‹ Antoine de Bourbon et Jeanne d'AlbretChapitre 81 sur 133 · Bèze, t. I, p · texte numérisé non relu

Bèze, t. I, p

fit enfermer les accusés dans la vieille tour de Tévèdié et s'occupa de dresser le procès. Pendant les praniers jours de leur détention , les prisonniers furent bien traités, dit de Bèze, mais bientôt on usa de rigueur; ils ne recevaient que du pain et c quelque peu de c vin ». Des amis cachés trouvèrent moyen de faire passer aux accusés c six liards par jour pour avoir c de la pitance ».

Le procès fut instruit par Raymond Gayron, lieutenant criminel. La crainte du supplice détermina Montrosier à abjurer. Malet et Yaisse, au contraire, persistèrent dans leur foi. Divers témoins déclarèrent qu'ils avaient présidé des assemblées en armes, mais les témoignages parurent douteux. Le tribunal, présidé par M* Texandier, juge mage, était composé de treize magistrats : sept opinèrent pour les galères et six pour la potence. Ce partage ne contentait pas Tévéque. Le président s'efforça de ramener la majorité à ropinion la plus sévère ; mais il s'éleva dans le prétoire une discussion si passionnée que chaque magistrat modifia son jugement. Plusieurs même, entraînés par la dispute, passèrent d'une thèse à l'autre . Ainsi se trahissait l'incertitude qui planait sur les délibérations des corps judiciaires plus encore que sur les conseils du gouvernement. La division rendait l'accord impossible. Le juge mage renvoya la séance. Le lendemain, les avocats et les gens du roi, suivant leur droit, exercèrent de si nombreuses récusations qu'il ne resta qu'un seul magistrat au banc des juges. Les lois de la procédure, alors comme aujourd'hui, autorisaient le tribunal à s'adjoindre des avocats ; mais il se trouva que tous les avo-

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cats capables de siéger plaidaient pour les coupables. L'instruction ne pouvait aboutir faute de juges. Le s. de Roquette, procureur du roi, remit les dossiers au parlement de Toulouse, et le procureur général cita les accusés. Ils auraient infailliblement été condamnés. La mort de François II et Tédit de janvier les firent mettre en liberté ^

A Yillefrandie de Rouergue, vers le mois d'octobre, s'était établi un ministre , nommé La Rive , qui prêdiait habituellement, conmie Malet, dans la maison de l'école. Les menaces des catholiques l'obligèrent à se retirer. Il alla à Genève, mais il revint peu après avec un collaborateur nonuné Jean Chrétien , dit La Garande^ .

En Guyenne, l'autorité du roi était représentée par des officiers phis dévoués que capables de pacifier le pays. Charles de Coucy, sire de Burie, vieux capitaine usé dans les guerres d'Italie, était lieutenant du roi de Navarre depuis le commencement de 1 558 ^, aux gages de 500 livres par mois ^. Soit indulgence naturelle, soit acquiescement secret, soit plutôt qu'il eût perdu la fougue de la jeunesse, Burie était plein d'indulgence pour les séditieux. Ses lettres contrastent ainsi avec celles des autres capitaines, généralement gens d'action, grossissant les délits et toujours disposés aux mesures extrêmes. Pierre d'Ossun, seigneur originaire

1. Bèze, 1. 1, p. 212. Pour les noms des magistrats nous avons saivi la version de la lettre inédite citée dans la note 2 de la p. 248.

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