Louis Paris, Négociations sous François II, p
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dté. Leur arrivée avait frappé de terreur les calvinistes. L'ex-curé Galvet se sentait perdu si le parlement se saisissait de sa personne. Son abjuration , son mariage ne laissaient aucun subterfuge à la défense. Quelques années auparavant, un président de chambre, nommé de Lorme, chargé de diverses missions à Montauban, avait été convaincu de concussion sur la plainte des habitants, dégradé et exilé à Saint-Malo. Galvet répandit le bruit que les juges^onmiissaires arrivaient altérés de vengeance et que la ville entière porterait la peine de cet acte de justice. Â Taide de ces rumeurs, il décida les consuls à récuser les juges envoyés par la cour. On ne doutait pas de la déférence des magistrats à cet acte de procédure. Cependant les consuls firent fermer les portes et prirent des mesures de défense. Les conmiissaires, du dehors de la ville, sollicitaient leur entrée, lorsque Galvet et un notable, nonuné Ari)ussi, chargés d'exécuter la décision des consuls, har notifièrent du haut des murailles Tacte de récusation. Si le procureur général Sabatery se fût senti le plus fort, la ville eût été obligée d'ouvrir ses portes ; mais il n'avait amené qu'une faible escorte ; les habitants menaçaient de bien se défendre. La cour impuissante prit le parti de la retraite. Les conmiissaires entamèrent une enquête dans les faubourgs. Ils trouvèrent la population si ferme contre leur intervention qu'ils ne purent obtenir aucun témoignage. On réussit même à leur cacher le nom du prisonnier évadé, bien qu'ils fissent crier dans les rues que le révélateur recevrait 500 écus de récompense et sa grâce s'il était coupable. Le parlement de Toulouse décida que, puisque aucun témoin n'avait voulu déposer de la
vidatioD des prisons de Tévédié, tous les habitaots devaient être considérés comme complices. Avant de lancer un arrêt de proscription contre la ville entière, la cour y envoya François S^uier, seigneur de La Gravière, sénéchal de Quercy. Séguier partit de Gahors où il venait de présider les Etats provinciaux ^ Aussitôt après son arrivée, il réunit les consub, les notables et leur exposa les dangers de leur obstination. La ville allait être démantelée, ses portes dénidies, les habitants écrasés d'amendes et ruinés. Quant aux consuls, ils ne pouvaient s'attendre à rien moins que d'être pendus. Le sénéchal renouvela ses menaces auprès de plusieurs bourgeois qu'il prit en particulier ; il les fit crier dans les rues. Il essaya même des moyens de séduction. Il ne réussit pas mieux que les conmiissaires du parlement de Toulouse et quitta la ville sans avoir rien découvert. Avant de se retirer le procureur général Sabatery et les deux conseillers dressèrent le procès-verbal de leur expédition. Dans cet acte, sans s'arrêter à l'opposition signifiée par Galvet, ils accusent la ville de Montauban de rébellion contre les officiers du roi. Le procès-verbal, daté du 30 novembre 1560, fut envoyé à la cour à Orléans. Au moment où il y arriva, François II venait de mourir et le parti de la rigueur, qui s'agitait à l'ombre de son autorité nominale, avait perdu son crédit. La dénonciation du parlement de Toulouse fut reçue avec
i. Lettre originale de Seguier au roi, du 16 novembre 1560 (Vc de Golbert, vol. 27, f. 176). Sa lettre est plus abrégée que le récit de de Bèze, mais le confirme sur tous les points.
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indifiérence par la reine mère au milieu des grands événements qui absorbaient son attention ^ .
Pendant le campement des conmiissaires du parlement de Toulouse sous les murs de Montauban, on avait arrêté, au village de Saini-Porquier, trois bourgeois coupables d'avoir tenu des propos contre les cérémonies de l'Eglise catholique. Les prisonniers avaient été conduits à Gastel-Sarrazin. Leurs protecteurs usèrent de tous les moyens pour les arracher à l'autorité judiciaire ; ils invoquèrent l'édit de Romorantin, qui attribuait aux évêques la connaissance du mme d'hérésie ; ainsi les accusés auraient comparu devant les juges de Tofficialité de Montauban, secrète^ ment dévoués à l'Eglise nouvelle. Us essayèrent, sans plus de succès, de corrompre le capitaine de Gastel- Sarrazin. Les conunissaires paraissent avoir usé d'indulgence, car de Bèze, sans s'expliquer, assure que les desseins des c persécuteurs s'en allèrent en fumée > .
IjC roi de Navarre était lieutenant du roi en Rouergue et possesseur, par son mariage avec Jeanne d'AIbret, du comté de Rodez ; mais il n'y exerçait guères que des redevances féodales. La véritable autorité apparu tenait au cardinal d'Armagnac, évêque de Rodez. Les fonctions d'ambassadeur de ce prélat l'avaient tenu éloigné du diocèse pendant le règne de Henri IL Son absence prolongée avait laissé le champ lilK*e aux réformés^. A Yillefranche , à Gahors, à Figeac, pen-
i. Gathala Goture, Hist, du Quercy, 1. 1, p. 397. — Lebret, Hist. de Montauban, t. U, p. 12.
2. Il était encore à Rome le 28 décembre 4559 (Lettre du cardinal d'Armagnac à la reine mère, de cette date; Orig., f. fr., toi. 2812, f. 11).
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dant Tété de 1560, quelques ministres panirent et commenoèrent à prêcher. Le 1 4 septembre, Massencali premier président du parlement de Toulouse, et Bertrand Sabatery, procureur général, signalèrent au cardinal de Lorraine la création de ces églises. Dès les premiers jours de leur établissement, elles s'organisèrent; des officiers furent élus, des règlements de police promulgués, des cotisations votées et perçues ; en même temps, par prudence, les meneurs levaient et armaient des soldats ^ •
A la fin d'août, le cardinal d'Armagnac arriva de Rome et visita son diocèse ; il envoya c de bons et c catholiques prêcheurs » dans les principales villes pour balancer l'influence des ministres. Ces efforts ne furent pas soutenus. Le cardinal quitta Rodez au milieu de septembre et alla rejoindre le roi de Navarre. Les officiers de justice manquaient d'ai^rat et n'osaient prendre aucune initiative. Les revenus du domaine royal avaient été aliénés en faveur de l'infante de Portugal. L'évèque de Vabres, suffragant du cardinal d'Armagnac, n'avait ni autorité ni crédit. Le sénéchal, c détenu de griefve maladie puis € troys ans, » s'était retiré à Toulouse et ne pouvait € bouger de son grabat. » Le roi, informé de ce désordre, écrivit, le 17 septembre, une lettre sévère à ses officiers de Rouergue, et le juge mage déploya son zèle en saisissant les gages de l'infortuné sénéchal».
i. Lettre orig. de Massencal et de Sabatery au card. de Lorraine (f. fr., vol. 15873, pièce 2).
2. Lettre orig. des officiers de Rouergue au card. de Lorraine, en date du 4 nov. 1560 (Vc de Golbert, voL 27, f. 148). — Une
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Ud gentilhomme du Rouergue, le seigneur de Berthelaine, avait fondé l'Église de Hilhau. Le cardinal d* Armagnac, aussitôt après son arrivée, y envoya un de ses plus zélés- missionnaires ; mais il y fut mal reçu et finalement renvoyé^. Le %% septembre, Berthelaine réunit les principaux calvinistes de la ville et les décida à envoyer à Genève Tun d'entre eux, Bernard Vaisse, pour demander un ministre. Yaisse revint avec un rtfugié normand. Biaise Malet, qui s'était fait connaître à Berne et à Lyon par ses prêches. A Hilhau, conmie dans presque toutes les villes, les réformés s'étaient emparés de l'enseignement. Ce fut dans la maison de l'école que Malet réunit ses coreligionnaires. Le jour même de son arrivée, il prononça on premier sermon devant un auditoire composé, d'après de Bèze, de plus de 300 personnes^.
L'évèque de Vabres, effrayé de ce voisinage, leva quelques soldats sous le commandement du seigneur de Belcastel. Les chefs calvinistes de Milhau prirent la fîiite à son approche et Malet et Yaisse se cachèrent à Gambon, à deux lieues de la ville. L'évèque de Vabres, victorieux sans combat, et le sire de Belcastel entrèrent en triomphateurs c tabourins sonnants et enseignes € déployés » à Milhau. Ils connurent bientôt la retraite du ministre fugitif. Malet, Yaisse, Montrosier et quatre bourgeois furent arrêtés et traînés à Rodez c si c cruellement liés que le sang leur sortoit » . Belcastel
lettre des mêmes officiers au roi et sur le môme sujet se trouve dans le fonds français, vol. 6626, f. 33.
1. Lettre des officiers de Rouergue au card. de Lorraine, en date du 4 nov. 1550 (V« de Golbert, vol. 27, f. 148).