‹ Antoine de Laval et les écrivains bourbonnais de son tempsChapitre 22 sur 50 · JEAN MILLES · texte numérisé non relu

JEAN MILLES

naturelles de I Esl, qu'il paraît si diflicile d'atteindre el surtout de conserver (i).

L'existence de Jean Milles fut doue la mise en pratique de la devise qu'il avait adoptée : Fila mililia est (2). Sans cesse sur la brèche, il ne lui sufûsait pas de donner sa journée entière au travail, il passait encore une partie de ses nuits à consigner par écrit ce qu'il avait jugé digne de remarque (3), el pour repos à sa vieillesse il réservait l'étude des l>elles-Lettres auxquelles il n'avait pu consacrer que de rares instants; mais il mourut en i565, avant l'accomplissement de ce vœu. Il eut du moins la consolation d'avoir, par ses exemples comme par ses écrits, contribué aux progrès de la civilisation. L'un des premiers, en effet, el milgré sa sévérité, il voulut que le magistral chargé d'appliquer la loi tînt compte des circonstances qui peuvent atténuer ou aggraver la faute, el se résignât plutôt à laisser le coupable impuni que de s'exposera frapper l'innocent.

(1) Milles dédie (1556) son Style et Pratique au Cardinal de Lorraine. Dans cette dédicace il remercie la famille de Guise de lui avoir fait obtenir la lieutenancc du Bugcy. (Beugesii provincia? apud Allobroges).

2) Livre de /t>6.— Peut-être choisit-il cette devise à cause de l'analogie de son nom avec celui du soldat (Miileî-.Miies) ; on avait alors un gofit prononi'é pour de pareils rappro:hemen's. Cette devise se trouve plusieurs fois reproduite dans ses ouvra^jes : elle figure au has de son portrait; a la lin du Praxis, il l'écrit en grec et la fait suivre de ces mots : « Nisi quis miiilaverit non coronabilur. »

(3) En cela il se proposait.!. César pour modèle : « Brave guerrier, général habile, César, rentré sous la tente, consignait avec soin, à la lueur de la lampe, ses belles actions de la journée ; j'ai fait de même, mettant par écrit, la nuit venue, ma conduite de chaque jour. » {Style et Pratique.}

Cesl à lui qu'on doit le premier Irailé de procédure criminelle qui ail paru en France (i). Pour mieux éclairer les magislrals chargés de ces pénibles fondions, pour les guider dans leur lâche épineuse, il joignit au lexle Ireize dessins explicatifs^ montrant la procédure en action depuis la perpétration du crime jusqu au supplice des coupables. Milles dédia cet ouvrage au roi François I*^', espérant ainsi s'acquitter envers un prince qui avait été son bienfaiteur. C'est le fruit de l'expérience et de l'observation : « Les remarques que j'ai pufaire dansmacharge de prévôt, dit-il au roi, etdans l'enquête dont vous m'avez chirgô, les notes quej'avais prises confusément et comme elles se présentaient, je me suis efforcé de les classer et d'en former un corps. » Le soin qu'il y apporta s'explique par l'importance du sujet : il s'agit, en effet, de la réputation, de la fortuiie et de la vie; il faut «veiller à ce que les citoyens puissent vivre sans crainte et ù l'abri de tout dommage ; enlever aux méchants l'espoir de nuire sans être punis; donner aux bons pleine et entière sécurité ; empêcher que l'innocent ne soit frappé pour le coupable et qu'on

( 1) En voici le Ulve : Praxis criiniiiispersequendie\egSiUl\\ms aliquot figuris illustrala, .loanne Millœo Boio, Sylviniaco, inagni aqiiariini sylvanimque omnium Francicarum quîestoris in tribunali mannon.'O Palatii ap'id Parlsios subpra'feclo, aulhore. — Paris, 1541.

Sur le frontispice l'auteur a mis ce vers de Virgile :

Sceptra lenens, mollitque animos et tempérât iras,

pour rappeler que le rôle du magistrat consiste surtout à dominer les passions humaines et à les apaiser par l'autorité de son sa\oir et de son caractèie.

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