Bèze, t. I, p
Tout n'était pas vain dans ces craintes. Fontaine était toujours en prison. Le récit vrai ou faux de ses tortures exaltait les calvinistes. Â la fin de juin, un seigneur du pays, le sire de la Maurelle, assisté de son gendre , le sire de Meun , tenta de délivrer le ministre. Il rassembla des troupes de bonne volonté (un témoin parle de quatre mille honunes) et se mit en campagne. Le roi de Navarre fut informé à temps de la levée, qui aurait pu être le signal de la guerre civile, et obligea le sire de la Maurelle à renvoyer ses gens^. Le bruit de cette prise d'armes arriva à la cour. On raconta même que l'expédition de la MaureUe avait réussi et que le ministre prisonnier avait été délivré après de sanglants combats^. Quelques jours auparavant, une sédition locale sans importance avait été pacifiée à Gondom par le capitaine René , de la compagnie du roi de Navarre^. Le roi, disent La Plandie et de Thou , sut gré au prince de sa fidélité à remplir
1. Lettre sans date ni signature, mais qui parait appartenir à la fin de juin et être adressée à Burie. Copie du temps (V« de Golbert, vol. 27, f. i85). L'auteur de la lettre prétend que le s. de La Maurelle avait rassemblé quatre mille hommes. Ce chiffre parait bien exagéré. Malgré l'excitation des esprits, aucun parti n'était préparé à la guerre et un simple gentilhomme ne possédait ni assez de ressources ni assez d'autorité pour organiser une si forte levée. La lettre de Lansac du 11 septembre, que nous avons citée (p. 260, note 1), prouve cette exagération.
2. Lettre de Ghantonay au cardinal Granvelle, du 15 juin 1560 (Recueil conservé aux arch. de Bruxelles, f. 82). — Lettre de Ghantonay à Philippe II , du 26 juin (Orig. espagnol ; arch. nat. , K. 1493, n» 68).
3. Le capitaine René reçut de la ville une gratification de vingt à trente écus (Remie de Gascogne, avril 1873 , p. 169, d'après les registres consulaires de Gondom).
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ses fonctions de gouverneur et lui en témoigna sa satisfaction.
L'emprisonnement du ministre Fontaine n'avait pas intimidé ses disciples. Les uns parcouraient le pays et prêchaient avec zèle; les autres s'armaient secrètement, c Les bandes attaquaient des églises et romc paient des images ^ » pour s'habituer à la lutte. A la fin de septembre, les factieux se réunirent, coururent aux prisons de l'évéché, où Fontaine était retenu, brisèrent les portes et délivrèrent le ministre^. Après cet exploit, ils se dispersèrent et Fontaine se réfugia à Gontaut, village de l'Agenais, voisin des terres du roi de Navarre ^.
La fuite de Fontaine et de ses partisans rendit la paix à la ville d'Agen. L'évèque, Janus Fregose, éloigné jusqu'alors de son diocèse par l'état de sa santé, y rentra peu après. Le 3 novembre 1560, il écrit au roi que les habitants sont tranquilles et c jacois qu'ils « en ayent aucuns de la nouvelle secte , ils ne font
1. Lettre originale autographe de Lansac au roi (f. fr., vol. ^5873, pièce 43). Ces derniers mots prouvent qu'il y a beaucoup «^'exagération dans le récit de la sédition soulevée par le s. de La ^Bfaareile.
2. Lettre originale du parlement de Bordeaux, du 14 octobre -1560 (V« de Colbert, vol. 27, f. 169). La lettre malheureusement Mie donne aucun détail sur ce fait et se réfère à des rapports plus «létaillés qui ne sont pas arrivés jusqu'à nous. Les documents imprimés sont encore plus brefs. De Bèze dit seulement que Fon- 'taine fut c subtilement tiré dehors. » (Hist. eccles,, t. I , p. 205.) Quant à la date, on doit la placer entre la lettre si rassurante de 3urie, du 7 octobre (V» de Colbert, vol. 27, f. 26), et celle du parlement de Bordeaux, du 14 octobre (ibid., f. 169).
3. Lettre de Burie au s. de Gaumont, du 3 novembre 1560 (Copie, coll. de Périgord, vol. 6, f. 7 v»).
c toutefois auain scandale public : ains, s'il y a entre c eux assemblée ou prêche, comme on murmure, c'est c fort secret. » Le service divin attire le peuple ; les églises sont pleines ; Tévêque lui-même monte souveot en chaire et associe dans ses exhortations la défense da catholicisme à la cause du roi. c Les bons, dit-nl, codc tinueront en ceste bonne volonté et dévotion , sans c se despartir du droit chemin; et les dévoyés, en c donnant quelque bon ordre aux esmotions, qui sont c es autres villes de mon diocèse, je veulx croire que c sera bien aisé de les corriger ^ . »
Cependant Tardent Fontaine, échappé d'Âgen, prêchait publiquement à Gontaut et aux environs, sous la protection de François Nompar de Gamnont, comte de Lauzun , et de François Nompar de Gaumont , sire de Gastelnau et de la Force. L'appui de ces deux seigneurs permettait aux calvinistes de se réunir librement. Leurs assemblées étaient encore peu nombreuses, mais elles épouvantaient les catholiques par leur fanatisme. Les consuls d'Agen, craignant que Fontaine menaçât leur ville, demandèrent Tautorisation de lever des soldats. Le vieux d'Ossun transmit, le 3 no^ vembre, leur requête au cardinal de Lorraine *. Burie, informé à Bordeaux des troubles qui se préparaient de ce côté de TAgeiiais, ordonna à Lauzun d'expulser de ses terres c ceste poison », et à La Force de faire conduire Fontaine dans les prisons du parlement
1 . I/ettro originale de Janus Fregose au roi , du 3 novembre 15G0 (Vc de Colbert, vol. 27, f. 146).
2. Lettre originale de d'Ossun au cardinal de Lorraine (f. fr., vol. 15871, f. 85).
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de Bordeaux ^. Le duc de Guise enjoignit, le 9 novembre, à Burie de châtier rigoureusement les séditieux de FAgenais, ordre que l'infortuné lieutenant ne pouvait exécuter faute de troupes^. Quant à Tautorisation de prendre les armes demandée par les consuls d'Âgen, elle fut considérée comme non avenue^. La politique suivie dans ces circonstances par les Guises ne méritait que des éloges. En faisant respecter la défense de s'armer, ils protégeaient la population contre ses propres entraînements. Si la guerre civile eût pu être épargnée à la France, elle l'aurait été par cette sage conduite.
Pendant tout le mois de novembre, les prêches et les assemblées, avec ou sans armes, troublèrent la sénéchaussée d'Âgen. Burie et d'Ossun continuaient à informer le roi des désordres de la province, mais la dissemblance profonde de leur caractère se révèle dans leurs lettres. Tandis que l'optimiste Burie apprend au roi que t ceux d'Agenois et Périgord font encore prê- « dier quelques ministres, mais non si souvent qu'ils « souloient^, » d'Ossun écrit le même jour que les prêches augmentent en Agenais, que des gens de toute qualité y assistent, que les factieux se préparent à résister aux officiers du roi ^.
i. Lettre de Burie àCaumont, du 3 novembre 1560 (Copie; coll. de Périgord, vol. 6, f. 7).