La Planche, p
2. Lettre de Chantonav, du 18 mars 1560 (Recueil conservé aux arch. de Bruxelles, f. 54).
3. Cette scène a été reproduite dans une des gravures du célèbre recueil de Tortorel et Périssin, qui, elle-même, a été regravée en tête de l édition de VEstat de France sous François II, donnée en 1836 par M. Mennechet.
BT JBANNE d'aLBRET. 183
c cruautés et inhumanités qui s'exercent ^ » Le car^ dinal de Lorraine, qui commençait à se rassurer, nommait au roi les chefs de la conjuration à mesure qu'ils montaient sur l'échafaud ; et lorsqu'ils mouraient avec plus de courage, disait au roi : c Voyez, Sire, ces c effrontés et enragés, voyez que la crainte de la mort c ne peut abattre leur orgueil et félonie. Que feraientc ils donc s'ils vous tenoient! » Le roi, le faible Françms II, plus intimidé que les victimes, se plaignait, les larmes aux yeux, du grand nombre de ses ennemis. Suivant La Place et d'après le conseil de l'ambassadeur d'Espagne, il dit un jour au duc de Guise : c Je ne sais c que c'est, mais j'entends qu'on n'en veut qu'à vous, c Je désirerais que pour un temps vous fussiez hors < d'ici, afin que l'on vit si c'est à vous ou à moi que c l'on en veut. > Le duc répondait que son départ livrerait la couronne aux Bourbons, les mortels ennemis du roi, et terrifiait le monarque au souvenir des dangers qu'il avait courus^. Ivre de colère et de vengeance, ce grand homme de guerre semblait se plaire au milieu des bourreaux. La Planche raconte qu'il reçut, dans une de ces sanglantes journées, un gentil-
1. La Planche, Estât de France sous François II, p. 263 et 265. ^0118 acceptons le récit de ce fait parce que tous les historiens Font vapporté et que nous n'en avons pas la preuve négative. Mais il
t douteux que la duchesse de Guise fût présente à Amhoise.
effet Catherine de Médicis lui écrit au mois de mars (sans
«3ate de jour) et l'engage à ne pas venir à la cour c et à temporiser
m un peu à Reims ou à Nanteuil. i {Lettres de Catherine de Médicis,
X,, I, p. 132, dans la coll. des Documents inédits.)
2. La Place, Estât de religion et république, p. 38, édit. du Panth. au. De Thou place ce fait quelques jours après la conjuration (ïï, 788).
homme du duc de Longueville, malade à Ghàteaudun^ : c Dites à votre mattre, dit-il au messagar, qu'il se c resjouisse et guérisse. Pour moy, voici la viande c dont je me repais. » Et, sur un signe, il fit amener un capitaine de haute taille, qui fut pendu auasîtAt à une des fenêtres de la chambre *.
Dans la semaine qui suivit la mort deLaRenaudie, les bourreaux exécutèrent publiquement plus de vingt gentilshommes ^. Mais leur activité ne pouvait suffire aux besoins de vengeance des favoris lorrains. Lies prisons regorgeaient d'accusés. Avant même le 1 8 mars on avait songé à des supplices plus expédiUfs que la potence^. Les capitaines reçurent l'ordre de se débarrasser, en traversant le pont, du trop plein de leura prises. Ils faisaient lier les mains des prisonm'era et les précipitaient dans la Loire. Le 1 7 mara on noya vingt-deux hommes dans des sacs, le 1 8 on en noya vingt-cinq ^.
1. Leduc de Longueville n'était pas absolument étranger au parti réformé, comme on le voit par les lettres que lui adressait Calvin (Bonnet, Lettres de Calvin, t. II, passim). Plusieurs historiens disent que Longueville était le gendre du duc de Guise. Il ne le devint que quatre mois après en épousant une de ses filles qui avait huit ans (Lettre de Gabriel de la Gueva, du 42 juillet 1560 ; Arch. de la secret. d'État d'Espagne, leg. 358, f. 26).