‹ Antoine de Bourbon et Jeanne d'AlbretChapitre 79 sur 133 · n TCQt dire ée Im «de ée Oilrût · texte numérisé non relu

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fortes racines, les calvinistes n'avaient encore fait que paraître. Les habitants de la ville étaient animés d'un sentiment d'opposition très vif contre leur évéque, Jacques Desprez de Montpezat. Ce prélat, comte de la ville, avait débuté par des mesures rigoureuses, d'autant plus mal accueillies par une population fière et indépendante que les souvenirs laissés par Jean de Lettes de Montpezat, son oncle et son prédécesseur, auraient dû lui imposer plus de réserve dans l'exercice de ses droits^. Montpezat, dégoûté de son siège épisoopal, vivait à la campagne dans les seigneuries de Montpezat et de Piquecos, livré à la société de quelques familiers qui partageaient sa passion pour la chasse. L'amiral de Goligny, suivant l'historien Lebret, jugea roccasion favorable pour implanter la réforme en Quercy. Il envoya à Montauban, à la fin de l'année 1559, deux ministres, Grescent et Yignaux. Les novateurs trouvèrent de l'appui chez les amis de l'ancien évêque, Jean de Lettes. Ce malheureux prélat s'était déterminé à embrasser la réforme, sur les conseils des frères Galvet. Aussitôt après sa fuite, l'un des Calvet, officiai du diocèse, avait été dépouillé de sa charge ; mais il feignait tant de repentir que Jacques Desprez lui laissa la cure deMontalzat. Hugues Galvet, son frère, conseiller du sénéchal, reçut les ministres Grescent et Yignaux et leur procura des auditeurs. Le curé de Montalzat se mit au nombre de leurs disciples. Il donna bientôt à la réforme des gages plus décisifs ; il apostasia solennellement et se fit marier de la main même des nouveaux ministres. Dès ce jour, il prêcha lui-

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même en faveur du calvinisme^ soit à Montalzat, devant ses paroissiens, soit à Montauban, où il se rendait souvent en secret^.

Suivant de Bèze, la réforme fut apportée à Mon tauban, par Bernard Goulon, habitant du pays, réfugié à Paris depuis quelques années. Goulon ne fit d'abord que quatre prosélytes, Kerre du Perrier, Jean Constant, Pierre Cabas et Jean Montanier. Ils se réunissaient pendant la nuit dans une maison du faubourg du Houstier pour célébrer la cène, lire la Bible et confesser leurs péchés en conmiun. De nouveaux fidèles se joignirent à l'Église naissante. L'un d'eux était François Calvet, curé de Montalzat, qui, le lendemain, amena au prêche son frère, conseiller du ràDéchal. Dès ce jour, la prédication de Coulon obtint des succès si rapides que les réformés, assez nombreux pour braver leurs ennemis, osèrent se montrer Wk grand jour^. Un des nouveaux convertis, un coutelier nommé Finemine, étant mort dans les premiers jours de Tannée 1560, le 13 janvier au soir, les fidèles, conduits par l'un des ministres, allèrent lever le corps et le portèrent au cimetière Saint-Michel en chantant les psaumes de Marot. Le dimanche; suivant, ik envahirent l'église Saint-Louis ; plusieurs ministres montèrent successivemeot en chaire ^4 prè*

1. Lebret, Hist de Mantauban, t H, p. 10, îUi, — f*.^i^U Côtoie, Hist. du Querey, 1. 1, p. 395.

2. De Bèze, 1. 1, p. 135. On lira avec fniit parmi k* mt^^mttsti^ sur les débuts de la réfomie, V Histoire d^une zilU pr^MilanU, (A/ M. Mary Lafon. L'anieiir s'est aidé de toi» b» ^^TiTt^xiSM tfftiUnt et les a présentés tous une forme rive et wsdxwnkcut,

cbèreot devant un nombreux auditoire attiré par la curiosité.

Le récit de ces cérémonies troubla la quiétude de Tévèque. 11 accourut à Montauban, manda les consuk de la ville et les menaça de les dénoncer au parlement de Toulouse. Les consuls étaient peut-être complices de ce mouvement religieux ; mais aucun d'eux n'eut l'audace de résister. L'évèque monta en diaire dans l'élise Saint-Jacques et prononça un sermon contre les novateurs. Il parla avec tant de force et d'entraînement que le peuple et les consuls jurèrent de rester fidèles à la religion catholique. Satisfait de ce succès. Montpezat reprit le chemin de Piquecos. Quatre jours après, les assemblées et les prêches recommencèrent.

 cette nouvelle, Tévêque de Montauban appda Antoine de Lomagne, baron de Terride, vieux capitaine des guerres d'Italie, un des principaux seigneurs du pays. Terride et l'évêque firent entendre aux habitants des paroles sévères qui furent peu écoutées. Les réformés savaient que Terride n'avait point de gens de pied à sa disposition, que sa compagnie d'ordonnance était licenciée et ne pouvait être convoquée sans ordre et sans argent, et qu'il n'exerçait même aucun commandement dans la province. Mais le parlement de Toulouse avait déjà pris l'éveil. Il avait envoyé au roi Antoine de Paulo, second président, et Jehan du Torner, président d'enquête, pour lui demander des ordres. La cour, grossissant le délit, représentait les Montalbanais comme prêts à se soulever et transformait les prêches de Bernard Coulon en assemblées en armes. Le roi, ou plutôt les favoris qui le guidaient, ne

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rendirent pas. Le 1*' mai, le parlement envoya une nouvelle lettre et s'adressa cette fois au connétable ^ . Q prenait mal son temps : le connétable était en pleine défaveur. Cette nouvelle démarche n'obtint pas plus de succès que la précédente.

L'audace des novateurs s'accroissait de l'impuissance de Tévèque. Ils avaient envoyé un message à leurs coreligionnaires de Toulouse ; et deux ministres, Jean Le Masson et Yignaux, étaient accourus à l'appel. Leur arrivée, que Bèze fixe au %% juin 1560, donna une nouvelle activité aux prêches. La propagande s'étendit dans le pays. Quelques semaines après son arrivée, le 13 août, Yîgnaux inaugura l'église de Moncuq, près de Lauzerte^, et celle de Négrepelisse, malgré Topposition de Louis de Garmain, seigneur de la ville'. L'évèque de Montauban, voyant son autorité méconnue, s'adressa alors au roi de Navarre. Antoine ordonna des mesures qui ne réussirent pas mieux que les menaces de Terride *.

Les prêches, après une courte interruption, avaient repris à Montauban le 4 août. Les assemblées se tenaient au grand jour dans les maisons des principaux calvinistes, dans les édifices publics et jusque dans les églises. Yignaux était l'âme de ce mouvem^it. Il s'était adjoint un professeur de poésie, poète lui-même, Jean de Bougeraye, qui tenait école

4. Lettre orig. du parlement an connétable (f. fr., vol. 20508, f. 197).

1 Bèze, 1. 1, p. 136.

3. Devais, Hist, de la ville de Négrepelisse, in-8*, 1862, brochure.

4. De Bèze et les documents originaux ne s'expliquent pas sur ces mesures. Il s*agit probablement de quelques ordres généraux.

ouverte et interprétait les psaumes en français. M. L. Paris attribue à ce professeur une pièce de vers qui permet de suivre le cours de ses idées et de juger de son enseignement ^ ; c'est une requête en style familier de Dame Française ^qm désire lire TÉcriture dans sa langue. Dame Françoise se demande pourquoi on lui défend la lecture des saints récits qu'on lui ordonne de croire, et pourquoi, après avoir autorisé les traductions en grec et en latin, l'Eglise interdit les traductions en français. Bougeraye trompait ses auditeurs en soutenant cette thèse ; l'Église éclairée n'interdisait que certaines versions venues de Genève, à cause des contresens dont elles étaient semées. Mais cette distinction échappait aux honunes du xvi* siècle. Une certaine vigueur naïve, une apparence de bon sens court dans les couplets de Dame Fratiçoise^ transformée, par les passions religieuses, en oracle de parti.

Le 28 octobre 1560, Jean de Bougeraye fiit arrêté et emprisonné, probablement à l'instigation de l'évèque. La nuit suivante, à neuf heures du soir, ses coreligionnaires envahirent en foule les prisons de l'évêché et le délivrèrent. Le sire de Négrepelisse, qui se trouvait alors à Montauban, mais sans armes et sans soldats^ ne put s'opposer à l'émeute. A la nouvelle de l'évasion, le parlement de Toulouse députa deux conseillers, Jean Goignet et François de La Garde, et son procureur général, Bertrand Sabatery, pour dresser une information. Les commissaires entrèrent sans difficulté dans les faubourgs et dans l'évêché, situé en dehors de la ville, mais ils furent arrêtés aux portes de la

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