Négociations sous François II, p. 21 et
3. Lettres du cardinal de Lorraine et du duc de Guise au roi d'Espagne (août 1559) (Arch. nat., K. 1492, n<» 62 et 63).
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François de Glèves, comte d'Eu. Sa mission était de saluer le roi d'Espagne et de prêter, au nom de François II, le serment d'observer la paix de Cateau-Cambrésis. Au moment du départ, le cardinal de Lorraine lui remit mille écus, subvention dérisoire en comparaison des sonmies prodiguées à Melchior des Prez, seigneur de Montpezat, envoyé en même temps vers l'empereur, simple gentilhomime , qui n'avait d'autre titre à cette faveur que d'être lieutenant de la compagnie du duc de Guise ^. Malgré l'insuffisance de la rétribution, Gondé ne réclama rien au roi ; il mit ses terres en gage et se fit escorter par une suite de < sept ou huit vingts c gentilshonmies^. »
Le premier soin du duc de Guise et du cardinal de Lorraine fiit de réorganiser le gouvernement. Le chancelier François Olivier avait été remplacé, au commencement du règne de Henri II, par Jehan Bertrand,
1. D*Aubigné, Histoire universelle, 1626, t. I, p. 118 et 1Î9. L'empereur envoya à Paris, en retour de cette mission, le comte Wilhelm Trambesetz, frère du cardinal d'Augsbourg (Lettre de Chantonay à Philippe EL, du 16 août 1559; Arch. nat., K. 1492, n« 66). Quelque temps après, au commencement d'octobre, le roi renvoya à Tempereur le s. de Montpezat et lui adjoignit Sansac, un secrétaire du cardinal de Lorraine et trois gentilshommes, pour donner avis à la cour impériale de son sacre (Lettres do Chantonay à la duchesse de Parme du 5 et du 22 octobre; Recueil conservé aux archives de Bruxelles, f. il et 14). Ces deux missions pourraient être confondues. L'empereur répondit à la seconde en envoyant le baron de Vernestein à la cour {Négociations sous François II, p. 217).
2. Condé n'était pas riche. Il ne touchait que 4000 liv. de pension tandis que Goligny avait 8000 liv. et le duc de JiOrraine 24,000 liv. (Quittances; Arch. nat., K. 92, n"» 27, 29 et 41). Sur les suites de la mission de Gondé voyez les Négociations sous Fran^ çois II, p. 61, 76, 80, 83 et 86.
archevêque de Sens et cardinal, à cause d'un mal d'yeux qui lui défendait tout travail. Il avait perdu les sceaux, mais gardé la faveur du roi et même le titre et les prérogatives de l'état de chancelier*. Jehan Bertrand, dit La Place, était un homme de cour, de médiocre instruction, dont la servilité avait fait la fortune. Pour plaire aux grands < il ne luy challoit de € bailler lettres contraires les unes aux autres. » Cette facilité faisait dire à un courtisan : c M. le chancelier c est si prompt à sceller que, si je luy présentois mon € mulet, je croy qu'il le séelleroit^. > Le 12 juillet, François Olivier fut rappelé par une lettre du roi^ et rentra triomphalement au Louvre avec un cortège de cent chevaux*. Ce choix prévenait favorablement les corps judiciaires.
Jean de Saint-Marcel, seigneur d'Avanson, céda la superintendance des finances au cardinal de Lorraine, mais resta conseiller du roi. On disait à la cour qu'il aVait pénétré le secret de l'ambition des Guises et que les nouveaux favoris n'osaient braver ses indiscrétions^. Jacques d'Albon, sire de Saint-André, maréchal de France et premier gentilhonmie de la chambre du
1. Histoire de France du P. Daniel, t. X, p. 636, notice du P. Griffet, et lettres patentes de Henri II, du 22 mai 1551, dans V Histoire du Languedoc, preuves, col. 114. Voy. aussi Tessereau, Histoire de la grande chancellerie, t. I, p. 112.
2. La Place, Estât de religion et république, coll. du Panth. litt,, p. 36.
3. Chronique sur le règne de François II (f. fr., vol. 5315, f. 1).
4. Lettre de Throckmorton à la reine d'Angleterre, du 13 juillet 1559 (Calendars ofstate papers, foreign séries, règne d'Elisabeth, 1559, p. 378).
5. Lettre de Ghantonay, du 8 mars 1560 (Recueil conservé aux arch. de Bruxelles, f. 48, r*).
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feu roi, un des seigneurs les plus riches du royaume, s'était montré, au retour des conférences de Cateau- Gambrésis, l'adversaire du duc de Guise et l'allié du connétable. Il changea de parti à l'avènement de François II et promit sa fiUe unique, avec tous ses biens, à un des fils de Guise. Ge marché accepté. Saint- André ne fut pas inquiété dans ses charges^.
Le conseil du roi vivait encore de l'organisation édictée par Henri K^. Le conseil privé se réunissait le matin et le conseil des affaires dans la journée. Les deux n'avaient que voix consultative vis-à-vis du roi. Le premier traitait les grandes questions; le second, composé de secrétaires d'état ou de finance, expédiait les affaires courantes. Sa formation était réglée par le bon plaisir du roi : c Quant au conseil des affaires, dit € La Planche, de tout temps on n'y a appelé que ceux c qu'on a voulu ^. » Pendant les séances, les portes restaient fermées à clef et les huissiers étaient responsables € sur peine d'estre punis corporellement » de l'entrée de tout étranger V
1. La Planche, Estât de France sous François II, édit. du Panth. litt,, p. 205. La fille du maréchal Saint-André, Catherine d'Albon, mourut peu après au monastère de Longchamps sans avoir été mariée.
2. Il y avait plusieurs sortes de conseils du roi, dont la composition variait suivant la compétence. Sur cette matière, qui reste obscure parce qu'elle a subi de nombreuses variations qui ne sont pas toutes bien connues, voyez Tlntroduction des Mémoires du chancelier Le Febvre d'Ormesson par M. Chéruel, dans la Collection des Documents inédits. Nous ne parlons ici que du conseil, dit privé, le seul qui eût une action sur les affaires du gouvernement.
3. La Planche, Estât de France sous François II, édit. du Panth. lut., p. 208.
4. Règlement de Henri II en date du 3 avril 1546 (1547) (coll. Brienne, vol. 257, f. 41).
Le conseil privé, réorganisé sous Tinfluenoe des Guises, compta les trois frères du roi, dont Talné était à peine âgé de neuf ans, les reines Catherine et Marie Stuart, les cardinaux de Lorraine, de Toumon, de Guise et de Ghaslillon, le duc de Guise, le connétable, les ducs d'Aumale et d'Estampes, les maréchaux de Saint-André et de Gossé-Brissac, Tamiral de Coligny, le chancelier Olivier ; Michel de THospital, futur successeur d*Olivier, alors conseiller au parlement et premier président de la cour des comptes ; Jean de Morvilliers, évéque d'Orléans, successivement ambassadeur à Venise , à Rome , au concile de Trente et chancelier de France après THospital ; Charles de Marillac, archevêque de Vienne, Jean de Monluc, évéque de Valence , frère de l'auteur des Commentaires^ André Guillart du Mortier, tous trois négociateurs habituels de Henri II, François d'Avanson et Nicolas de Pellevé, évéque d'Amiens. Parmi ces vingt-deux conseillers, plusieurs ne jouissaient que d'honneurs nominaux. Le roi n'avait d'autre opinion que celle de ses oncles; ses trois frères étaient des enfants, Marie Stuart encore étrangère à la politique ; les cardinaux de Tournon^ et de Ghastillon, Montmorency et l'amiral de Coligny étaient en disgrâce, Brissac en Piémont, Jean de Monluc et Marillac les agents de la reine mère, Saint- André et Morvilliers des Guises. Tous les princes du sang, le roi de Navarre, le prince de Gondé, le cardinal de Bourbon, le prince de la Roche-sur- Yon, le duc de Montpensier faisaient partie du conseil de droit, mais
i. Le cardinal de Tournon ne fut rappelé à la cour que vers le temps de la conspiration d'Âmboise.
Tusage prévalut de n'y appeler que les conseillers agréables au roi, c'est-à-dire les Guises et leurs créatures*.
Les secrétaires d'État nommés ou conservés en fonction^ fîirent Claude de TÂubespine, frère de Sébastien de l'Aubespine, aml>assadeur en Espagne, Jacques Bourdin, Robertet de Fresne et Robertet d'Alluye, que son amour pour la belle Jeanne de Piennes avait jeté dans le camp des ennemis du connétable ^. Les officiers de la maison du roi, les officiers de justice et de finance, les capitaines du gouvernement des province^ ou des villes , créés par Montmorency ou suspects d'attachement aux princes du sang, furent renvoyés sous prétexte d'économie. Mais peu à peu les deux ministres rétablirent les charges supprimées en faveur de leurs partisans.
Cependant l'établissement du nouveau pouvoir rencontrait des difficultés. La minorité réelle du roi met-
1. Ghéniel, Histoire de l'administration monarchique en France, 1. 1, p. 350. La liste présentée par M. Ghéruel est incomplète. Ainsi, le cardinal de Lorraine, le plus important de tous les ministres de François II, n'y figure pas. Nous avons complété cette liste avec une relation de la fin du règne conservée dans la coll. Dupuy, vol. 128, f. 9. M. Baschet (Diplomatie vénitienne, p. 496) donne une autre composition du conseil. Il nomme les ducs de Savoie, de Lorraine, de Ferrare, Lansac, La Brosse et Sourdis. Nous croyons qu'il y a erreur ou confusion entre les divers conseils du roi, sauf en ce qui regarde Jean de la Brosse qui n'est autre que le duc d'Estampes.
2. Nous prenons cette liste dans une relation de la fin du règne de François II (Mémoires de Condé, t. II, p. 211).
3. NouH avons publié dans le Recueil des Mémoires de la Société de l'histoire de Paris, t. VI, une étude sur cet incident de la chronique galante du règne de Henri U.
tait en présence deux partis religieux, irrités, résolus à s'exterminer. Les princes du sang, le connétable, dépouillés du pouvoir par l'ambition des Guises, se disposaient à le reconquérir de haute lutte. Les Guises de leur côté, n'espérant pas jouir de la faveur du roi sans combat, se préparaient à la résistance. Dès le premier jour du nouveau règne, ils s'étaient attadiés à se faire un parti. Le clergé, les gens de robe et de ville devinrent l'objet de toutes les séductions du cardinal ; la noblesse et les gens de guerre de celles du duc François. Dans cette œuvre d'intrigue, Charles de Lorraine montra l'habileté, la souplesse, la fertilité d'esprit d'un courtisan consommé. Voici le récit de La Planche, l'un de ses ennemis : c Mais surtout le cardinal, ayant plusieurs cordes à son arc, se sa voit tellement transformer en toutes façons, qu'il est impossible de croire comme il se contrefaisoit en appropriant masque à son visage. Car avec une grande ruse il attiroit chascun, en sorte que d'euxmêmes et à son clin d'œil ils entreprenoyent ou bien conceilloyent ce qu'il n'eust osé luy-mesme desgorger de son estomac. Et sitost qu'il avoit barre sur quelqu'un , comme les François sont prompts à se présenter, il les savoit tellement arrester court qu'ils n'eussent peu reculer puis après sans encourir un extresme péril * . »
i. Régnier de la Planche, Estât de France sous François II, édit. du Panth, litt., p. 232. Nous ferons de très fréquents emprunts à cet annaliste, historien exact autant que pamphlétaire éloquent. Il était attaché à la maison de Montmorency et mérite toute confiance pour son exactitude. Malheureusement ses récits sont entachés de passion, défaut qui exige un contrôle perpétuel, sinon pour les faits, au moins pour les jugements qu'en tire Fauteur.
Le premier prince du sang, le roi de Navarre*, absent au moment de la mort de Henri II, ne pouvait devenir redoutable qu'après son retour à la cour. Les Guises essayèrent de neutraliser ses efforts d'avance, en lui enlevant l'appui de la reine mère, et ils se mirent presque au service des passions de Catherine, afin d'attirer cette princesse à leur parti. Le jour même de la mort du roi, ils firent réclamer à Diane de Poitiers les diamants et les joyaux de la couronne qu'elle avait portés sans pudeur aux fêtes de Henri II. Le lendemain, 1 1 juillet, les secrétaires du roi en dressèrent l'inventaire^. Cette restitution faite, Diane fut chassée de la cour c en raison de sa mauvaise influence auprès de c Henri IP, > ainsi que sa fille la duchesse de Bouillon ^. De tous les Guises dont elle avait été la protectrice, un seul, le duc d'Âumale, prit sa défense. Encore était-il l'héritier de la favorite, circonstance qui enlève tout caractère chevaleresque à son dévouement^. Catherine, quoi qu'en ait dit La Planche, ne se montra
i. ThrockmortOD, en annonçant à la reine Elisabeth l'élévation des Guises, observe qu'il ne saurait rien y avoir de définitif avant l'arrivée du roi de Navarre (Lettre du 13 juillet 1559; Calendars of itaUpapers, foreign séries, règne d'Elisabeth, 1559, p. 377).