‹ Antoine de Laval et les écrivains bourbonnais de son tempsChapitre 15 sur 50 · FRÉDÉGONDE · texte numérisé non relu

FRÉDÉGONDE

Je ne m'assure en rien.

Ne fais état de rien qucdcce que je lien.

LAPiDRY.

Mais déjà par deux fois Bosson vous a servie !

FRÉDÉGOiNDK.

C'en est plus de sujet de lui ôter la vie !

Imitant les Grecs, nos premiers tragiques réservèrent dans leurs pièces une place au chœur el, parlant, à !a poésie lyrique. Chez Billard, ce côté du talent laisse moins à désirer ; l'expression de la pensée y est plus serrée, plus précise, plus saisissante que dans le corps du drame; le vers est mieux rhylhmé, plus nel, plus sonore, et il est des strophes qui ne dépareraient pas les œuvres d'auteurs plus célèbres. Tel est, par exemple, le chant dans lequel les soldats frasiçais vantent le courage de Gaston de Foix, digne fils de valeureux ancêtres :

De l'aigle est conçu l'aigle fort ; Le lion, terreur de la mort, Retient l'audace de son père ;

Du vaillant naît le valeureux,

El l'auloiir n'eut jamais pour mère

Une colombe au cœur peureux !

Parmi les témoignages d'admiralion qui iui furen.l prodigiiés par ses contemporains, il en est deux qui durent particulièrement être agréables à Billard : l'un est une ode du poêle Molin (i) qui représente ses tragédies comme une école pour les rois (2); l'autre un dithyrambe signé par son propre fils, écolier de quinze ans, qu'il fil imprimer, en tèle de son recueil; comme une promesse et une espérance ; mais nous [l'avons pu reirouver nulle pari l'indice que celle espérance ail été jamais réalisée. (5)

(1) Wotin,néà Bourfjos, éiait presque le compatriote de Billard ; il eut l'honneur d'être immolé par Boileau,et l'on sait qu'il fallait jouir (l'iiiie certaine notoriété pour attirer les traits du célèbre critique.

(2) Arbitres du sort des humains, Mais sujets à trop de misère.

Rois <]''<*■ souvent vous apprenez Oue la Fortune votre mère Vous a d'épines couronnés!

(^} Dans la deuxième édition dos tragédies de Diilard, iuipr'méc en IfiI3, nous trouvons ces vers latins d'un autre de ses fils .

I decus, i nostrum, redimitus teuipora lauro,

Oui Daphnes, scnio tactus, amorc péris, l'hœbum rivalem irrides, Niobeia lela :

Nam Piiœbi in Phœbum desinit imperiuni !

HEMU AIBEIIV. 80

S III. - POÉSIE LATINE II E N R I A U \i E R Y

Presque tous les écrivair)s du seizième cl du di\seplième siècle ont fail avec succès des vers lalins ; ceux de L'Hôpilal sont lus encore avec iiilérêl. Les anicurs bourbonnais de ceKc époque ont; eux aussi, produit en ce genre plusieurs œuvres estimables : Fournier son Horlulits ApoUinis el Clemenliœ ; Cillard une élégie sur la morl de Joyeuse ; Gaulmin un poème sur la prised'Arras ; Mizaull différenls ouvrages hur la morl du président iMinard, la cosmographie, le zodiaque, el les planètes. Mais, pour ces auleurs, la poésie latine ne fut qu'un accessoire, un simple délassement; si nous mentionnons particulièrement Aubery, c'est qu'il en fit sa spécialité, cl parvint à sy faire remarquer parmi les plus habiles.

Plusieurs personnages de la famille Aubery se firent un nom dans le clergé, la raagistraîure, la médecine, riiisloire, les belles-lellrcs (i) ; le plus célèbre

(J) Citons entre autres : GcolTroy Aubery, maire de Moulins (1552- 54)-, Jean, Remy et Antoine Aubery. successivement procureurs du roi (163(5, 166'i, Hi'J^)) ; Antoine Aubery, dianoine officiai (1637) • Jean Aubery, d'al)ord médecin des ducs de Monlpcnfier, puis conseiller et médecin ordinaire du roi ; son (ils Jean Aubery, conseiller et lieutenant-jjéncral au présiJial de Moulins, cliarrje qu'il avait payée 45 300 livres Archhcs H. 161) ; Jacques Aubery. iiculcnant-civil au

î)() POÉSIE LATINE.

fui le poêle Jean-Henri Aubery. JNé û Bourbonl'ArchambauIl en iSGg, il enlra, jeune encore, dans Tordre des Jésuites, où il se distingua comme professeur cl comme écrivain. D'après les courtes biographies qui parlent de lui, ses œuvres se composent d'une tragédie latine, Cyriis, el d'un volutne de vers latins, imprimé en 1620, à Toulouse, sous ce titre : Fola pro saillie régis Ludovici XIII ; mois un ancien bibliothécaire Moulinois en donne un catalogue beaucoup plus étendu (1). i.a bibliothèque de Moulins possède d Aubery un poëme épique en trois chants, intitulé, poiir les deux premiers chants : Ilenrici Borbonii principis in Galliam Narhonenscm et Jquitaniam iler; el pour

Châtelcf ; Benjamin Aubery, ambassadeur en Hollamle; Louis et Antoine Aubery, historiens, etc. Vers le milieu du seizième siècle, celte famille paraît s'être divisée en deux brandies principales, les Aubery Du Plessis et les Aubery du Mauricr. C'eU à celte dernière qu'appartiennent les historiens.

(1) Voici d'après M. Ripoud quels sont les onvranes imprimés d'Aubery : 1" Elc{îiarum biga — Toulouse, 1616. -"ioMissus poeticus sive varia carmina ; Eleî;ia, poemata épica, lyrica, etc. — Toulouse, 1617 — 3° Cyru;, tra(;œdia car:nine horoïcn, accessit psalmi 127 paraphrasis elej^iaca — Toulouse, 1619. — ^^ Vota pro salute régis — Toulouse 1620. — 5° Vola pro salute Christianissimi régis Ludovici XllI — Toulouse 1621. — 6" Thoniœ Bonsii litterarum anlistilis perfeclio — Bé iers 1625. — 7° Henrici Borbonii, primi Franciœ principis, in Galliaui Narbonensem et Aqni'.aniam iler — Paris 1629. — 8° Henrici Borbonii in Ceiticam redilus — Paris, 1629. — 9" Theogonia seu de Diis genlium — Toulouse 1637. — 10" Leucata triumphans : Carmen in Leucatcm obsidionc liberatam — Toulouse 1638. — 11» Delphini genethliacon — Toulouse, 1638. — 12° Tlioniapom, sive sancti Thoms Aquinaîis gloriosuni sepu!cram. — Toulouse, 165! — îS" Virgo Burgueriana — Toulouse, 16Î1. — 14" Expugnatum Curlracum à duce Aureiiancnsi — Paris, 18'i6. — 15' Diva virgo Guarazonia — Auch, I6î0 — 16" Diva virgo Rocavilla — l7o Oiva virgo Beretana. — 18" Angu.-la' Auscorum carmcn.

HENRI AlBEKV. 9i

le troisième : Uenrici Borbonii principis è Galtiâ Narbonensi in Celùcam rediliis. (LuielicT, 1629.) C e^t le récit de rexpédilioii faite dans le Midi par le prince de Condé contre les calvinistes commandés par Kohan. L'auleur l'appelle lier, parce que ce fut moins une série de combals qu'une marche triomphale. Auberv avait élé témoin de ces succès et les avait aussitôt célébrés. Condé fut si charmé de ce poëme, destiné, paraît-il, à lui seul, qu'il en exigea la publication (1). 'Dans la dédicace à Urbain YIII, le poêle exprime en beaux vers la puissance pontificale :

Terraruni cœliqiic- poleiis, cuique infera subsuiU Tarlara, suimnc lioiuinum, carum oui Chrislus ovile Crodidil œteniâ in icrris dilione regendum... Te f;ociuni oninipolens Deus in sua soi^pira vocavit, Ac niandiita libi iicet, oUi suniina polestas, Mens lanien una eadeni vobis, eademque volnnias. Hic quiiicumque Polo sancit, sancla omnia terris; Tu qnyecunique solo sancis, sancla omnia cœlo. \^)

(I) A en juger parle luxe de l'cdilion, celle publication paraît avoir été faite aux frais du prince, l'éditeur Cranioi>;y y a mis tous ses soins : sur la première paj'.e se trouvent {jroupées les principales villes fortes qui ouvrirent leurs portes au vainqueur représenté eu Hercule terrassant l'hydre de rhcrésie.

(2 0 prince des mortels, qui règnes sur le monde. Sur les cieux éclatants et sur l'Enfer immonde, Sous ton scepire le Christ a mis son cher troupeau ; Le maître souverain t'élove à son niveau : Lui le seigneur, et toi l'obéissant apôtre, Vous pensez, vous voulez toujours ce que veut l'autre : La loi qu'il porte au ciel sur la terre prévaut ; Ce que tu fais sur terre est contirmé là -haut.

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