Mémoires de Du Bellav, liv
2. Original autographe d'une écriture tourmentée et presque illisible (f. fr., vol. 6622).
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Son application au travail lui permettait de tout voir par lui-même; il lisait toutes ses lettres et corrigeait de sa main toutes les minutes qu'il devait signer^. L'ambition gâtait ces qualités solides. Il la laissait percer dans les petits détails ; sa maison était montée comme celle d'un roi^; il entretenait une cour nombreuse ; il signait Français ^ privilège que les princes du sang eux-mêmes laissaient au roi^.
Son frère, Charles de Guise, cardinal de Lorraine, était aussi propre à gagner les hommes que François de Guise à les commander. Archevêque de Reims et cardinal dès sa jeunesse , il s'appliqua à l'étude et y excella. Son éloquence naturelle tranchait avec les amplifications pesantes des Sorbonnistes. Du haut de
1. Blaiee de Monluc dans ses Commentaires a signalé le premier ce trait de caractère du duc de Guise (édit. de la Société de l'Hist. de France, t. Il, p. 258). Tous ceux qui ont parcouru les collections Saint-Germain, Gaignières et Béthune à la Bibliothèque nationale savent que cet éloge est mérité. Les minutes autographes du duc de Guise ou corrigées de sa main sont innombrables.
2. Aussitôt après la mort de Henri II il tint table ouverte à tous les seigneurs de la cour. (Lettre deThrockmorton du 13 juillet 1559; Calendars of state papers ; forcign séries, règne d'Elisabeth, 1559, p. 378.)
3. M. Berriat Saint-Prix a signalé le premier, dans les Mémoires de la Société des antiquaires de France (t. IV, p. 133 et 485), cet indice de Tambition du duc de Guise. Il signale comme une rareté les lettres signées François. Cette signature se rencontre très fréquemment dans les recueils de sa correspondance (f. fr., vol. 3082, 3123, 3132, 3312, 3323, 20441, etc.; coll. Clairambault, vol. 61 et 62). Elle figure notamment dans une bien curieuse pièce, l'ordre du combat de Jarnac et de La Ghasteigneraye, bien que François de Guise ne fût alors que comte d'Aumale (f. fr., vol. 3132, f. 9). Et, sans recourir à des documents manuscrits, on trouve dans les Mémoires-journaux du duc de Guise, publiés par M. Champollion, d'innombrables preuves de cette orgueilleuse coutume de ce seigneur.
10 AHTOI9B DM BOCRBOV
b chaire oo dms h couvcrsjtioa, sa parafe josqa^â ses emeiDis. Âo sortir cTooe ooiéÉrenee avee œt orsLeor, de Bat écrnrait : c Si f ai^ telle éléc gaoœ que M. le canfinal de Lomioe, pespèrcraîs € convertir et rendre nioitié des persooues de h PVittce € à b rel^îoQ de bquelle fais profiessÎQO*. » M^^ii reosefDeot, ime cupidité insatbbb asser^^ e^NTÎt. n trafiquait, malgré ses trois cent niDe Erres de rente, des chaînes de Fétat et des bénéfices jpcdésiastiques. Théologien profond, hdbile diplomate, financier avancé pour son siède^ ministre fertile en expédients* capable de tout diriger, mais dépourvu d^élévatioo morale^, le cardinal de Lorraine prit et garda toujours le premier rang dans Téglise et Félat, mais n'obtint jamais Testime de ses contemporains.
Tels étaient les deux hommes que François D se donnait pour maîtres. Le règne si court de ce prince ne leur permit pas de dévek]f>per leurs desseins. Ontik aspiré pour euxHnèmes, ccmune Font écrit leurs ennemis, François de Guise à la couronne, le cardinal de Lorraine à b tiare? Les deux ambitieux ont emporté leur secret dans b toBohe*.
1 . Extrait d'an mémoire contemporain publié dans les Négoemtitms smu le règne de François II, par L. Paris (p. 799). Brantôme fait allasion à ce mot de de Bèze {Grands capitaines. Vie da cardinal de Lorraine).
ï. En 1559, an Italien, nommé Benevento, disentait aTec le cardinal de Lorraine une suite de projets contenant des réfonnes très avancées pcrar le temps (f. fr., vol. 15873, f. 193 ei suit.).
3. Bur ses mœurs, voyez dans les Relations des ambassadeurs ténitient (Collection des documents inédits, t. I, p. 439) un jugement favorable en contradiction avec les accusations des pamphlétaires protestants.
4. Voici les derniers vers d'un sonnet sur ces deux seigneurs,
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Le duc et le cardinal étaient fils du premier duc de Guise, mort en 1550, et d'Antoinette de Bourbon- Vendôme, tante du roi de Navarre, qui habitait ordinairement le château de Joinville en Champagne ^ . Ils avaient plusieurs frères : Louis de Lorraine, cardinal de Guise, célèbre par sa gourmandise; Claude de Lorraine, duc d'Aumale, grand veneur de France, gendre de Diane de Poitiers; François de Lorraine, grand prieur et général des galères ; René de Lorraine, marquis d'Elbeuf. Parmi les filles, deux étaient au couvent; une autre, Marie de Lorraine, épouse en secondes noces de Jacques Stuart, roi d'Ecosse, était la mère de Marie Stuart. Tous occupaient des situations élevées et contribuaient à établir sur de plus fortes assises la grandeur du chef de leur maison .
Philippe n avait reçu la nouvelle de la mort de Henri II à Gand le 14 juillet '. Il écrivit à la reine mère et à Marguerite de France, duchesse de Savoie^, et envoya à la cour don Luis de Gristoval, prince de Léon et duc d'Arcos, pour saluer le nouveau roi. La
assez répandu au xvi« siècle (f. fr., vol. 10190, non pag.) :
Car l'ung de soy, congnoissant combien craint, Veult estre ung roy, sa justice il advance : Et l'aultre ung pape imité, tant est saint.
1. Marie Stuart, sa petite-fille, lui abandonna, en preuve d'amitié, le présent que la ville de Paris devait offrir à la jeune reine à sa première entrée solennelle (Arch. nat., cartons des rois, K n° 93 ; lettres pat. du 14 juillet 1559).
2. Négociations sous François II, p. 4 et 9. La lettre du roi d'Espagne (p. 4) n'est pas datée dans Timprimé, mais il s'en trouve aux archives nationales une copie datée du 14 juillet.
3. Minutes originales de deux lettres de Philippe II à la reine mère et à Marguerite de France, en date du 14 juillet (Arch. nat., K. 1492, n- 53).
présence du prince d'Orange rehaussait l'éclat de la mission. Le duc d'Arcos était porteur de lettres du roi d'Espagne pour le cardinal de Lorraine, le duc de Guise et le maréchal Saint-André, et même pour le connétable, dont l'ancienne faveur pouvait avoir des retours ^ Mais cet acte de prudence n'engageait pas sa politique. Philippe II, informé des troubles qui se préparaient en France, approuvait formellement l'élévation des Guises. Lorsque l'ambassadeur, Sébastien de l'Aubespine, évèque de Limoges, lui notifia, le 19 juillet, le choix du nouveau gouvernement, le roi fit semblant d'oublier que le cardinal de Lorraine avait été le plus ardent adversaire du cardinal de Granvelle aux conférences de Gateau- Gambrésis; il vanta c la grandeur, preudhommye et
< expérience des dicts seigneurs le cardinal et duc de
< Guise, » et dit c qu'il les tenoit pour perpétuels c conservateurs de la bonne paix et mutuelle amytié, c de laquelle ils ont esté principaulx ministres et pro- € moteurs^. » Le duc et le cardinal répondirent à cette ouverture^. Ain^ se noua entre les ministres lorrains et le roi d'Espagne une alliance qui devait durer aussi longtemps que les troubles de France.
En retour de l'ambassade du duc d'Arcos, le roi envoya à Gand le prince de Gondé, accompagné de
1. Minute originale de la main de Philippe II, datée du 15 juillet 1559 (Archives nationales, K. 1492, n« 56). La lettre du roi d'Espagne au connétable est publiée dans les Négociations sous François II, p. 4.