 mars, Ghantonay parle de 4,000 cavaliers et de 30,000 hommes de pi^^. Un capitaine, dans une lettre à Antoine de Noailles, les évalue à 50,000 et plus^. L'ambassadeur florentin mentionne aussi le chiffre de 50,000 hommes ^. Telles étaient les exagérations qui avaient cours dans Tentourage du roi. Les uns lui conseillaient de battre en retraite et de s'enfermer dans une viUe forte avec les gentilshonunes qui lui étaient restés fidèles, de préférence à Guise, en Picardie, où le duc avait accumulé depuis longtemps ses moyens de défense ^, d'autres de se laisser assiéger dans Amboise même ; mais le château n'avait ni assez de vivres, ni assez de munitions et pouvait être facilement cerné ^.
1. De Thou, liv. XXIV, édil. de 1740, l. II, p. 770. De Thou, écrivant d'après La Planche, a dit beaucoup de mal du capitaine Richelieu. Voyez la réfutation de Dupleix {Oist. de France, 1628, t. m, p. 608).
"iî. Lettre de Chantonav au cardinal Granvelle, du 3 mars 1560 (Recueil conserve aui arch. de Bruxelles, f. 47 v).
3. Orig., f. fr., vol. 691t, f. 3t4. Cette lettre est publiée dans le Cabinet historique, 1873. p. :Î35.
t. Lettre de Tomabuoni, du 23 mars i.V^oc diplom. avec la Toscane, t. II L p. 4091.
:>. I>»ttre de Tomabuoni, du 30 avril 'Séçoc. dipL avec la Tos^ cane, t. IIL p. 4 1 ô). — Lettre de Chantonav au cardinal Granvelle, du 16 juin 156(> ^Recueil conservé aux arch. de Bruxelles, f. 83).
6. l^ettre de Chantouay, du 18 mars 1060. an cardinal Granvelle
Le c petit roy » devant lequel on agitait ces fantômes n'était pas capable de les affronter. La terreur, sous l'empire de laquelle s'affaissaient par moments les caractères des honunes de guerre les mieux trempés, le rendait capable de toutes les faiblesses. Marie Stuart, en quête d'un sauveur, obtint facilement, pour le duc de Guise, des lettres de lieutenant-général tellement amples qu'elles ressemblaient à une abdication du roi*. Le secrétaire d'État, Florimond Robertet, rédigea ces lettres à l'insu du chancelier et y inséra cependant la condition d'usage de Vavis du conseil du t&i. OUivier protesta quand il en eut connaissance et Tefiisa de les sceller ; mais le roi et la reine lui dépè- <^rent des ordres qui ne comportaient pas de remise, ^t les événements, survenus pendant les pourparlers, l)risèrent la résistance du chancelier. Il voulut adresser lui-même des représentations au roi . François II montra , pour se dépouiller de l'autorité royale, une fermeté qu'il ne savait pas employer pour la défendre. Olb'vier fit signer cependant au roi des lettres d'amnistie, qui arrachaient les accusés aux rigueurs du nouveau lieutenant général^. Les rôles saisis ou les révélations avaient appris aux Guises que la conjuration comp-
(Recueil conservé aux arch. de Bruxelles, f. 56). — Lettre de Michieli à la république de Venise, du 20 mars (Mss., dépêches vénit., filza 4, f. 20).
1. Ces lettres sont imprimées dans V Histoire de France de La Popelinière, 1581, t. I, p. 166, dans les Mémoires de Condé, t. I, p. 342, et dans les Mémoires journaux du duc de Guise, p. 457. Elles sont analysées avec détails par La Planche, p. 252.
2. Ces lettres sont imprimées dans le Recueil des anciennes lois d'Isamberi, t. XIV, p. 24. Elles sont analysées avec détail par La Planche, p. 253.
tait cinquante capitaines de dieval ou de pied. Le 1 7 au soir, les gens du roi en tenaient déjà dix-huit sous les verrous qui avaient le droit de bénéficier de la générosité du roi ^
Le même jour, François II adressa au cardinal de Lorraine une déclaration solennelle qui consacrait la prétention caressée par les Guises, la solidarité du roi et de ses ministres.
Mon onde, il est assez cogneu qu'il a pieu à Dieu constituer et establir les premiers fondemens de TEstat, couronne et monarchie de France, iceux par sa divine providence soustenir, conserver et augmenter. Puis naguieres, continuant sa démence et bonté pour en tesmoigner une singulière protection, il a de nouveau esclaircy et descouvert, par plusieurs et divers endroicts et encores par aucuns des complices et participans, une occulte sédition et entreprise fkite contre moy, mon Estât, plusieurs princes de mon sang et plus prochains serviteurs. A quoy, par la grâce de Dieu, a esté sy diligemment pourveu que jespere lesdictes entreprises estre de présent rendues vaines, inutilles et sans elToct ; outre que telles meschantes et malheureuses entreprinses et machinations ne se pourroient longuement couvrir -, ains de soy-mesme se rompent et dissipent ; estant mesme le peuple de France de tout temps sy Odelle et affectionné à son prince qu'il se peult dire surmonter en ce toutes autres nations.
Et pour ce j'ay voulu et ordonné que tout mon peuple et sujets en fussent advertis tant par les évesques, curés, prescheurs que officiers, auxquels à ceste fin j'en ay particulièrement escrit ; me confiant en la grâce de Dieu et en la bonne amitié, dévotion et obéissance de mes subjects ; voulant à ceste cause plus user de clémence et de miséricorde que de rigueur et de sévérité de justice ; considérant aussi que la meilleure partie et plus grand nombre de ceux qui peuvent avoir participé
1. Lettre de Chantonay à la duchesse de Parme, du 18 mars 1560 (Recueil conservé aux arch. de Bruxelles, f. 54).
BT JEANNE d'aLBRET. 177
en si malheureuses assemblées ont été conduits au commencement soubz espérance de quelque déguisée complicité, religion ou autre prétexte, et aulcuns y seroient entrés par curiosité, les autres pour estre trop cupides des choses nourelles.
A ceste cause je veux et vous prie, mon oncle, que, incontinent la présente receue, vous aiez à feire nottifler en ce par tout Yostre diocèse que j'ay proposé et propose impunité, pardon et rémission à tous ceux qui auront assisté ou communiqué à aulcunes de ces dictes assemblées, icelles favorisé de fait ou de conseil ou que en auroient sceu, cogneu ou entendu quelque chose, pourveu que, dedans quinze jours après la publication des présentes, ils se viennent à desclarer et réveller entre vos mains ou de vos vicaires pour incontinent m'en advertir, encore qu'ils feussent des autheurs de lad. sédition, usant de par eux de bonne foy et en déclarant simplement ce qu'ils en sauront. Et, afin que je ne sois et mon peuple ingras du bien qu'il a plu à Dieu me foire en cet endroit, touchant une si malheureuse chose^ à tout le public vous donnerez ordre de l'en foire remercier en vostre diocèse par humbles dévotions et processions, en toute la révérence, honneur et humilité qu'il appartient ; à ce qu'il luy plaise tenir en sa bonne et sainte protection ce royaume très chrestien et Pestât d'iceluy à la conflision des ennemys de son saint nom et de la religion chrestienne. Priant Dieu, mon oncle, qu'il vous ait en sa sainte garde.
Escrit à Amboise, le 48* jour de mars 4559. François.
L'AuBESPLfE^
Le oième jour, 18 mars, La Renaudie, informé de la prise de ses complices à Noizay et des échecs de ses baodes sous les murs d' Amboise, envoie aux capitaines qui battaient encore la campagne Tordre de se rallier dans la forêt de Ghàteau-Renaud. 11 errait, accompagné seulement de quatre cavaliers,
1. Coll. Dupuy, vol. 755, f. 124, copie du xvu« siècle. Cette lettre est datée du 18 mars 1559 (1560).
en attendant ses compagnoDS, quand* le 19^, il renoootre une escouade de cinq hommes conduite par le sire de Pardaillan, du parti des Guises, paraît de la maréchale de Saint-André et des Noailles, gentilhomme servant de la maison du roi. Les deux capitaines, qui étaient parents, s'aperçoivent de loin, mais ne se recon-
naissent pas^. Chacun d'eux baisse promplement la visière de son casque pour combattre, c Qui vive! S
c demande Pardaillan . — Liberté, répond La Renaudie.
c — Vive le roi ! crie Pardaillan. » En même temps, ilM il ajuste le chef des conjurés et lui tire un coup d pistolet. L'arme rate, et La Renaudie, s'élançant su son adversaire, le frappe de deux coups d*estoc au milieu du corps. Un valet de Pardaillan court sur La Renaudie et lui brise le oràne d'un coup d' quebuse à bout portant. La Renaudie se retourne vers le valet et Tétend roide mort à côté de son maître'. Deux autres conjurés sont égorgés ; deux seulement restent prisonniers entre les mains des soldats des Guises. Pardaillan rendit le dernier soupir le lendemain matin ^. Ses compagnons d'armes, maîtres du
L La liato du t9 est certifiée par les historiens et les documents L>rigin«ui. Gept^ndant une lettre de Gilles de Noailles, du ?0 mars, pi>rte « Il y a deux jours que le s. de La Renandie fut tué... • {CéhiHft h%sSonifU€, IS73. p. Iti^l.
*. l/amlwL<:^ideur .Hichieli observe que, s'ils s étaient reconnus, ils 5«^ seraient prv^h&blenaoat ménages l'un lantre (Lettre du ^> mar* ; Ms*., dej^^Srho* venit., fiUa 4, f. 50).
o, U^s tustoriens M^ut unanime^ sur ce point. Seul, Belleforest dit que iv tut i^ Bi4:ne qui tua le \aletde Pardaillan (£.» yranJ^ finpM.Vx. 15T\^ i. II. f lw>9 \-**.
4, rUisiours îe«,-vs jx^noat qu'il mourut sur place, Michieli dit |HVMU\v:nent qif il oK^urut le lendemain matin «Lettre du 20 mars :
ET JEANNB D'aLBRBT. 179
champ de bataille, rapportèrent à Âmboise les glorieux trophées de leur victoire. Le corps du chef du complot fut pendu à une potence au milieu de la place avec cette inscription : Cest la Renwadie, dit La Forest^ capitaine des rebelles , chef et auteur de la sédition. Après avoir été exposé pendant une journée, le cadavre fut coupé en morceaux. Les quatre membres furent attachés à des pieux aux portes de la ville ; la tète, fixée sur une pique, placée à l'entrée du pont^ La mort de La Renaudie enlevait à la conjuration le dief intrépide qui l'avait organisée et le seul homme qui pût la conduire. Il n'avait pas de lieutenant, et, depuis l'échec de son prenuer plan, il n'avait confié à personne ni le secret de ses derniers desseins, ni l'organisation de ses bandes. La nouvelle de sa mort, bientôt connue le long de la Loire, dispersa tous les révoltés^. Soldats et capitaines s'enfuirent. Une troupe
1. Lettre originale de Ghantonay à Philippe II, du 20 mars 1560 <Arcb. nat., K. 1493, b9 43). ~ Lettre de Ghantonay à Marguerite de Parme, da 20 mars 1560 (Recueil conservé aux arch. de Snixelles, f. 56). — Lettre de L'Âubespine au connétable, du 'tQ mars (f. fr., vol. 3158, f. 54). — Lettre de Throckmorton à la veine, du 21 mars (Forbes, 1. 1, p. 376). — Lettre de Michieli à la république de Venise, du 20 mars (Mss., dépêches vénit., filza 4, ff. 20). — La Planche, Estât de France sous François II, édit. du I^nih, litt., p. 254. — La Place, De l'estat de la religion et république, édit. du Panth. litt., p. 35. — De Thou, trad. franc., 1740, X. n, p. 769. — Ces deux derniers historiens et tous ceux qui les ont suivis ont presque copié le récit de La Planche. Voyez aussi les Mémoires de Castelnau, liv. I, chap. 8.