JEAN MILLES
Jean Milles naquit à Souvigny vers la fni du quinzième siècle. Habitant sur la frontière des pays de Droit écrit, les futurs jurisconsultes du Bourbonnais allaient volontiers puiser dans le Midi delà France la connaissance des lois romaines,et c'est à cette particularité de leur éducation qu'il faut, sans aucun doute, attribuer leur sagacité, leur compétence, et, par suite, leur autorité dans l'œuvre de transformation que nous avons signalée. C'est à Toulouse qu'étudia Jean Milles; c'est là qu'il se fil remarquer dès ses débuts au Palais. Ses premiers succès comme avocat le firent attacher au couvent de Souvigny, puisa la sénéchaussée du Bourbonnais, où il remplit les fonctions de lieutenant. Ce fut un acheminement à de plus hauts emplois. Quittant Moulins pour la capitale^ Milles devint avocat au Parlement, et en i535 se vil investi des importantes fonctions de prévôt de Paris. Avant déplové de grandes qualités dans une enquête sur les brigandages qui détruisaient la sécurité des communications, et sur les vols commis dans les forêts de l'Etat, il fut nommé premier président à
Annecy par la duchesse de Nemours (i) qui avail besoin d'un homme énergique el intègre pour déraciner les abus donl souffrait la Savoie. Jeai» .Milles se montra en effet inllcxible el incorruptible dans l'accomplisseinent de ses devoirs ; mais ceux qui vivaient des abus se coalisèrent contre lui, et, à la mort de sa protectrice,, il succomba sous l'unanimité de leurs attaques (?.). Cependant, grâce au crédit du duc de Guise, il fut amplement dédommagé de cette honorable défaite : le roi le nomma son lieutenant-général au bailliage deS pays de Bugey et Valroraey, momentanément enlevés au duc Charles, en attendant que le traité de Lyon, en échange du marquisat si contesté de Saluées, les donnât définitivement à la France, avec la Bresse et le pays de Gex, et nous rapprochât ainsi de nos frontières
(1) Charlolle d'Orléans-Longueville (1512-1549), fille de Marie de Lorraine, qui, devenue vtiive de Louis d'Orléans-Longueville, avait épousé Jacques V, roi d'Ecosse. Comme la iluchossd de Nemours était nièce des Guise et sœur utérine de Marie Stuarî, il n'est pas surprenant qu'elle ait pu utilement appeler sur Milles l'attention de ses oncles, si puissants à cette époque.
(2) Parmi ses plus violents ennemis se fit remarquer un certain Bernard de La Fontaine, avocat, « qui lui devait beaucoup. » Peutêtre était-il parent d'un autre La Fontaine que Milles avait fait condamner quelques années auparavant, à Paris, comme blasphémateur. La i;alomnie ne triompha pas sans difficulté; Jean Milles fut même solennellement venyé par le parlement de Savoie qui, entre autres peines, condamna les calomniateurs à l'aire amende honorable ; mais loin d'abatire s(^s ennemis, cette sentence parut accroître leur haine; ils reprochaient a Milles jusqu'à sa nationaliié ; ce n'était, disaient-ils, qu'un étranger, un Français! lis forcèrent enfin à s'éloigner le magistrat intègre qui n'avait pas su pactiser avec leur infamie ; mais en quittant Annecy, Milles eut du moins la consolation d'emporter la reconnaissance et les regrets de tous les bons citoyens. (Milles, préface du Style et Pratique -.passiiu.}