POÉSIE LATINE
Celle (k'ilicnce est suivie d une é|»Ute en prose adressée au liéros du poiime, Henri de Bourbon, prince de Condé, j^ouverneur du Bourbonnais et du Berrv, général en chef de l'armée rovale daiis le Lan" «iuedoc el l'Aquilaine. Dans celle épître, Aubery repousse le reproclie qu'on adresse d ordinaire aux poêles de dénaturer Thisloire : « Je ne connais, dil-il, ni Tadulalion, ni le mensonge. Pourquoi serais-je plus sincère si j'écrivais en prose? La nature des faits ne cbange pas avec la forme dont on les revêt, elle mèlre ne saurait enlever son caractère à la vérilé ! »
Fidè!eà celle profession de foi, fauteur, au risque de paraîlre faire une clironique plutôt qu'un poëme, suit pas à pasTarméecathoIique, cniranl avec elleà Lyon, Vienne, Valence, Avignon, Beaucaire, iVîmes, Montpellier, Narbonne, Carcassonne, Toulouse, etc. Ce n'est pourtant pas un simple itinéraire dépourvu d'ornement el de grAce; le poêle sait relever la monotonie dusujel par d'ingénieux développements. Dans la description de I armure du prince, par exemple, loul en se souvenant d'Homère el de Virgile, il met en lumière le laletil des armuriers Mouliiiois, el fait ressortir la dévotion séculaire des ducs de Bourbon pour la Vierge :
Ipse Molinxis iccUisfubricata camiiiis
Arma geril Princeps ; non verlice cassidis aurea;
Subrugit Lco, non alroci gutlure Serpens
Sibilat, aut l.yciœ slant tergemiiia ora Chimseroe :
Blanda Dei niatris (pietas qux' prisca parenlum)
F.rfigies qii.v GnaUnn arctis amplectilur ninis;
HENRI AIJDEKY. 93
Qualis Borboniis imposia insii^nil)us exstat Virgiiieo galeam circuiniegii aurea peplo. (')
La gloire ilu chef iic lui fait pas oublier celle des lieulenanls ; il rend hommage a chacun d'eux, surlout à Monlmoreiicy, beau-frère de Coudé, et annonce la gloire du jeunfî duc d'E.'ighien, etifanl extraordinaire, dont il vanle le courage précoce el la surprenante beauté. Il en fait un autre Iule, digne liîs du moderne Enée. Des notes marginales donnent en frarn^'ais le nom des villes el des capitaines que le texte lalin a un peu dénaturé ; l'une d'elles explique ce vieux cri bourbonnais Allen, devise de Louis 11, dont on a cherché l)ien loin la significalion, cl qu'il traduit simplement par Allons l cri de guerre correspondant à noire: En avant!
Cependant La Piochelle a succombé sons les efforts de Richelieu, ('elle vi.lnire excite I ef)lhousiasme
(1) Chant II, p. 59:
Les marteaux de Moulins ont battu son armure :
D'un lion rufjissant ce n'est point la figure
Qui forme le cimier de son casque doré;
Ce n'est pas ic long cou d'im dragon azuré.
Ni le multiple corps de l'horrible Chimère ;
Mais, ange de douceur, la Vierge, d'un Dieu mère.
Oui presse dans ses bras son fils aux blonds chc\eux,
Etendard vénéré de nos Courbons pieux.
i.arépulaiion des armuriers Moulinois était alors à son apogée; ils comptaient dans leur clientèle dos princes et des souverains. Le JoKrnaldn .L-an Héroard, médecin attaché au Dauphin, nous apprend qu'a 'a fin de l'année 1603, les députés de Moulins, au nom île leur ville, furent admis à 1 hon'icur d'offrir au futur Louis XIII sa première armure.
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d'Auhcrv qui dérril ainsi la (ligue, cause principale de l'issue (le ce siège mémorable :
Importiilus Athos ponlo est, excliisaquc ISeraei .4i]quora hyperboreas sumnioriint loiigius Angios. (i)
C en est fuil désormais du proleslanlisme mililanl ; Louis XIII rappelle Condô qui revient dans son gouverncmenl [lar l'Angoumois el le Poilou; il s'arrête à Souvigny pour prier sur le tombeau de ses pères ; tous ses administrés se portent à sa rencontre, el il fuit à Moulins une entrée solennelle.
Malgré son importance, ce poëme ne saurait donner qu'une idée incomplète du lalonl et de la fécondité d Aubery. INous avons eu entre les mains un recueil manuscrit assez volumineux qui nous a permis de mieux apprécier la souplesse d'esprit el la richesse de production de cet élégant poêle (2), en voici une courte analyse :
Dans mie pièce qui sert de préface, le l'oulousain Samblancat fournit quelques détails inléressanls sur le caractère et la réputation de P. Aubery, à qui sa parole sonore el son talent poétique avaient valu des
(1) On jette dans la mer un mont Allios, le port
Dès lors n'a plus d'accès pour les vaisseaux du Nord.
(2) Nous devons la communication de ce manuscrit à l'obligeance de M. l'abbé Briliaud, curé de Sainl-Germain-des-Fossés, Nous ne saurions assurer qu'il ne fait pas en partie double emploi avec quelques-uns des ouvrages que M. Ripoud a inscrits sur son catalogue et qu'il nous a été impossible de nous pro( urer ; nous croyons, ccpendanl, que plusieurs des pièces qu'il renferme, sinon toutes, sant encore inédiles.
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leliresde naluralisalioii dajis la pairie des (roubadours.(i ^ C'est désormais une gloire du Midi que Paris envie à la cité de Clémence (2) ; un brillant et éloquent professeur qui attire de toutes parts la jeunesse à ses leçons : avoir eu Aubery pour maître est une présomption de S'ivoir et de mérite (5). Il excelle dans tous les genres de poésie, et manie la langue latine comme un contemporain de Cicéron (4); enfin ce qui était, paroît-il, assez rare parmi les ^ens d Eglise de re temps pour qu'on en fît un sujet d'éloges, sa piété est sincère, et il ne nourrit pas des sentiments mondaitis sous la robe du lévite (5).
Ce qui nous a le plus frappé chez Auberv, c'est la richesse de son imagination qui lui permet d'aborder avec un égal succès ces trois genres si différents : l'épique, l'élègiaque et le lyrique. Cependant, au milieu de cette diversité d'invention qui met à contribution le passé et le prrsenl, le sacré et le profane, une double préoccupalioii semble obséder constamment sa muse : illustrer île ses chants le
(1) 0 i?oiis crepfa tuis et consiîa terris
Tectosa,'ïuin, et riostris jani no-tra è ciiitibu; arbos
Auberidc...
(i) Invidetet niagnis quem docta Luielia Volcis.
(3) Milita solurn natale fugit... pubc»
ArtiQcem ingeuii (e qua-siîura purentem ; Tu prelium, tu meta viae...
Te viso ad patrios dU^iuim e>t rcmfare pénales.
(4) A{înoscet romana suuni (e Cuncio civem. ('))(Non)Abscondcns animum sacra sub veste profanum.
Et nomen pietate probas.
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règne de Louis XIII, el faire éclater à tous les yeux rexcellencede la religion. C'est à poursuivre ce double but qu'est consacrée la partie épiijue : il y célèbre d'abord, avec un enthousiasme qui ne saurait être une pure fiction poétique, la gloire du roi et de son ministre, grands surtout à ses yeux pour avoir brisé les forces du calvinisme ; puis il exalte les mérites de saint Ignace, le fondateur de son ordre, de sainte Catherine, la patronne des écoles, de siinte Euphémie, la vierge illustre de Chalcédoine.
Dans les Elégies dédiées à Pierre \acher, premier président de la cour des aides d'Auvergne, l'antiquité et les événements contemporains sont passés en revue au gré du caprice ou <le l'inspiration du moment : c'est ainsi que l'o!) Irouve les aventures de Narcisse à côté d'une paraphrase du psaume 128; le récit des troubles qui venaient d'avoir lieu à Alby, et la mort du duc de Montmorency, décapité aux pieds de la statue de Henri IV, son parrain, au milieu de compliments adressés à divers persoimagcs éminents du Midi el surtout de Toulouse.
Une pièce fort belle intitulée Indignaiion, est destinée à venger la mémoire de Richelieu outragée par l'odieuse calomnie qui ne respecte pas même les tombeaux ; en voici les premiers vers :
Ergo nuUa quies snperest post fata sepultis ! Impielas sacros cineres impune lacesset ! Dira ul)i Avernali raliidoruni emersa barathro
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Turba canuin placidas latratibus impetil iirahras, Et telrum innocuas virus despumat in urnas ! {')
Ces chiens hideux sonl les poêles de bas élage, dont Richelieu, de son vivant, a repoussé la plume vénale :
Impura lacessit Turba poelarum, lurpis quos rodit egestas, Venalis turba ingenii, quos...
.Edibuset puris merito procul auribus egil. ( ^;
Les vers lyriques sont presque exclusivement consacrés à chanter la maison de Bourbon : le '.* glorieux » Louis XIII, Gaston, Condé, le duc d'Enghien, le prince de Conli, le Dauphin, reçoivent lour à tour des Ilots d'encens. En dehors de ce concert flalleur, trois pièces sont dignes de remarque : l'une, inlilulôe Zaleuciis, est un hommage à la sagesse du législateur, peut-être imaginaire, des Locriens-Ozoles ; la seconde est une hymne sur la nature divine et la nature humaine ; la troisième, adressée à Jean Aubery Du Plessis, procureur près la cour royale de Bourbonnais, pour le léliciler de la naissance de ses deux fils destinés à perj)étuer un nom désormais illustre, est une revue générale des membres de celle famille qui se sont signalés par leur valeur ou leur science, et dont lexemple sera suivi
(1) Il n'est donc plus de paix pour la cendre des morts ! Une aveujjle fureur l'outrage sans r«*mords !
Des chiens hideuï, sortis de l'Enfer, leur repaire. Jettent bave cl venin sur l'urne funéraire!
(2) De poètes vendus c'est la troupe affamée Dont, vivant, il brisa la plume envenimée !