‹ Antoine de Laval et les écrivains bourbonnais de son tempsChapitre 20 sur 50 · CLAUDE DE LINGENDES · texte numérisé non relu

CLAUDE DE LINGENDES

cilé avec lanl d'éloge. Claude surloul, dédaignant ces pompeuses puérililés, parla le vérilable langage de la chaire chrétienne, et arriva d autant plus sûrement à l'éloquence qu'il visait moins à l'effet. Moraliste profond, nourri de l'étude des bons écrivains sacrés et profanes, il avait fortiliô son talent en joignant la lecture de Sénèqueet de Cicéron à celle des Pères de l'Eglise. Ignorant cette coupable condescendance qui fuit fléchir la loi religieuse devant la naissance ou le rang, il ne craignait point de faire en'.endre la vérité à l'auditoire choisi que sa répulalion attirail autour de sa chaire : comme le Christ, il fraj)pail vigoureusement sur les marchands qui déshonoraient le Temple, démasquant ici les faux dévols, là les avares hypocrites qui demandaient à l'Eglise d'abriter sous son manteau leurs richesses mal acquises ; tonnant ailleurs contre ces femmes éhontées qui, continuant à l'église le manège des salons et des ruelles, osaient s'y montrer demi-rmes et couvaient de leurs regards lascifs aussi bien les jeunes prêtres groupés f:ulour de l'autel que le désœuvrés et les libertins venus sur leurs pas pour guetter le signal d'un rendez-vous coupable : « Voyez, s'écrie-l-il dans un beau mouvement d'indignation^ avec que! faste et avec quelle insolence ils entrent dans les églises; ils n'auraient garde d'entrer de celte manière dans la maison d'un prince ou d'un particulier. A quoi bon toutes ces révérences qu'ils t'ont au\ dames dans un lieu si saint? A quel dessein égaient-ils leurs yeux? Pourquoi parlentils sans cesse, souvent avec de grands éclats .\.. Nous

en sommes à présent réduils là^ que la pudeur et la religion sont comme abolies et que les églises, oh ! l'oserai-jedire, sont devenues des lieux de débauche»! — « Pourquoi cherchez-vous exprès de certaines églises? Pourquoi y allez-vous à une certaine heurC; si ce n'est parce que vous savez que les débauchés et les hberlins s'y trouvent ordinairement?») — « Pourquoi regardezvous incessamment de tous côtés? Pourquoi jelez-vous les yeux sur tous les visages ? Ne savcz-vous pas que vous commettez des adullèresaulant de fois que vous regardez une femme avec trop de curiosité? Vous faites la discussion de ces beautés et vous les examinez dans le lemple de Dieu avec autant de soin que si vous étiez dans un lieu infâme. C'est l<^ mainlenant qu'on les marchande et qu'on en convient, c'est là que les mères ont perdu leurs filles, les maris leurs femmes et les maîtresses leurs servaiites... On conservait autrefois la virginité dajis les Temples, mais c'est là qu'elle se perd à présent.» — «. Pourquoi les femmes demeurent-elles si longtemps dans les églises, si ce n'est pour voir et ôlre vues? Pourquoi viennent-elles dans ce lieu saint si bien ajustées, si ce n'est pour attirer les yeux do tout le monde? Le sein et les épaules découverts, les bras tout nus, le visage fardé, les cheveux frisés et remplis de poudre? Tout cet ajustement ne tend-il pas mmifeslcmenl à la luxure? Ce n'est pas une chose étonnante qu'elles soient regardées avec empressement, si elles lancent dos traits cl font des plaies mortelles, do quehjue ctMé qu'elles aillent; certainement les prêtres, lesofli-

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fiers, tous les minisires qui servent à l'aulel ne sont pas en sûreté. »> (i)

Enfin, persuadé que renseignement do la chaire a besoin d'être complété pnr l'enseignement du foyer, Claude de Lingendes se préoccupa de guider les âmes pieuses dans le chemin du monde. Saint François de Sales avait donné l'exemple ; il l'imita, et ses Conseils pour la coud ni le de la vie peuvent être considérés comme le développement et le commentaire de Vlnlroditction à la vie dévoie.

Comme son cousin, Claude de Lingendes se distingua dans l'oraison funèbre. Celle de Madame de Chantai, (juil prononça à Paris devant les filles de la Visitation, est le récit simple et touchant des vertus, de la résignation, de la longue agonie de la supérieure de Moulins, et le rôle d'assistant et de consolateur qu'il avait rempli jusqu'au dernier moment, lui permit de trouver quelquesuns de ces accents du cœur que Bossuet, appelé lui aussi au chevet de douleur, prodigua plus lard dans l'oraison funèbre de Madame.

Le Père Lingendes eut, comme son parent, l'honneur d'inspirer un beau génie : l'évêque de Màcon fut imité pnr Fléchier; le supérieur de la maison professe enrichit Bourdaloue qui, voyant sans doute dans les œuvres d'un Jésuite le patrimoine commun de la Société, ne craignit pas de multiplier ses emprunts. Il

(I) Sermons (1« Claiiile de Liiij;endes, passini. Voyez notamment le icnma sur la Profanation des églises. (T. 11. p. 40 à 49, passhn. Paris 16G1).

esl vrai que les serin ms du Père LingericJes, bien qu'il les prononçai en français, furent composés el publiés en lalin, re qui laissait h Timiluleur une certaine pari de collaboration el pouvait contribuer à dissiper ses scrupules, (i)

DINKT i;t FKYDKAU

Assez loin des Lingendes, mais pourtant en un rang honorable, viennent deux autres orateurs Moulinois Gaspard Dinel el Claude Feydeau.

DiNF.T (1659-1619), nommé en iSqq ôvéque de Mâcon, consacra son épiscopat à réformer son diocèse où s'étaient glissés beaucoup d'abus, et qui deviril par ses soins le modèle de l'Eglise de France. Il dut à son savoir et à ses vertus l'honneur de devenir leconfesseur et le prédicateur de Henri IV. Dans un discours célèbre qu'il prononça devant Louis XIII, déclaré majeur, à l'occasion de certaines plaintes des habitants de Montpellier contre les Huguenots, il revendiqua publiquement la restitution des biens ecclésiastiques confisqués par les Calvinistes du Béarn, et réclama le rétablissement du culte catholique dans cette province. Ces prétentions,

(1) Outre les trois volumes de Sermons et les Conseils pour lu conduite de la vie, on a encore de Claude de Linf[endes un petit ouvrage intitulé : Fotivum monumentum ab urbe Molinensi Delphino oblatuin, qu'il composa pendant qu'il était reclcur du collège de Moulins.

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conlraires aux stipulations de l'Edil de Nantes, ne furent pas sans influence sur la première prise d'armes des Protestants et sur leur projet d'établir au sein de l'Etal une république indépendante, (i)

Claude Feydeau, qui entretint des relations d'amitié avec la plupart des célébrités du Bourbonnais, louiinl leurs œuvres et leur donnant plus d'autorité par son approbation, était chanoine théologal et grand pénitencier du diocèse de Bourges, quand il fui nommé doyen de l'église collégiale de Moulins (i Sqj). Il se fixa dès lors dans celle ville, et, après la fondation du couvent de la Visitation, il fui chargé de la directior» spirituelle des religieuses de cette maison. Il a écrit beaucoup d'ouvrages de piété, parmi lesquels on distingue son Panégyrique sur la paraphrase des psaumes par Laval, et V Oraison funèbre de Claude Duret, Celle oraison funèbre dénote une extrême facilité de style el une connaissance très -approfondie des textes sacrés. Elle se divise en trois parties : De la mort commune à toute la postérité d'Adam ; de la vie honorable de Duret ; de sa mort heureuse, « illuminée de foi, ornée d'espérance el fortifiée de charité, n

C'est à tort que les biographes font naître Feydeau à Paris : dans une de ses lettres à Claude Duret, on voil positivement le contraire. Il appelle, en effet. Moulins «sa patrie la plus chère, le lieu si doux de sa naissance.»

(l)Outre ce discours, nous avons encore de Gaspard Dinelics Ordonnances synadoles de Mncon qui expliquenl l'esprit de ses réformes.

JliAX MlI.I.IiS. — Premier traité de Prooéùiire criminel'e.

AIVTOIXIÎ ViIXAni). — ProcC-s du G. Povet. — Procès d'Anuo L)u Hùiirg.

GUIM.ACMK DlIRtT. — Annotations sur les Coutuiius.

JEA\ DliîlET, — lIi.rmorics des Magistrats. — Alliance des Coutume.^. Aierlisseincnt sur l'Edil de Mois. — Coinmeiilaires sur les Coulnmes I.ivr. s de droit écriîs <'ii français.

L'tiiiitc (le législalion, l'un des plus grands bieiifails des temps modernes, ne fui pas donnée en un jour â la France; de Charles Vil à Louis XIV, des premières ordonnances pour la rédaction des coutumes aux différents codes publiés par les soins de Colberl, il fallut les efforts réunis d'une foule de jurisconsultes éminentspouréclairer, coordonner, commenter les anciennes lois, les con<:ilicr avec les nouvelles et composer, en les réunissant, un tout homogène, capable de sauvegarder tous les droits et tous les intérêts. Parmi ces travailleurs aussi savants qu'infatigables^ mus par l'amour du

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