Mémoires de Jacques Gâches, publiés par M. Pradel, in
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moqueries vî&è-vis de Taccusé, le lieutenant principal, Pierre Redon, lui offirit à boire. Le pauvre homme répondit qu'il était demeuré deux jours sans boire ni manger, et que, s'il plaisait à ses juges lui donner quelques fruits pour l'amour de Dieu , ils lui feraient une grande grâce. Sur cette requête, qui toucha les assistants , on lui permit de prendre un morceau de pain, quelques cerises et un verre de vin. Le ministre, s'avançant un peu, autant que le permetr tait le poids de ses fers, récita à haute voix quelques oraisons pour le salut du roi et de ses officiers. Puis il prit le pain et les fruits qu'on lui offrait. Les juges s'étaient levés, le chapeau à la main, et ne reprirent leur siège que lorsque l'accusé eut achevé ses prières. Quand il eut bu et mangé, il rendit grâces à Dieu. Alors commença un interrogatoire que deBèze a inséré tout au long pour l'édification de ses coreligionnaires. Monluc lui ordonna de dénoncer ses complices , les logis où il avait prêché , le nom de ses auditeurs ordinaires. Les juges le menacèrent de tous les supplices, jusqu'à faire flamber de l'huile bouillante sur son corps. On avait trouvé un petit brevet caché dans ses vêtements, où les noms de plusieurs habitants et de deux conseillers étaient inscrits. Fontaine avoua qu'ils étaient calvinistes. Sur-le-champ Monluc et son fils, Charles de Monluc, dit le capitaine Peyrot, se précipitèrent sur les maisons désignées pour arrêter les coupables. Un chanoine de Saint-Gaprais , maître Clément de la Lande, qui portait une épée et une rondelle sous sa robe de damas, et un consul de la ville, Marcial de Nort , accompagnaient les deux capitaines, criant qu'on tuât tout et qu'il fallait exterminer les
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hérétiques. Od n'airéU que deux bourgeois; les autres avaient pris la fuite ^
Les accusés devaient être traduits devant la cour présidiale, mais la présence parmi les coupables de deux conseillers sur neuf fin^pait de suspicion les arrêts de ce tribunal. Plusieurs fugitifs, sur lesquds pesaient les diar§:es, étaient parents on alliés des magistrats. En conséquence les consuk les récusèraot en masse et demandèrent au parlement de Bordeaux des juges conunissaires. Le roi seul pouvait soustraire les accusés à leurs juges naturds. Bernard d'Aspremont fut d^Hité à la cour pour le lui danandor ^. Il passa à Bordeaux « suivi de Pavocat Boissonnade et d'un moine« surnommé le Moine de Cous, et obtint des lettres de recommandation du pariement. Le roi nomma une conunission, et les trois députés s'en retournèrent. Aspremont rapporta des litres de féli* citations pour les consuk d'Agen, entre autres pour de Nort, que le cardinal de Lorraine chargeait d'une sorte de surveillance dans la sénéchaussée^.
Cependant les bourgeois échappés d'Âgen s'étaient réfugiés à Nérac, auprès du roi de Navarre. Ils lui persuadèrent que Biaise de Monluc tranchait du lieutenant du roi à Agen et méconnaissait Tautorité du yni gouverneur. Antoine, offensé dans sa dignité, commanda aux habitants d'Agen de mettre en liberté le procureur Lagrange ^ et envoya un des capitaines de sa
!. Bèze, L L p. eOI.
"î. Hwplstw des deîiberaiiocs coosalain» d'Agen, 1560, f. 56 <Arch. munie, d Ap?n .
3 Rèi»\ i. I. p. ^X>. 4. Uttrts d'Antoine de Bourbon fi de JtMsnnê d'AUnret, p. 211.
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compagnie à Âgen avec quelques hommes d'armes ^ . De Nort et les autres consuls protestèrent contre cette occupation et signifièrent que ni le roi de Navarre ni ses capitaines n'entreraient dans leurs murs, dussentils subir un siège. Outre l'effroi que les gens de guerre inspiraient alors aux bourgeois, ceux-ci se méfiaient des tendances d'Antoine, qui ouvrait un asile à tous les fugitifs. Les plus ardents l'accusaient de préparer une trahison, à l'instar de son oncle, le fameux connétable de Bourbon ; les plus modérés l'appelaient hérétique et fauteur d'hérésie. Bientôt, les esprits s'échauffant, le bruit courut que les réfugiés avaient rassemblé une troupe armée pour surprendre Âgen par escalade. Les consuls épouvantés firent entrer dans leur ville Alain de Montpezat, seigneur de Loignac, avec tous les soldats que l'on put réunir ; Loignac, capitaine peu expérimenté, prit son rôle au sérieux. Il mit les murs en état de défense et posa des corps de garde, qui veillaient jour et nuit. Un soir, par un temps obscur et pluvieux, une sentinelle donna l'alarme. Les consuls, les bourgeois, les soldats accoururent sur les remparts et passèrent la nuit sous les armes, prêts à repousser un assaut. Au lever du jour, n'apercevant aucune troupe ennemie, les plus hardis sortirent en reconnaissance et trouvèrent dans un pré, au pied des murs , deux juments échappées la veille, qui, en galopant sur des sentiers pavés de cailloux , avaient mis en éveil l'ar^ deur martiale des Agenais ^.
1. Agen est signalé dans un état original de cette époque comme la garnison ordinaire de la compagnie du roi de Navarre (Orig., signé de Montmorency; f. fr., vol. 3242, f. 45).