‹ Antoine de Bourbon et Jeanne d'AlbretChapitre 93 sur 133 · Fontanon, 1. 1, p · texte numérisé non relu

Fontanon, 1. 1, p

2. Lettre originale de Burie au roi, du 3 novembre 1560 (V^ de Colbert, vol. 27, f. 142).

3. Lettre originale de d'Ossun au roi, du 2 novembre (V^ de Colbert, vol. 27, f. 138). — Lettre du même au duc de Guise, de même date (f. fr., vol. 15871, f. 83).

AKTOINB DB BOURBON

labeur, séduit et si très fort imbu en ses nomrdles opimons, qu'il sera difBdle de les divolir ; car, quelques remoDatranees que j'ave sœu fere, ne raisons, soit d'auelorité ou prières ou autrement, n*en ay peu congnoislre anoin amendement ne signe de pénitence, ains, au oontrere, qullz ayment myenlx mourir que laissa* la paroUe el prédîcatioiis ; disans en ees mots : que personne ne leur annonce leur salut et oommandsmans de Dieu et sa volonté ; par quoy ne se bnlt esbahyr, s'ih vont ouyr les minisires. A quoy je leur ay repliequé comme estoyt requis. Et voyant leur pertinacité, leur ay prédict la désolation future que leur adviendra en bref, à eulx et à leur postérité, s*ilz ne reviennent à Tunion de TEsgUze ; et que le Roy, an commandemait duquel doyvent <ri)éyr, les fbra tons ru3mer. Ont respondu que sont ses très obéyssans etprestz hiy payer ses tributz ; et peust fere ce que luy plera de leurs corps et biens^ mays que Tàme sera à Dieu, et en adviendra ce que luy plera. Et autre chose, commandemoit ne responce ne peos avoir d'aucuns, je dys en grand nombre ; dont vous ay vola advertir. pour le devoir de mon office. A ceste cause, Monseigneur, vous pourvoyrez comme entendes trop mieulx, et mesmement à Tadverlissement de Mons' de Burye. Car est fort requis de y mectre ordre, expéciaiiement sur les chefz, qui leur liennent la main, qui sont en grand nombre. Dont prye Dieu, Monseigneur, vous en donner la grâce, et en santé très

lon^nie

De Bourdeaulx, ce iiii« décembre 1560.

FiOTTO!! DE BcRACLT. président * .

A Dax commandaient Frédéric de FoLx, s. de Candale, en qualité de lieutenant du roi, aux gages d^ 300 liv., et le sire de Belzunce, gouverneur de la ville, capitaine d*une compagnie de deux cents

\ . L<ntn^ originale de Fronton de Berauh an cardinal de Lorn\iiu\ du 4 dt»cembre 1560 \Orig., V* de Colbert, vol. ^7, f. 232).

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hommes^. Les officiers de justice avaient interprété avec tant de rigueur Tédit du 31 juillet, qui défendait le port des armes, qu'ils interdirent aux mortespayes^ de la garnison de paraître armés dans les rues^. Cette prohibition répondait sans doute à des abus qui nous sont inconnus.

Un mois après, deux petits événements firent croire aux magistrats de Dax que le roi de Navarre se préparait à conquérir le royaume de France. Un paysan de la commune de Sendos , en Béarn , poursuivi par ses compatriotes, franchit la frontière en criant frann ehise. Les Béarnais saisirent le fugitif, qui s'était cramponné à un ponmiier, et le conduisirent dans les prisons de Pau. Plus tard il recouvra sa liberté en payant les frais de sa détention. Mais le droit d'asile avait été violé. À cette nouvelle les habitants de Bergouey, de la Basse-Navarre , envahirent en armes le territoire de la paroisse d'Ârançon, et arrachèrent une déclaration de sauvegarde royale affichée sur un poteau. Bientôt les envahisseurs revinrent au nombre de cent ou cent vingt honmies et remplacèrent le panonceau aux armes de France par l'écu du roi de Navarre. Cette double atteinte à l'intégrité du territoire fut dénoncée par les habitants d'Ârançon. Les officiers de la sénéchaussée se transportèrent sur les lieux et ouvrirent une enquête. Ces rixes locales leur parurent

1. État des garnisons de Guyenne (f. fr., vol. 15872, f. 116).

2. Lettre originale de Burie au roi, du 18 novembre 1560 (V« de Golbert, vol. 27, f. 179). Les mortes-payes étaient des vétérans ou des invalides chargés de la garde des places fortes peu importantes.

3. Lettre des of&ciers de justice de Dax au roi, en date du 2 septembre 1559 (f. fr., vol. 15872, f. 146).

280 ANTOINE DE BOUEBOll

de vraies batailles. Le 22 octobre, ils en informèfent leur gouveraeur, Burie, qui préparait un voyage à la cour, en le priant d'en parler au roi ^.

Le désordre de Tadministration des Guises se faisait ressentir particulièrement dans les provinces éloignées. Les mortes-payes des deux châteaux de Dax et les soldats de la garnison n'avaient pas été soldés depuis plusieurs années. Ils reçurent quelque argent des mains de Burie, au mois de novembre ; mais on leur devait encore la paye de trois années entières '.

L'ordonnance du 1 7 septembre 1 560, qui prescrivait à tous les évèques, baillis, sénédiaux, lieutenants et officiers du roi de résider dans leurs postes respectifs, souleva une difficulté d'application à Dax. L'évèque , François de Noailles, un des plus habiles diplomates de son temps , n'avait paru, depuis son avènement, qu'à de rares intervalles dans la ville. Les officiers du roi firent publier l'ordonnance à son de trompe et attendirent de nouveaux ordres pour l'exécuter ^ .

La ville de Bayonne avait pour gouverneur Adrien d'Aspremont, vicomte d'Ortes , qui commandait une compagnie de cent honmies , et pour lieutenant le s. de Sosthènes, capitaine d'une compagnie de deux cents arquebusiers *. Le vicomte d'Ortes sut maintenir la ville et la sénéchaussée à l'abri de toute sédition

i. Lettre originale des officiers de Dax à Burie, du 22 octobre

1559 (f. fr., vol. 15872, f. 215).

2. Lettre originale de Burie au cardinal de Lorraine, du 18 novembre 1560 (Vc de Golbert, vol. 27, f. 181).

3. Lettre originale des officiers de Dax au roi , du 4 octobre

1560 (f. fr., vol. 6626, f. 17 et 18).

4. Ëtat des garnisons de Guyenne (f. fr., vol. 15872, f. 116).

BT JEANNE D'ALBRBT. 281

poidant le règne de François II ^ . Telle était rincurie des trésoriers du roi que, depuis cinq ans, il n'avait rien touché de ses gages de gouverneur. Il s'en plaint avec amertume dans une lettre du H septembre 1560^. Le zèle de ce capitaine , placé comme une sentinelle avancée aux portes de l'Espagne, importait trop pour laisser d'aussi justes réclamations sans réponse. D'Ortes avait reçu sous Henri II un brevet de gentilhonune de la chambre. La fonction cessait avec la mort du roi qui l'avait donnée. On fit une exception en faveur du vicomte d'Ortes, et le duc de Guise lui écrivit que François II le mabtenait dans les mêmes honneurs^. L'évèque, Jean de Moustiers de Froissac, était absent depuis plusieurs années sans avoir les mêmes excuses que François de Noailles. Laurent de Nyort, lieutenant général du sénéchal, convoqua le chapitre et constata que Jean de Froissac n'avait pas paru depuis trois ans. Le sénéchal était également absent. Les gages du sénéchal et les revenus de l'évêque furent saisis au profit du roi, au nom de l'ordonnance du 1 7 septembre sur la résidence^.

£n Périgord la réforme avait été apportée à la fin du règne de Henri H. L'Eglise de Genève avait envoyé

1. Mémoire original de Burie, du 14 septembre 1560 (f. fr., 15873, pièce 5).

2. Lettre originale du vicomte d'Ortes au roi, du 11 septembre (f. fr., vol. 15873, pièce 40).

3. Minute originale, du 23 novembre 1560 (Ye de Golbert, vol. 27, f. 201). Voyez, sur les charges de gentilshommes de la chambre du roi, un passage des Mémoires de Vincent Garloix , liv. I, chap. 33.

4. Procès-verbal d'enquête et de séquestre (f. fr., vol. 15873, 9"« pièce).

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à Sariat un ministre, nommé Estienne Graignoo; à Glairac, Âymerici, bénédictin défiroqué ; à Siinl&- Foy, Lucas Hobes, dit Dulac; à Bei^erac, François du Reil, Jacques Ghappelle et Elie Valtouchet^ Au commencement d'octobre 1559, quelques fanatiques, compromis par des violences, ayant été arrêtés dans ces deux villes, une foule nombreuse, soulevée par les provocations des ministres, assaiDit les diâteaux de Bergerac et de Sainte-Foy, enfonça les pcurtes et délivra les prisonniers^. La sédition terrifia les gouverneurs des provinces voisines. L'un d'eux, Louis d'Estissac , gouverneur de la Rochelle , le même qui disait au roi peu de temps après : c qu'il n'y avoit c point de bète qui luy flt tant d'horreur qu'un héréc tique, » supplia le duc de Guise de punir avec rigueur une rébellion d'un si dangereux ex^nple. Le vieux capitaine terminait sa lettre par cette prédiction d'une familiarité sinistre : c Monseigneur, je ne me puys € garder de vous dire qu'il se couve en ce pays beauc coup de choses dont les œufs ne vaudront rien à € Tadvenir^. » Le cardinal de Lorraine ordonna le châtiment des coupables^. On conduisit aux prisons de Sainte-Foy un sieur Bichon, dit Peyrot, que la voix pubhque désignait comme le chef des séditieux. Après

1. Liste des pasteurs envoyés de Genève aux églises de France (Bulletin de Vhist. du Prot. françms, t. YIII, p. 72, et t. XII, p. 256 et 344).

2. Lettre originale du parlement de Bordeaux an duc de Guise, en date du 13 octobre 1559 (f. fr., vol. 15872, f. 191).

3. Lettre originale de d'Estissac au duc de Guise, du 20 octobre 1559 (f. fr., vol. 15872, f. 209).

4. Lettre originale du parlement de Bordeaux au cardinal de Lorraine, du 13 novembre 1559 (f. fr., vol. 15872, f. 222).

ET JEANNE d'aLBRET. 383

une longue instruction, le parlement de Bordeaux demanda Textradition de Taccusé. Les séditieux, informés du prochain jugement de Bichon, se réunirent à Pessac, en Bazadois, au nombre de deux ou trois cents, avec ou sans armes, se transportèrent à Sainte- Foy, forcèrent les portes de la prison et délivrèrent le prisonnier sous les yeux des officiers du roi, qui ne tentèrent aucune résistance ^ .

Parmi les gentilshoomies du Périgord, il s'en trouvait un, Denis Daytz, seigneur de Meymi et de Lisle^, qui avait embrassé chaudement la religion nouvelle. Mezerai le qualifie c d'homme valétudinaire, peu expéc rimenté et très adonné à son sens. » L'âge ne lui avait rien enlevé de son ardeur. Il consacrait ses forces et ses biens à la propagande du nouveau culte , parcourait la province, conduisant avec lui des ministres venus de Genève, et fournissait aux fugitifs les moyens de se cacher ou les recueillait ouvertement dans sa maison. Irrité par les premières persécutions, il armait même les jeunes audacieux, que tentait la guerre civile, et ne craignait pas de se mettre à leur tête, le tout par fanatisme et sans s'abandonner pour lui-même aux habitudes de pillage qui formèrent plus tard le lien des armées rebelles^.

Le 31 juillet, une troupe d'hommes armés se présenta devant le château de Bergerac pour délivrer un

i. Lettre originale du parlement de Bordeaux au roi, du 23 août 1560 (f. fr., vol. 15873, pièce 49).

2. Son nom exact nous est donné par une pièce inédite de la Bibliothèque de Périgueux que nous aurons occasion de citer plus loin.

3. Meymi eut plus tard la tète tranchée à Bordeaux (Mezeray, t. X, p. 168, édit. de 1830).

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Le 11 septembre 9 le prudent LansacS le 7 octobre, Burîe* et d'Ossun ^ signalent en Périgord de nouvelles assemblées de gens armés qui font redouter un soulèvement de la sénéchaussée. Le 1 4 octobre, Burie écrit au roi qu'un ministre s'est installé à Sainte-Foy , que la plupart des habitants suivent habituellement les prêches : c Quant à aller à Tesglise et ouyr la messe et service c divin, ne y a que les habitants de vingt cinq maisons c qui y aillent. » A Moncaret, un ministre prêche publiquement et réunit à l'ordinaire un auditoire de huit cents à mille personnes^. Le 16, d'Ossun déclare au cardinal de Lorraine et au duc de Guise que les officiers du roi sont menacés à Bergerac, à Sainte-Foy et vers le contre-mont de la Garonne par des séditieux supérieurs à leurs forces ^. Le même jour, le sénéchal du Périgord écrit à Noailles que presque tous les huguenots ont des armes, que les ministres prêdient même en plein jour, que le feu se rallume à l'heure même où les officiers du roi le croient éteint^. Toutes les lettres, excepté celles de Burie, sont des cris d'alarme ; malheureusement elles donnent peu de détails sur les agitations de la province.

i. Lettre originale de Lansac au roi, du il septembre 1560 (f. fr., yol. 15873, pièce 43).

2. Lettre originale de Burie au roi, du 7 octobre (Ve de Golbert, yoL 27, f. 26).

3. Lettre originale au roi de d'Ossun, du 7 octobre 1560 (f. fr., vol. 15871, f. 10).

4. Lettre originale de Burie au roi, du 14 octobre (Ye de Golbert, Yol. 27, f. 169).

5. Lettre originale de d'Ossun au roi, du 16 octobre (Yede Golbert, vol. 27, f. 104).

6. Lettre originale du sénécbal de Périgord à Noailles, du 21 octobre (Vc de Golbert, vol. 27, f. 106).

Un ministre, nommé Mazet, évangélisait les villes de Saint-Gyprien, d'Issigeac, d'Eymet, de Sariat. Il faisait des levées d'argent et touchait des fid^es de chaque ville la sonune de dix livres par mois. A Saint -Gyprien, il fit un baptême suivant le rit de Grcnève. A Sarlat, il prêcha trois ou quatre fois dans des maisons particulières, devant un auditmre nombreux mais sans armes, et baptisa une petite filte nouvellement née dans une famille calviniste. Cette église, une des dernières établies en Périgord , était celle qui montrait le plus de zèle^. Les officiers du roi, devenus plus alertes, arrêtèrent le courageux Mazet au milieu même d'un sermon. Mais le mouvement, que son arrestation excita dans la ville, parut si grave qu'au lieu de le conduire en prison on le confia à la garde de deux habitants notables. Ces emprisonnements, qui rendaient de simples bourgeois, sans moyens judiciaires, responsables de la garde d'un accusé, étaient un ancien privilège des conununes du moyen âge, créé en faveur des otages étrangers. Mais une telle garde n'était possible que lorsque toute une ville y était intéressée. Les calvinistes s'agitaient autour de Taccusé et combinaient divers plans d'évasion. Les surN'cillants de Mazet, effrayés de leur responsabilité, écrivirent au sénéchal qu'ils ne pouvaient répondre du prisonnier. Dans l'intervalle, Mazet s'échappa de la ville. Le sénéchal se transporta aussitôt à Sarlat avec des troupes, auxquelles se joignirent les gentilshommes du pays. 11 fit emprisonner un des gar-

1. Avertissement à Noailles du 13 Dovembre 1560 (f. fr., vol. ir>87!, f. 95).

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diens du ministre, mais il hésitait à lui faire un procès et en référa au duc de Guise. Une enquête sonunaire établit que Mazet n'avait réuni aucune assemblée armée ; ses disciples ne furent pas poursuivis ^ .

La noblesse, qui tenait une si grande place dans les institutions du xvi* siècle, commençait à sentir que les ministres de Genève menaçaient ses privilèges autant qu'ils menaçaient le pape et prêchaient une révolution politique plus encore qu'une religion nouvelle. Le plus illustre des gentilshommes du Périgord, Armand de Gontaut, baron de Biron, tour à tour capitaine et négociateur, venait de rentrer en Périgord dans ses terres. Ce seigneur, qui devait être l'un des plus fidèles compagnons de Henri IV, appartenait alors au parti des Guises et se montrait animé d'un grand zèle contre les novateurs. Aussitôt après son arrivée, il assista aux états provinciaux de Périgueux et pacifia une altercation qui s'était élevée entre le tiers état et les gens d'église ^. Sa présence et la prochaine arrivée du maréchal de Thermes ^ stimulèrent le zèle des oflîders du roi. Le 1 6 octobre, d'Ossun exprime l'espoir que les factieux de Périgord c rabaisseroient beaucoup c leur audace voyant le roy en armes pour les chasc tier^. » Les séditieux devinrent plus circonspects. Ils

i. Lettre du sénéchal du Périgord au duc de Guise, du 7 novembre (Vc de CJolbert, vol. 27, 167).

2. Lettre originale de Biron à Burie, du 30 octobre 1560 (Ve de Golbert, vol. 27, f. 132).

3. Une lettre du duc de Guise à Burie, du 9 novembre 1560, l'informe de la prochaine arrivée du maréchal de Thermes (Minute; Vc de Golbert, vol. 27, f. 159).

4. Lettre originale de d'Ossun au roi, du 16 octobre 1560 (V« de Golbert, vol. 27, f. 104).

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continuaient à se réunir, mais seorètement, comme aux plus mauvais jours du règne de Henri H. Une lettre du sénéchal de Périgord, du 30 octobre, pcHrte que les plus zélés se c pourmenoient avec peu de nombre, c d'endroit en aultre, sans faire que bien peu de c séjour en ung lieu » de peur d*ètre c bien promp- € tement attrapés ^ . » Dans une autre lettre, le sénéchal écrit à Antoine de Noailles que le parti huguenot est en pleine dissolution ; les ministres de Bergerac et de Mussidan ont pris la fuite. Meymi, toujours ardent, se cache dans une de ses maisons, mais ses eflforts pour allumer la guerre civile demeurent sans ^et '. Cependant à Sarlat', à Ba'gerac, à Eymet el k Mussidan, il y avait des réunions € de certain popuc laire sans armes » , autour de ministres fugitife assez hardis pour prêcher publiquement, mais c par pasc sades». Le sénéchal, craignant de les pousser à bout, reconunanda à ses lieutenants la plus grande indulgence ; mais il écrivit aux Guises que, si le roi voulait prohiber ces assemblées, il n'avait qu'à autoriser la noblesse, peu favorable à la nouvelle doctrine, à prendre les armes sous son commandement ^. Biron, voisin de Sarlat, plus exigeant, signifia aux habitants

1 . Lettre originale du sénéchal du Périgord, du 30 octobre (V« da Colbert, vol. 27, f. 130).

2. Lettre originale du sénéchal da Périgord à Noaillos, du 21 octobre (V« de Colbert, vol. 27, f. 106).

3. Les prêches de Sarlat sont si^nialés aussi dans une lettre de Noailles au roi, du 3 novembre 1560 (Minute ou copie; f. fr., vol. 6908, f. 332), et dans une lettre du même aux Guises (même date, orig.; V« de Colbert, vol. 27, f. 140).

4. Lettre originale du sénéchal du Périgord aux Guises, do 30 octobre 1560 (Vc de Colbert, vol. 27, f. 130).

qu'il disperserait de force leurs assemblées. Les consuls intimidés promirent que les réunions ne se renouvelleraient plus^. À Bergerac, moitié par crainte, moitié par persuasion, Biron obtint que les habitants expulseraient leur ministre. Â peine le prédicateur fut-il parti qu'ils en appelèrent un autre ^. Biron accourut lui-même à Bergerac, au conmiencement de novembre, pour le chasser^. Plus tard, de nouveaux ministres parurent dans cette ville. Le bruit se répandit que Boisnormand, l'anden favori du roi de Navarre, y avait réuni une assemblée ^.

Les religionnaires du Périgord, par leur constance, étaient les seuls que Burie jugeât (JUgnes d'une répression sévère. Dans une lettre au roi, il les dépeint comme c les plus opiniastres et qui ont le myeulx mérité un c bon chastiment, s'ils ne s'amendent^. » La dernière lettre de d'Ossun est pleine de sinistres prévisions ; il a appris que les factieux du Périgord se rassemblent pour compter leurs forces et pour se préparer au maniement des armes ^. Par contre l'imprévoyant Burie écrit au roi le même jour que tout dans la séné-

i. Lettre originale de Biron à Burie, du 30 octobre 1560 (V« de Ck)ibert, yol. 27, f. 132).

2. Lettre originale de Biron à la reine, du 31 octobre 1560 (Vo de Ck)lbert, vol. 27, f. 134).

3. Lettre du sénéchal du Périgord au duc de Guise, du 7 novembre 1560 (Vc de Ck)lbert, vol. 27, f. 167).

4. Avertissement à Noailles, du 13 novembre 1560 (f. fr., vol. 15871, f. 95).

5. Lettre de Burie au roi, du 18 novembre 1560 (Vc de Colbert, vol. 27, f. 179).

6. Lettre originale de d'Ossun au cardinal de Lorraine et au duc de Guise, du 19 novembre 1560 (f. fr., vol. 15871, f. 35).

290 ANTOINE DE BOUEBON

diaassée c va plus tost esk amendaDt qa'ai eopi- € rant^. »

La SaintoDge était adminiatrée par le aire d'Estissac, vieux seigneur incapable, qui ne devait sa diarge qu'à sa naissance. La ville de la RocheUe, à cause de son importance maritime, avait une garnison de quatre cents hommes conmiandée par le s. de Fontaines'• Les prêches commencèrent en Saintonge, à la fin de mars 1560, par une assemblée publique, qui eut lieu à Cognac, dans l'église Saint-Martin, pour entendre un sermon de La Chaussée, c dont nous ne fusmes advertis, écrivent les offidors de Cognac au duc de Guise, que après la prédication fiedte. Et, encore, quant en eussions esté auparavant advertis, il nous eust été fort malaisé d'y pourvoir et d'empescher, car la force ne nous eust peu deoneurer, pour le grand nombre de personnes rassemblées tant de ceste ville que aultres lieux et villes drconvoisines ; où assistoient des gentilshommes du pays, gens de la justice, boui^eois et échevins de la présente ville; dont nous avons informé et informons plus amplement. » Le succès de cette première réunion détermina le ministre à la renouveler et les fidèles furent convoqués le jeudi suivant à célébrer la cène. La ville était en c grande combustion » et les représentants du roi étaient c tellement intimidés c et menacés qu'ils n'osoient partir de leurs maic sons. » La révolution religieuse avait des consé-

i. Lettre originale de Burie au roi, du 18 noyembre 1560 (Vede Colbert, vol. 27, f. 179).

2. État des garnisons de Guyenne (vers septembre 1559) (f. fr., vol. 15872, f. 116).

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quenoes encore plus désastreuses pour la paix des familles ; les maris quittaient leurs femmes et les femmes leurs maris c pour cette nouvelle doctrine. » Les officiers demandèrent au duc de Guise des instructions et surtout des troupes, que la cour, encore en proie aux terreurs d'Âmboise, ne pouvait leur envoyer ^ .

A Angoulème, autres désordres. Louis Prévôt de Sansac, un des seigneurs du pays, qui s'était fait connaître par de brillants faits d'armes en Italie , s'y rendit avec sa maison; mais, dépourvu de forces, il ne put rien tenter contre la sédition. H expédia le s. de Tirret à la cour et rentra dans son château de Sansac, laissant la ville et le vicaire général de l'évèché aux mains des factieux. Sansac ne redoutait c encore € qu'une émotion entre le peuple pour la contrariété c d'opinions*. » Le parlement de Bordeaux entama une instruction et cita les séditieux à sa barre. Un huissier de la cour apporta la signification. Au moment où il arriva à Marennes, il fut témoin d'une assemblée de deux mille cinq cents à trois mille hommes, réunis pour écouter le sermon d'un ministre. Les fidèles Paient sans armes , mais ils montraient de telles dispositions que l'huissier n'osa remplir sa mission^.

Les Guises , ne pouvant envoyer en Saintonge ni un soldat ni un écu, chargèrent Guy Chabot de Jamac de prendre le gouvernement de la province en place

1. Lettre originale des of&ciers de Cognac au duc de Guise, du 1» avril 1560 (V«de Golbert, yoI. 27, f. 337).

2. Lettre originale de Lansac à la reine, du 2 avril 1560 (Ve de Colbert, vol. 27, f. 335).

3. Lettre de d'Escars au duc de Guise, du 12 juin 1560 (f. fr., voL 15641, pièce 9).

de d'Estissac. Jarnac , le héros du fameux duel qui avait coûté la vie à La Gbasteigneraye, était retiré en Saintonge , depuis la paix de Gateau-CSambrésis. n rassembla sa compagnie et occupa la Rochelle au mois d'août 1 560 ^ . Cette ville, le futur boulevard de la réforme, était encore en paix. A p^ne quelques mutineries pouvaient lui être reprochées. Cependant Jarnac y fit une entrée en armes, plutôt en conquérant qu'en gouverneur. Les consuls, terrifiés par ses menaces, se plaignirent au roi, à la reine et au cardinal de Lorraine : c II a pieu au s. de Jarnac, nostre € gouverneur, vous faire entendre les troubles, sédic tiens et conspirations d'aucuns subjects du roy, c chose qui nous est aussi estrange que si nous voyons c les enfans naiz juguler leurs pères ^. » L'état de la province faisait perdre aux Rochelais le bénéfice de leurs assurances pacifiques. Tandis qu'ils écrivaient au roi, Théodore de Bèze et le ministre Gampaigne parcouraient ouvertement la Saintonge et TAunis^. Marennes, les lies de Brouage et la côte étaient dominés par les promoteurs du nouveau culte. Les calvinistes de Marennes avaient signé par acte notarié une profession de foi collective et l'avaient envoyée au roi. Les ministres s'étaient emparés, de ruse ou de force, des temples catholiques et y célébraient régulièrement la

i. Lettre de Lansac au roi, du il septembre 1560 (f. fr., vol. 15873, pièce 43).

2. Lettre originale des consuls de la Rochelle au roi , à la reine mère et au cardinal de Lorraine, du 2 septembre 1560 (f. fr., vol. 15873, pièces 37, 38 et 39K

3. Copie du temps, sans date, d'une lettre de Burie que nous croyons pouvoir rapporter aux environs du 7 octobre 1560 (Y« de Colbert, vol. 27, f. 28).

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cène , les baptêmes et les mariages, suivant leur rite. Le jour de la Toussaint seulement, à Marennes, les prêtres catholiques avaient réussi à se saisir des églises pour y dire la messe, mais après la fin des offices protestants ^ .

L'absence de Philibert Babou, évêque d'Angoulême, et de Tristan de Bizet, évêque de Saintes, désorganisait la résistance catholique. Le premier, ambassadeur à Rome, se justifiait de son absence. Le second, en désertant son poste, obéissait à des considérations d'intérêt privé. Il avait un procès avec le sénéchal de Saintes et les deux plaideurs étaient partis presque en même temps pour solliciter les magistrats du parlement de Toulouse ^.

Les troubles de la Saintonge et du Périgord menaçaient d'enlever ces provinces à l'autorité royale. Les Guises conunandèrent à Paul de La Barthe, maréchal de Thermes, de parcourir ces deux sénéchaussées avec les compagnies qu'il pourrait réunir. Le marédial devait, dans chaque ville, s'informer auprès des notables catholiques des excès commis par les réformés, des maisons où prêchaient les ministres et de celles où ils trouvaient asile. Les prêcheurs devaient être suppliciés sur l'heure et leurs adhérents livrés au parlement de Bordeaux. Cette instruction fut accompagnée d'une lettre d'envoi, où le roi recommandait expressément au maréchal c de sy c bien nettoyer le pays, dit le roi, d'une infinité de

i. Pièce du temps, datée du 6 novembre 1560 (Ye de Ciolbert, vol. 27, f. 152).

2. Lettre des officiers de Saintes au roi (orig., f. fr., vol. 3626, pièce 15).

c canailles, qui ne servent que de troubler le monde, c que je n'en sois plus en peîne^.» Gomme lieutenants du maréchal de Thermes, dont le grand âge avait glacé l'activité, les Guises avaient nommé Burie, d'Ossun et Antoine de Noailles. Burie et d'Ossun firent un court séjour en Brouage, mais Noailles y fut retenu jusqu'à la mort de François II '•

Le Poitou était gouverné par Guy de Daillon, comte du Lude. Des désordres avaient marqué à Poitiers les derniers mois du règne de Henri IP. Les autres villes de la sénéchaussée n'étaient pas moins agitées. Le ministre Pymet prêchait à Niort dans les maisons particulières. Le jour du dimanche des Rameaux de l'année 1559, il monta en chaire sous les halles devant un auditoire plus nombreux. Obligé de s'enfuir après cet acte audacieux, il se retira à SaintrMaixent et y reprit ses prêches. Poussé par la faveur publique, le jour de Pâques, il réunit la foule sous les halles à six heures du matin. Le maire et les officiers de la ville, aussitôt avertis, arrivèrent en force. Pymet s'enfuit et les gens du roi ne purent saisir que son secrétaire. Le lieutenant général Chauray menaça

1. Lettre du roi, du i*' octobre, au maréchal de Thermes, imprimée dans les Négociations sous François II, p. 580. L'original est conservé dans les V« de Ciolbert , vol. 27, f. 1 . — Autre instruction , sans date, conservée en minute dans le même fonds, f. 84. Dans Tune le roi donne au maréchal un maître des requêtes appelé Michel Bralard, dans l'autre un autre officier appelé Dourse, dit Etienne Boucher. Peutrétre y eut-il changement dans Tintervalle qui s'écoula entre les deux instructions.

2. Lettre de Noailles au duc de Guise , du 27 novembre 1560 (Minute originale; f. fr., vol. 6908, f. 139).

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le prisonnier et lui fit promettre de quitter la ville avec son maître. Une heure après cette arrestation, Pymet reparut avec les s. de Fonfrède, de Luc et d'autres notables armés, et reprit son sermon. Les officiers envoyèrent un crieur public pour donner lecture de Tédit aux fidèles, mais sa voix fut étouffée par les 3,000 auditeurs de Pymet. Depuis ce jour, les cérémonies calvinistes furent pratiquées à Saint- Maixent par quelques bourgeois de la ville. En vain les officiers du roi informèrent contre le ministre et le firent condamner par contumace. Pymet s'enfuit à Arailles. Il prêchait au bourg d'Azay-sur^ Thouet et y attirait, dit Guillaume le Riche, ses anciens auditeurs de Saint -Maixent^. Un autre ministre, M* Ghandousseau, marié, évangélisait la ville deMelle^. Leurs excitations portèrent des fruits. Au mois de septembre, les séditieux s'emparèrent de l'abbaye de Selles, près de Melle, dont l'abbé était frère du sire d'Estissac, et y commirent c des folyes >. Puis ils assaillirent dans la ville même de Melle le prévôt des maréchaux ^ .

A Poitiers, le 23 septembre 1 559, sur les remontrances des avocats et procureurs du roi de la sénéchaussée, François Aubert, lieutenant général, rendit une ordonnance dont voici les dispositions princi-

i. Extraits du Journal de Guillaume Le Riche rapportés par dom Liabeuf dans son histoire du monastère de Saint-Maixent et publiés par M. de la Fontenelle de Vaudoré dans le Journal de l'avocat Le Riche, 1846, in-8'.

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